9 juillet 1988

Bauer, à une seconde du jaune ;
un contre-la-montre format géant
en 6e étape du Tour de France

Pierre Hamel

WASQUEHAL
Steve Bauer en a bavé un coup hier dans la sixième étape du Tour de France, un contre-la-montre individuel de 52 kilomètres entre Liévin et Wasquehal, une petite ville située tout près de la frontière belge. A l'arrivée, complètement exténué, il a appris qu'il venait de manquer le maillot jaune par une minable seconde.

«Dans le dernier virage, à moins d'un kilomètre de la fin, il a commencé à pleuvoir et c'était très glissant. J'ai arrêté de rouler avant le dernier sprint parce que je ne voulais pas tomber», a expliqué un Bauer déçu d'avoir manqué le maillot jaune de si peu mais en même temps conscient qu'il vient de réaliser la meilleure performance de sa carrière dans ce type d'épreuve.

Rappelons que lors d'un contre-la-montre individuel aussi long, où le départ de chacun des coureurs est échelonné entre 10h et 16h, les conditions atmosphériques changeantes modifient souvent le déroulement de la course. Hier, les derniers coureurs à faire leur entrée à Wasquehal ont ainsi vu leur course considérablenment ralentie par rapport aux autres. Le nouveau porteur du maillot jaune, le Hollandais Jelle Nijdam, a lui aussi glissé dans ce fameux virage et il a perdu bien des secondes précieuses, tout comme Bauer.

Bauer n'était pas trop surpris de son succès. «Ce matin, je me sentais très fort. Je ne pensais pas pouvoir m'approprier le maillot jaune mais j'ai fait la course au maximum». Comme il le fait d'ailleurs depuis le début de ce Tour alors qu'il est souvent aux avant-postes pour bien contrôler les échappées. Dans la cinquième étape entre Neufchatel-en-Bray et Liévin, il s'était même permis de finir avec l'échappée de tête qui comprenait entre autres les grands favoris du Tour, l'Irlandais Sean Kelly, les Français Charly Mottet et Jean-François Bernard et le Hollandais Eric Breukink.

Une grosse semaine pour Bauer qui aurait pu se transformer en véritable cauchemar dès le lendemain de sa victoire à Machecoul. Cette journée-là, au 168e kilomètre de l'étape Nantes-Le Mans, l'hélicoptère de la Société Française de Production (SFP) qui retransmet les images pour la télévision, s'est approché un peu trop près d'un peloton déjà très nerveux. «Quelques coureurs sont tombés et à cause du bruit de l'hélicoptère, les autres n'ont pas entendu le crissement des freins», explique Bauer. Une chute collective et les vélos se sont empilés les uns sur les autres. «Je ne suis pas tombé mais j'étais bloqué, avec mes deux roues cassées. A cause de tout ce bordel, j'ai perdu beaucoup de temps sur le peloton.»

Bauer a réussi à réintégrer le groupe de tête avec deux autres coureurs retardés mais, entre nous, il aurait bien pu se passer de cette débauche d'énergie, d'autant plus qu'il en aura bien besoin à l'approche des étapes de montagne.

Une seule inquiétude maintenant: les satanées bronchites qui assaillent Bauer depuis des années. Avec la flotte qui tombe depuis le début du Tour et le temps frisquet qui règne ici, elles pourraient réapparaître.

*** Malgré le fait que les 20 derniers kilomètres soient toujours télévisées en direct sur Antenne 2, le Tour de France attire encore les foules. Les gens sont à leur fenêtre ou sur le trottoir, les commerçants baissent le rideau pour profiter eux aussi du spectacle. Des paysans, bien calés dans la pelle de leur tracteur, attendent patiemment. Dans les cafés, on disserte sur les chances des Français autour d'un panaché ou en prenant un petit coup de rouge. Tout le monde scrute l'horizon, croit apercevoir une échappée et puis d'un seul coup, la bourrasque s'abat: le Tour passe.

Pour Jean-Pierre Danguillaume, qui a fait 19 Tours de France (neuf comme coureur, six comme directeur sportif et quatre pour Coca-Cola comme homme à tout faire) «le Tour, c'est une fête populaire, c'est pour cela qu'il plaît aux gens. Le Tour, c'est des gens qui souffrent. La gueule en biais, la morve, la chiasse, pas de showbizz.»

A voir les nanas qui paradent et les pdg qui se trémoussent chaque matin avant le début de l'étape, on peut en douter... Surtout lorsqu'on a vu une fois la fameuse caravane publicitaire qui précède le Tour: une longue litanie de véhicules, plus de 480, qui s'étend sur plus de un kilomètre et demi. Tous les commanditaires sont là avec leurs plus belles quétaineries. Ils crachent littéralement du papier et des échantillons de leurs produits sur une foule qui se presse autour de l'objet convoité. Un spectacle qui a souvent l'allure d'un freak show...

*** Plus de 700 journalistes et photographes «couvrent» le Tour de France. Quinze télévisions étrangères transmettent des images. On estime que plus de 600 millions de téléspectateurs verront le Tour cette année... Après cinq ans, la chaîne américaine CBS a décidé de laisser tomber la présentation du Tour de France. L'an prochain, c'est ABC qui va prendre la relève... Hier, lors du contre-la-montre, le Belge Eddy Merckx, l'un des champions cyclistes les plus adulés, est venu s'asseoir tranquillement dans la tribune. A peu près personne ne l'a remarqué. La gloire sportive est bien éphémère...

Les femmes vous dites ?
WASQUEHAL
La Française Jeannie Longo sera la favorite de la cinquième édition du Tour de France féminin qui débutera demain à Strasbourg par un prologue de 2,5 km.

On s'attend à ce que la Grenobloise, d'entrée, affirme sa supériorité dans une épreuve qui est, curieusement, délaissée par les organisateurs, la Société du Tour de France. Celle-ci se montrerait-elle soudainement mysogine? Tout le laissait croire hier en effet, car il était impossible de se procurer les noms des participantes et le découpage des 12 étapes auprès de la Direction à Wasquehal.

C'est dommage pour ces 80 participantes qui, douze jours durant, vont quand même faire le spectacle sur les routes avant les messieurs. Il est d'ailleurs à noter que pour la première fois, les deux sexes emprunteront le même jour -à une heure bien sûr différente- un semblable itinéraire, Ruelles-Limoges (101,5 km).

Jeannie Longo, victorieuse l'année dernière, retrouvera notamment sur sa route sa grande rivale italienne, Maria Cannins, lauréate en 1985 et 1986 ainsi que la Néerlandaise Helen Age, maillot jaune l'an dernier, et la Finlandaise Tea Viksted-Nyman.


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