printemps 2006

Lettre à Geneviève Jeanson

Pierre Hamel

Salut Geneviève,
Je ne t'ai pas écrit trop souvent depuis qu'on se fréquente. Des lettres, j'veux dire. Bien sûr des courriels, plusieurs courriels. Surtout pendant la période où tu faisais partie des chroniqueurs-vedettes de Vélo Mag. Mais c'était toujours très court. Un peu à l'image de tes fabuleuses accélérations sur Camillien-Houde.

En fait, en sept ans, je ne t'ai écrit qu'une fois. C'était une couple de semaines après les Championnats du monde de Hamilton en octobre 2003. T'en souviens-tu ? J'étais en crisse parce que tu ne m'avais pas appelé pour discuter de toute cette histoire. Évidemment, c'était un prétexte. Je t'avais raconté en détail la journée noire du 11 octobre. Je t'avais aussi dit à quel point cette histoire m'avait bouleversé. Et surtout, je t'avais expliqué que notre relation tenait à deux mots : respect et confiance.

Deux mots qui avaient été passablement galvaudés le 12 octobre quand on s'est parlé dans le box de l'équipe canadienne. «Comment s'est passée ta nuit ? As-tu reconnu tes vraies amies ? » t'avais-je demandé. Réponses laconiques. Tu m'avais ensuite parlé de l'appui de monsieur Colnago, le célèbre fabricant de tes vélos. Et puis, je t'ai dit tout doucement : « Il est vraiment haut, ton taux... » Tu m'as répondu : « Non. » Comme je te l'ai écrit à ce moment-là, ce n'était pas une question de ma part, mais bien une affirmation. Je connaissais ton effroyable taux.

Une semaine plus tard, tu as répondu à ma lettre. Le jour de mon anniversaire, précisément. Et comme c'est souvent le cas quand tu te retrouves dans une situation compliquée, tu l'as fait avec beaucoup d'aplomb. En résumé, on allait régler ça face à face.

Te souviens-tu de notre souper dans un chic restaurant de la Petite Italie ? On a jasé de la vie et d'André (Aubut), LE sujet tabou. Je dis « on », mais aujourd'hui je me rends compte que c'était plutôt moi qui jasais tranquillement. J'ai cru naïvement qu'en l'absence d'André, on aurait une vraie discussion. En partie oui, je pense qu'on l'a eue. Mais aujourd'hui je constate qu'il était déjà trop tard. Tu n'avais plus besoin de lui pour te raconter des histoires, pour nous raconter des histoires.

Quand Pierre (Foglia), mon ami et complice, m'a appelé durant la période des fêtes pour me raconter ta nouvelle histoire d'horreur au Tour de Toona, je n'ai pas capoté comme à Hamilton. À vrai dire, j'ai reconnu l'histoire de la Flèche Wallonne. Tu te souviens de celle-là ? Même scénario, même paranoïa. En avril 2004, tu pètes encore la ballonne, mais l'échantillon B est négatif. Mais tu oublies de te présenter au contrôle après la course! L'USADA (l'agence antidopage américaine) accepte ta version. À l'époque, c'est l'histoire de ton échantillon qui m'intéresse. Après vérification auprès de sources très fiables, je comprends finalement ce qu'il s'est passé avec tes deux échantillons. Disons que l'erreur est humaine !

Encore une fois, je te le dis et Foglia te le répète : on se fout pas mal de ce que tu fais ou de ce que tu ne fais pas pour être au top. J'ai déjà expliqué aux lecteurs de Vélo Mag (voir article sur Lance Armstrong, hiver 2005) comment ça se passe dans votre tête quand on parle de dope. C'est parfois difficile à comprendre, mais ça n'a vraiment rien de criminel.

Maintenant, pourrais-tu faire les messages suivants à toutes les Geneviève Jeanson que je connais ? Tu diras à la Miss mont Royal qu'elle m'a vraiment fait triper. Tu diras à l'autre, celle qui s'est défendue avec aplomb dans les moments les plus difficiles, qu'elle m'a épaté et complètement décontenancé. Tu diras aussi à la « créature d'exception » qu'elle aurait dû continuer ses recherches, rencontrer des experts, consulter d'autres personnes que les membres de sa cellule familiale. Quant à l'amie, susurrelui à l'oreille qu'elle m'a beaucoup déçu et qu'un jour, peut-être, on s'en reparlera.

En terminant, je veux te dire merci, Geneviève. Merci, parce qu'un peu beaucoup grâce à toi, je vais passer un superbe été à La Macaza. Tu as dit à mon collègue Simon Drouin de La Presse que « tu n'avais pas besoin de toute cette bullshit-là pour vivre ». Moi non plus, Geneviève. Depuis quelques années, les bullshiteux, les menteurs et les hypocrites que j'ai rencontrés dans le milieu (parfois des organisateurs, des dirigeants et des entraîneurs, souvent des coureurs), et aussi mon enquête sur l'affaire Duquette, ont beaucoup édulcoré ma passion pour la compétition cycliste. Ce sera d'autant plus facile de retrouver ma vraie gang (mes chevreuils, mes oiseaux, mes castors pis mes minous). Pis je vais faire encore plus de vélo, de jogging, de kayak. C'est vraiment stimulant. Merci encore. Le 29 août, je vais souffler quelques chandelles en ton honneur.


nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d'autre ?

Page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net