20 juillet 2006

Un maillot brun aigre-doux

Pierre Hamel

L’Américain Cole House remporte le critérium et la bisbille s’installe au sein de la formation canadienne.

Val-d’Or – Le tonnerre a grondé, les éclairs ont fendu le ciel mais ç’a n’a pas empêché les coureurs du Tour de filer sur une surface mouillée. Et ils ont réussi à amadouer le nouveau petit circuit urbain concocté par les organisateurs. Un circuit bien sécurisé où les virages serrés ont rendu la course très spectaculaire. Deux ou trois chutes ont pimenté la soirée mais rien de vraiment très sérieux.

C’est le Suédois Lars Andersson qui a parti le bal. Dès les premiers tours (la course en comptait 30) il a pris les choses en main compte-tenu qu’il est toujours plus facile de rouler seul en tête dans ce genre de condition. Pour ne rien vous cacher, le Suédois a été à l’avant de la course toute la soirée. À la mi-course, il a été rejoint par l’Américain Cole House et le Français Nicolas Vaillant. Ce trio a très bien travaillé jusqu’à la fin et ils ont maintenu une mince avance d’une trentaine de secondes sur le peloton principal jusqu’à un tour de l’arrivée.

Cole House a alors tenté sa chance mais il a été vite rejoint. Mais au sprint final, il a démarré sèchement (jeu de mots ici) et l’a emporté facilement. « J’adore la pluie et les surfaces mouillées, a raconté en riant le jeune homme après la course. Et ce circuit était parfait pour moi. S’il y avait eu encore plus de virages serrés, j’aurais gagné un tour sur le peloton », a-t-il conclu le plus sérieusement du monde.

Mais l’histoire du jour s’est déroulée tout juste à l’arrière du trio de tête. Tour à tour, William Goodfellow et Mark Hinnen sont sortis du peloton à la poursuite de l’échappée. On a trouvé ça un peu bizarre puisque le maillot brun, Eric Smith, coéquipier de nos deux lascars, était bien au chaud au coeur du peloton. La bizarrerie s’est transformée en étonnement quand on a vu l’Ontarien Mark Hinnen poursuivre son effort avec Zach Morris de l’équipe de l’Ontario. Le duo s’est finalement suffisamment détaché du peloton principal pour mettre en danger le maillot brun de Smith au profit de son coéquipier Hinnen.

Et ce qui devait arriver, arriva. Mark Hinnen a terminé cinquième de l’étape 13 secondes devant Smith (il a chuté dans le dernier virage mais il a été crédité du même temps que le peloton principal) et il a dépossédé son coéquipier du maillot brun. Le Directeur sportif de l’équipe canadienne était en furie et comme c’est un Québécois pure laine, on n’a pas besoin de vous citer ce qu’il a dit. On peut juste vous dire que le vocabulaire ecclésiastique est assez élaboré dans la bouche de Vincent Jourdain. Quand Goodfellow s’est présenté à la voiture de la formation canadienne, il s’est fait passer un savon. Curieusement (!), Hinnen a traîné aux alentours après la vérification des braquets et il s’est d’abord expliqué avec Denise Kelly, l’entraîneure de l’équipe d’Ontario.

Quand il s’est enfin décidé à revenir au bercail, Jourdain l’a apostrophé et lui a dit sa façon de pensée. Par pudeur, on s’est un peu éloigné. Mais pas besoin d’être un devin pour savoir la teneur du discours. Avant l’étape, Jourdain a expliqué à ses coureurs que le plus important était de protéger le maillot brun de Smith. Si en plus, on pouvait décrocher la victoire d’étape en sortant à la toute fin de la course, ce serait super.

Hinnen était plutôt mal à l’aise. C’est vraiment un euphémisme. Il a même refusé une entrevue au journaliste de la radio de Val-d’Or. Finalement, en jasant un peu, on a réussi à lui arracher quelques confidences. « Vincent n’est pas très content parce qu’on n’a pas suivi le plan de match. Il ne voulait pas qu’on se retrouve dans la même situation que l’an dernier alors que Veilleux et Boily s’étaient un peu chamaillés pour le maillot brun. » Et il a ajouté un peu plus tard : « Qu’est-ce que je devais faire ? Mettre les freins... » Finalement, du bout des lèvres, il a marmonné « quand on a la chance de mettre la main sur un maillot de cette importance... »

Au classement général, Hinnen devance ses coéquipiers Smith, Goodfellow et Bryer par 4, 13 et 34 secondes respectivement.

On a bien hâte de voir comment va se dérouler la prochaine étape entre Amos et Val-d’Or (107 km). Est-ce que les coéquipiers de Hinnen vont se battre pour protéger son maillot ? Peut-être pas comme des fous. Mais une chose est sûre, l’équipe canadienne ne peut pas perdre ce Tour.

Les citations du jour
« Ne soit pas trop généreux »
L’entraîneur de la formation française en voyant travailler son coureur dans l’échappée victorieuse

« C’est ma pire journée à vie »
Sylvain Lavoie, responsable du photo-finish, qui a eu toutes sortes de problème avec sa caméra installé sur l’arche d’arrivée. Son fil a, entre autres, été coupé à deux reprises par des automobiles.

« Y sont habiles les p’tits crisses »
Votre chroniqueur préféré

Roue Libre
• Le p’tit rigolo qui s’occupe de la musique sur l’estrade d’honneur a fait jouer un ou deux accords de « we wish you a merry christmas » quelques minutes avant le début de la course. Il pleuvait et le ciel était très menacant.

• Les deux livreurs de pizza du restaurant PIZZA PIZZA au coin de la 8e rue et de la 3e avenue ont gagné leur croûte (jeu de mot encore ici) ce soir. À chaque livraison, ils devaient traverser deux barrières qui protégeaient les coureurs. Puis, ils couraient jusqu’au restaurant chercher la divine pâte. Imaginez la scène lorsqu’ils arrivaient chez le client avec la pizza : « Excusez le retard monsieur, c’est à cause de la course de bécik... »

• Il fait chaud en Abitibi comme partout au Québec. Alors imaginez une équipe du Tour (six coureurs, un mécano,un directeur sportif et parfois des vélos) dans une petite salle de cours de la polyvalente de Val-d’Or. Tout ce beau monde doit dormir et se reposer! L’an dernier, c’était un four. Les organisateurs avaient promis de remédier à la situation. Et ils ont rempli leur promesse. Cette année, pour la durée du Tour, la climatisation est en fonction à la polyvalente.

• Le gros mensonge du jour
« Je ne savais pas qu’on avait un écart si important sur le peloton où était Eric (Smith) »
Mark Hinnen


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