23 juillet 2006

Un maillot brun très, très pâle !

Pierre Hamel

Mark Hinnen remporte le Tour de l’Abitibi mais l’équipe canadienne en sort amochée. Le Belge Sander Verhaeghe gagne la dernière étape.

Val-d’Or – De mémoire de suiveur, on n’a jamais vu un maillot brun aussi triste après la victoire finale. Un sourire forcé était accroché au visage de Hinnen pendant que ses coéquipiers étaient éparpillés un peu partout sur le site d’arrivée. Aucun sentiment de fierté, aucune explosion de joie. On a même demandé à l’honorable Président du Tour, Daniel Richard, si c’était vraiment la dernière étape...

Sérieusement, c’était assez invraisemblable. Vincent Jourdain, le Directeur sportif de l’équipe nationale, n’en revenait pas lui non plus. « Ce matin, avant la course, on a eu un meeting et je leur ai souligné qu’on pouvait être fier de notre performance comme équipe. On va récolter les trois maillots et les trois premières places au classement général. Mais ça ne levait pas », a-t-il raconté dans un langage coloré après la course.

Hinnen a jasé longtemps avec ses parents, assis à l’arrière de la wagonnette. L’ancien maillot brun Eric Smith, qui n’avait pas pris le départ de l’étape d’hier, était assis à l’avant, bien tranquille comme toujours. William Goodfellow était assis dans le siège du passager, lui aussi plongé dans ses pensées. Quant à Guillaume Boivin, troisième au classement général et meilleur jeune (maillot bleu), il était près de l’estrade d’honneur tout fin seul. L’Ontarien Alexander Korten paradait devant Hinnen sans dire un mot.

Pendant que Mark Hinnen disait le gros mensonge du jour, Boivin nous a expliqué un peu la stratégie de l’équipe. « On a travaillé très fort pour protéger les maillot aux points et orange de Mark. J’ai pris un break de 5 tours au milieu de la course puis on a recommencé à chasser les échappées. » Finalement, le Québécois était probablement le coureur le plus heureux de la gang. « Je termine troisième et j’enfile le maillot bleu. C’est une très bonne préparation pour l’an prochain », a affirmé le jeune homme de 17 ans.

Un peu plus loin, William Goodfellow, 2e au classement général, avait la mine basse. « Ç’a n’a pas été une semaine agréable. On devait protéger le maillot d’Eric Smith au milieu de la semaine et on ne l’a pas fait. En plus, j’ai eu 5 crevaisons. Difficile dans ces circonstances d’aller chercher une victoire d’étape. »

Guillaume Blais-Dufour (Volkswagen/Trek) ne tenait pas le même discours. Déjà vainqueur de la belle étape qui se terminait au Parc du Belvédère, il a passé à un cheveu de répéter l’exploit sur le circuit urbain de Val-d’Or. « On a bien travaillé dans l’échappée de tête. Dans le dernier tour, juste en haut de la petite bosse, j’ai terminé un relais et le Belge en a profité pour attaquer. À un kilomètre de la fin, je me suis débarrassé de mon autre compagnon d’échappée et j’ai tenté de revenir sur Verhaeghe mais il était trop tard », a expliqué le sourire aux lèvres Blais-Dufour.

On ne sait pas quel genre de dernière soirée ont passé la majorité des coureurs du Tour. Si on se fie aux dernières années, c’est plutôt joyeux et bon...ado. Par contre les membres de l’équipe nationale se sont vus imposer un couvre-feu à minuit et une soirée sans alcool par leur Directeur sportif. La raison invoquée : l’approche des Championnats mondiaux (début août). Permettez-nous d’en douter. D’ici ces Championnats, les membres de l’équipe vont séjourner une semaine à Bromont puis filer vers la Belgique pour participer à une course par étapes où l’on retrouve une quinzaine d’équipes nationales. De quoi, raffermir l’esprit d’équipe !!!

Un dernier mot sur l’organisation de ce 38e Tour de l’Abitibi. Si vous nous avez lu au cours de la semaine, vous avez sans doute remarqué que nous avons beaucoup apprécié l’audace des organisateurs. De nouveaux parcours, des arrivées inédites, une sécurité impeccable, bref un grand cru. Si on peut rehausser la qualité du peloton, améliorer l’animation lors des arrivées et continuer la régionalisation du Tour, la médaille d’or leur prendra au cou. Ne restera plus qu’à soudoyer (!) les médias nationaux afin qu’ils découvrent un Grand Tour.

Les citations du jour
« Est-ce que je mets une cravate pour le gala de ce soir ? »
Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune Pierre Corbeil à l’une des responsables du Tour de l’Abitibi

« Aux Championnats mondiaux, dans la course sur route,ce sera chacun pour soi. »
Mark Hinnen

« Est-ce que j’ai une amende si je garde mes lunettes sur la tête ? »
Guillaume Boivin à la responsable du protocole sur l’estrade d’honneur. Et ce n’était pas une blague. Mark Hinnen avait mérité une amende de 500 $ lors de l’étape précédente parce qu’il a revêtu son maillot de club en lieu et place de son maillot de Champion canadien.

Roue Libre
Le gros mensonge du jour

« Je suis bien content mais la tension doit tomber un peu. J’ai vécu une semaine stressante et je suppose que je vais me rendre compte de mon exploit un peu plus tard. C’est bien plate qu’Eric (Smith) n’est pas pu terminer le Tour. »
Mark Hinnen

• On a encore évité la catastrophe lors de l’arrivée finale. Un des coureurs de tête est entré de plein fouet dans le caméraman qui prenait des images de la fin de la course. « Je ne me souviens de rien », a expliqué après la course l’éclopé qui avait pourtant filmé de très belles images tout au long de la semaine. Le coureur fautif a, semble-t-il, fait un écart inhabituel. Plusieurs coureurs ont évité la chute de justesse. Mark Hinnen était l’un deux. C’est la première chose qu’il a dite en nous apercevant tout près de sa voiture d’équipe. Il n’avait vraiment pas envie de rire.

• On a revu avec plaisir Karol-Anne Canuel, la jeune espoir du cyclisme féminin. La cycliste d’Amos se prépare fébrilement pour sa dernière grande compétition chez les juniors : les Championnats mondiaux disputés en Belgique au début août. Toujours aussi sympathique, elle a passé la semaine à fouiner et à « bénévoler » au Tour de l’Abitibi. Elle en a profité pour nous raconter quelques-unes de ses aventures au Tour du Grand Montréal. Elle a, entre autres, été un peu surprise par la montée Bourget à Rigaud. « Je ne voyais pas la fin... » Disons qu’avec son petit gabarit, on comprend que plusieurs têtes lui cachaient le sommet.

• William Goodfellow a vraiment la bosse des affaires.Il a de qui retenir... Lui et trois de ses amis ont profité de la popularité de la récente Coupe du Monde de football, pour faire quelques dollars. Ils ont acheté dans un marché chinois de la rue Saint-Laurent, des bracelets, des fanions et des drapeaux des différents pays participants à la Coupe. « On a payé chacun des items 50 sous. » Par la suite, les p’tits vites sont allés vendre ces items dans le quartier où jouaient les équipes finalistes. Prix de vente : 10 $ chacun. « On s’est divisé les quartiers, explique, sourire en coin, le jeune homme. Un d’entre nous se tenait dans le quartier portuguais pendant que les trois autres sillonnaient la Petite Italie. Certaines journées, c’était complètement débile. » En bon homme d’affaires, il a refusé de nous révéler le montant de ces recettes. Mais, selon nos sources, ça frisait 5 000 $. Qui dit mieux pour des bracelets chinois même pas traités... (jeu de mots ici).

• Notre collègue Bruno Boulianne ne comprend peut-être rien aux sprints de bonification mais il a du flair pour désigner le gagnant d’une étape. C’est lui qui a remporté le pool de la vanette de presse, grâce à son protégé, le Belge Sander Verhaeghe. Marc-André Landry, journaliste à L’Écho, était plutôt déçu. Comme vous le savez, il avait budgété gagner ce pool pour payer une partie de l’hypothèque de sa nouvelle maison. Malheureusement, il ne savait pas que Boulianne aussi était en train d’hypothéquer... sa vie. Le mariage du jeune cinéaste aura lieu en août.

• Stéphane Cossette, un coureur de la formation Volkswagen/Trek, est sourd de l’oreille gauche depuis l’âge de trois ans. Un matin, après une journée particulièrement éprouvante, tous les coureurs de l’équipe font la grasse matinée. Vers 10h00, Josée Robitaille, la responsable de l’équipe, entre dans la salle des coureurs et crie : « Tout le monde debout. » Un seul ne répond pas à l’appel. Les coureurs se retournent vers Josée et en choeur rétorquent : « Yé couché sur son oreille droite. »


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