6 août 2000

Le Grand Tour sous un disque jaune et chaud

André Noël

Hull
«Que faites-vous l'été au Québec ?» demande un touriste étranger. «Ce jour-là, on va tous à la plage», répond son ami québécois. Mais d'autres choisissent de suer. L'été s'est déroulé sur la route, hier, pour les 1850 cyclistes qui ont entrepris le Grand Tour, sous un disque jaune et chaud qui illumine parfois le ciel, qu'on avait presque oublié et qui, dit-on, porte le nom de soleil.

Il a fait 26 degrés et il n'a pas plu, ce qui était absolument extraordinaire. Le vent soufflait de l'ouest, c'est-à-dire dans le dos des Grands Touristes, qui sont partis de Quyon, un petit village du Pontiac, pour rejoindre Hull, 53 kilomètres plus loin.

C'était une journée bénie des dieux, qu'îl fallait savourer pleinement, surtout que la météo annonce pour aujourd'hui le retour prévisible de la pluie pour accompagner ces vacanciers un peu héroïques qui rouleront 133 km jusqu'à Maniwaki. Priez pour eux, car plusieurs sont innocents et ne savent pas dans quelle aventure ils se sont embarqués.

C'est le cas d'Armando De Medeiros, président de Pernod-Ricard Canada, qui dégustait un pastis avec ses employés, après avoir terminé une journée toute en douceur, et probablement fort trompeuse. «Cinquante-trois kilomètre! se félicitait-il. Je n'ai jamais fait ça de ma vie !»

Ses employés couchent dans un motorisé, et lui sous la tente. Pour lui comme pour eux, demain est un autre jour. C'est l'instant présent qu'il faut déguster. Une philosophie très Zen semble en effet flotter sur le parcours des Grands Touristes. L'ambiance générale est à la jouissance.

«La beauté de cette activité est qu'on met la switch à off : on met nos problèmes de côté», explique un cycliste. Le mélange d'effort et de plaisirs provoque le bonheur général. Un bonheur palpable au "Village", un campement qui s'est dressé en fin de journée hier dans l'immense cour de l'école secondaire Mont-Bleu, à l'orée du parc Gatineau.

Il fallait voir avec quelle satisfaction ces insolites vacanciers ont dressé leurs 1200 tentes les unes à côté des autres. Un camp de réfugiés de bonne humeur, qui ont pour seuls devoirs ceux de pédaler et de s'amuser. Pas besoin de penser à rien d'autre. Grâce aux gentils organisateurs, ils sont nourris, divertis, et leurs bagages sont transportés.

En bons réfugiés, ils font quand même la queue pour la douche et pour leurs repas, mais en blaguant plutôt qu'en pestant. Ils portent à leur poignet un bracelet qui leur donne accès aux services et n'ont donc pas besoin de sortir leur porte-monnaie, sauf pour se payer un verre de vin ou une bouteille de bière.

Le "Village" ressemble à une grosse commune, un Club Med mobile dont la devise n'est pas «Haut les mains!» mais «Haut les pieds !». Après avoir monté et descendu leurs pieds sur leurs pédales toute la journée, les cyclistes peuvent les envoyer à gauche et à droite au son de l'orchestre. Hier soir, c'était sur les rythmes reggae de Bingie Barker and The Raggamuffin Band.

...

La majorité des Grands Touristes sont des randonneurs bon enfant. Mais cela n'exclut pas les défis. Dix jeunes femmes pédalent en peloton, à toute allure. Ce sont les «10 fées». C'est Anne-Marie Lefebvre, 31 ans, qui a eu l'idée de lancer cette association féérique.

Des fées ont fait le trophée des Gazelles, un rallye automobile de 2 500 km au Maroc. Certaines d'entre elles et d'autres ont fait un raid de cinq jours en vélo de montagne en Thaïlande. Soixante fées ont participé à la course des bateaux-dragon dans le Bassin olympique en novembre dernier. Et cette fois, elles feront vite vite vite les 700 km de la septième édition du Grand Tour.

«Nous aimons nous lancer dans des épreuves, dit Anne-Marie Lefebvre. Elles représentent un défi personnel pour chacune d'entre nous, mais développent aussi un esprit de solidarité. Le plaisir est de faire du sport ensemble, de se lancer des défis.»

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Très belle région, que le Pontiac. Et méconnue. Depuis Quyon, la route monte et descend entre les contreforts escarpés du parc de la Gatineau et l'Outaouais, avec parfois des points de vue magnifiques sur la rivière. Quelques cyclistes ont fait un petit détour à Luskville, pour admirer de jolies chutes. Et puis c'est la saison des fleurs : les trèfles, les épilobes, les achillées mille-feuilles dégagent un parfum enivrant.

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Avec la collaboration d'André Poirier, Vélo-Mag.


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