18 juillet 2007

Un extra-terrestre néo-zélandais

Pierre Hamel

Val-d’Or – Si jamais vous voyez une photo ou un clip à la télévision montrant le gagnant de la troisième étape du Tour de l’Abitibi, les bras au ciel comme on a l’habitude de le voir, méfiez-vous. Il y a anguille sous roche. Tom David, le Néo-Zélandais qui avait caracolé seul en tête hier pendant une vingtaine de kilomètres, n’a jamais ralenti lorsqu’il a croisé le fil d’arrivée. Il n’a pas vu le drapeau en damier et il a continué sa chevauchée solitaire comme s’il restait encore un tour à disputer dans le final de cette course sur route qui amenait les coureurs de Senneterre à Val d’Or (92.4 km).

Mais son stratagème n’a trompé personne !!! C’était bien lui le gagnant. Il a devancé le Québécois Arnaud Papillon (André Cycle), une très belle surprise, et le Champion canadien en titre, Stéphane Cossette. Grâce à cette troisième place, Cossette a dépouillé son coéquipier, Guillaume Boivin, victime de deux crevaisons aujourd’hui, de son maillot brun. Il possède une avance de 17 secondes sur Tom David et de 18 secondes sur Boivin.

Après quelques tours de réchauffement en banlieue (!) de Senneterre, le peloton a filé vers Val-d’Or sous un ciel menaçant. Il y a eu quelques timides tentatives d’échappée et la pluie s’est mise à tomber. À son troisième essai, Stéphane Cossette a flairé la bonne échappée. « Ce n’était pas prévu mais on voulait aussi bien se placer dans les sprints de bonification pour Guillaume (Boivin). J’ai tout de suite vérifié pour voir s’il y avait des Américains de l’équipe nationale... », a expliqué après la course le nouveau maillot brun. Mais, curieusement, ni Phinney, ni King, ni aucun coureur de cette équipe d’ailleurs, pourtant la plus sérieuse rivale de la formation québécoise, ne s’étaient infiltrés dans cette échappée.

À partir du 20e kilomètre, le groupe de 13 coureurs a bien travaillé et il n’a jamais été inquiété par le peloton principal. Leur avance a progressé régulièrement pour atteindre 1 m 49 s au 60e kilomètre. Les Américains ont réagi sur le tard (le Directeur sportif de la formation nationale, Barney King, hochait la tête après la course et n’a pas voulu commenter la prestation de ses p’tit gars) et les coureurs de l’équipe du Québec ont bien protégé l’échappée de Stéphane Cossette.

À l’entrée de Val-d’Or, le groupe s’est un peu disloqué et le peloton a réduit l’avance des fuyards à une trentaine de secondes. À l’avant-dernier tour (le final en comptait trois), Tom David en a remis une couche. Pas encore lui ont sans doute pensé Cossette et Papillon. « Ça s’peut pas », ont clamé en choeur les journalistes regroupés à la ligne d’arrivée. Le grand et costaud timide, à sa première année chez les juniors, ne nous a pas dit grand’chose sur sa prestation. « Oui, je fais ça de temps en temps. Je ne suis pas très bon au sprint. » Ce sont ses coéquipiers qui nous ont expliqué que la « bête » ne se fait à peu près jamais rattraper lorsqu’il file de cette façon à la ligne. « Hier, (étape 1), c’était la première fois qu’on le voyait ne pas terminer premier à la ligne après une longue échappée solitaire », a raconté l’un de ses coéquipiers. Et il a ajouté, en riant, au grand plaisir des autres membres de la formation néo-zélandaise, : « Il va tout gagner ».

Quant à Stéphane Cossette, il a lâché un « c’était long » avant même que nous lui posions une seule question. « C’est l’une de mes plus longues échappées depuis ma deuxième année chez les cadets. » Il nous a ensuite confirmé qu’il ne savait pas qu’il était en train de se parer du maillot brun durant son échappée. « Je n’avais aucune idée de la position du Néo-Zélandais au classement général. En fait, je ne savais même pas que Guillaume (Boivin) avait crevé. »

Prochaine étape : le contre-la-montre individuel fétiche de ce Tour de l’Abitibi. Disputé sur une distance de 14,5 km avec un départ dans la mine à la Cité de l’Or. Notre p’tit doigt (toujours le même) nous dit que les Américains (Taylor Phinney et Benjamin King) en ont beaucoup à se faire pardonner. Mais attention, Guillaume Boivin, deuxième aux récents Championnats canadiens, n’a pas dit son dernier mot. Et, on ne parle pas du Kiwi qui, s’il ne se pète pas la tête sur le plafond de la mine, pourrait venir troubler les potentiels vainqueurs.

Les citations du jour
« Je pense qu’ils n’ont pas réalisé tout de suite que Stéphane (Cossette) était un membre de l’équipe du Québec à cause de son maillot de Champion canadien. » Guillaume Boivin, à propos du fait que les coureurs de la formation nationale américaine n’ont pas placé un seul coureur dans l’échappée victorieuse.

« Je ne vise rien au cumulatif. Je peux tomber n’importe quand comme l’an dernier. Je fais ce que je peux au jour, le jour. »
Stéphane Cossette

Roue Libre
• Le départ de l’étape d’aujourd’hui a eu lieu en face des bureaux de la Sûreté du Québec, à l’écart du centre-ville de Senneterre. Le chiffre d’affaires du dépanneur de la rue Principale a sûrement subi une baisse dramatique. Auparavant, la caravane du Tour, les coureurs et les officiels faisaient une razzia chez ce sympathique commerçant.

• En début de saison, Guillaume Boivin a couru, pendant quelques mois, au sein de la formation belge Predictor Lotto. Sur le site internet de l’équipe, on le présente de la façon suivante : Guillaume Bonvin. On a déjà placé notre commande !

• Avant le départ de chacune des étapes, les coureurs doivent signer une feuille de contrôle. Sous leur numéro de dossard, ils apposent leur signature au grand plaisir des commissaires. On a jeté un coup d’oeil et on s’est aperçu que les Japonais signent avec des idéogrammes. On cherche encore le numéro 163 !

• On a assisté à une fort belle rencontre dans les rues de Senneterre. En faisant le tour du circuit, on a vu un jeune coureur de l’Ouzbékistan essayer un p’tit vélo de BMX de l’un des enfants qui attendait le début de la course. Il n’y avait personne autour d’eux. On a demandé au bambin s’il lui avait parlé.
– Il a dit quelques mots d’anglais...
– As-tu compris ce qu’il te disait ?
– Non, mais quand il a posé sa main sur mon guidon, j’ai compris qu’il voulait essayer mon vélo
– Tu sais d’où il vient ?
– À peu près, je vais regarder sur une carte.


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