13 août 2000

Le Grand Tour des cyclistes sympas

André Noël

Le Grand Tour 2000, ce festival à pédales, a pris fin hier, à Saint-Lambert, de la même façon qu'il avait commencé, c'est-à-dire dans la bonne humeur. Il y a deux bonnes raisons à cela : une organisation hors pair que devrait étudier tout gestionnaire, et une foule de cyclistes patients et sympathiques.

Prix orange pour eux, donc, mais prix citron pour l'état lamentable des routes québécoises. Les automobilistes qui subissent dos d'âne et nids-de-poule n'auront aucune difficulté à imaginer le triste sort des cyclistes, qui ont l'impression de voir leur très léger véhicule se transformer en trampoline.

Les plus futés ont la bonne idée d'enduire leurs fesses de cette pâte de zinc conçue pour les bébés. D'autres rêvent de les couvrir avec un steak d'orignal. Mais le vaccin antî-fissures reste à inventer. Certains vont jusqu'à suggérer d'organiser le prochain Grand Tour du Québec... en Ontario ou au Vermont.

Plusieurs étaient scandalisés de voir le ministère des Transports construire un nouveau pont entre Huberdeau et Arundel, à côté d'un pont très convenable, alors que de part et d'autre de la rivière Rouge, les routes ressemblent à des pistes de brousse.

Mais ni les trous béants de la chaussée, ni la pluie, ni le vent qui soufflait de face hier, ni l'absence d'intimité pendant une semaine ne sont venus à bout de la patience des Grands Touristes. Il faut les voir, ces centaines d'hommes et de femmes, arriver à bon port le soir, mouillés des pieds à la tête, ou écrasés par le soleil et l'effort, il faut les voir faire la queue, en blaguant, pour prendre une douche... souvent froide.

L'un d'entre eux qui avait la surprise d'avoir encore de l'eau chaude a lancé cette boutade à ses compagnons : «Finalement, une douche chaude, c'est pas si pire que ça !». Après quelques jours de grisaille, un autre grimace sous le soleil : «C'est quoi ça ? demande-t-il en fixant Galarneau. Je vais encore être obligé de mettre mes verres fumés !»

Les Grands Touristes sont des gens énergiques, souriants, patients, respectueux les uns des autres. Ils partagent l'amour du vélo ... et il faut dire que plusieurs d!entre eux n'hésitent pas à dépenser beaucoup d'argent pour bien rouler.

Au premier Grand Tour (GT), il y a sept ans, bien des clients s'étaient présentés avec leur vieille bécane, ou avec des vélos de montagne lourds comme des tanks et munis de roues de tracteur. Ce septième GT était dominé par les Marinoni, des engins high-tech qui tournent autour de 2000$ pièce. Les acheteurs vont jusqu'à faire graver leur nom sur le cadre. Ils bichonnent leur bébé et en parlent presque la larme à l'oeil.

Les Marinoni sont made in Quebec et donc un objet de fierté nationale, tout comme leurs petits frères qui les entouraient et qui s'appellent De Vinci, Riffranck, Bertrand, Mikado et Peugeot (ces derniers étant fabriqués sous licence en Beauce, par Pro-Cycle). Les traîtres à la patrie (et les plus riches Grands Touristes) ont acquis des Giant, des Trek ou des Cannondale, dont les prix peuvent dépasser les 4000$.

Presque tous, y compris les septuagénaires, chaussent des souliers à cale et enfourchent des vélos de course. Une minorité non négligeable roule en peloton, à toute allure, l'oeil rivé sur le compteur de vitesse. Ce qui donne d'ailleurs des maux de tête aux organisateurs, qui grincent des dents en voyant les lévriers se doubler dans les côtes, sans égard pour les voitures qui risquent de surgir au sommet.

Ces organisateurs sont par ailleurs impressionnants. Déplacer les bagages de presque 2000 personnes tous les jours sans en égarer un seul, nourrir tous ces clients, les divertir, les informer exige une logistique hors pair. Et cela se fait toujours avec une touche d'humour. Pour preuve, ce paragraphe glané dans le dernier numéro du Déchaîné, le bulletin quotidien du GT :

«En 2001, le Grand Tour revient. Un scoop déjà : Ginette Reno et Jean-Pierre Ferland viendront chanter. Ce n'est pas vraiment réglé, mais on sait qu'ils adorent chanter "pour ceux qui s'aiment". C'est ce qu'ils ont déclaré au mariage d'un protégé de Mom Boucher. Comme ici on s'aime tous de la tête aux fesses... et que Mom est un gars de bicycle, votre canard considère que l'affaire est dans le sac. À l'année prochaine.»

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Avec la collaboration d'André Poirier, Vélo-Mag.


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