19 juillet 2006

La valse des secondes

Pierre Hamel

L’Ontarien Mark Hinnen rate la victoire d’étape mais il enfile le maillot brun. À la surprise d’un peu tout le monde, c’est le Colombien Camilo Ulloa qui l’emporte à Senneterre.

Senneterre – L’équipe canadienne continue de dominer cette 38e édition du Tour de l’Abitibi. Après Eric Smith, c’est au tour de Mark Hinnen, Champion canadien en titre, de se parer de brun. Et il aurait pu ajouter la victoire d’étape s’il avait démarré le sprint d’un peu moins loin. Dans un faux-plat montant, Hinnen a lancé son sprint à 200 m de la ligne. Il a débouché rapidement en tête et creusé un très léger écart. « Je ne me suis pas retourné et j’ai donné tout ce que j’avais. Je ne voyais plus rien, j’étais à fond la caisse (traduction libre !). »

Le Colombien Ulloa a vu Hinnen s’envoler et il a lui aussi pensé à la victoire finale. « J’avais de très bonnes jambes et j’ai trouvé qu’il était trop sûr de son coup », a expliqué après la course Ulloa. Il a remonté tranquillement Hinnen et l’a finalement sauté sur la ligne (certaines méchantes langues prétendent que ce n’est pas la première fois qu’un Colombien agit de la sorte...) Quand nous lui avons demandé, par l’entremise de son interprète, s’il savait qu’il avait battu le Champion canadien, il a esquissé un sourire et fait signe que non. Il a aussi répété que la tactique du jour de son équipe était de se préparer pour les deux Grands Prix de la montagne. On a été poli mais on aurait pu lui dire qu’on le savait déjà... Depuis le début de ce Tour, les Colombiens sont souvent aux avant-postes et disputent régulièrement ces Grands Prix.

Hinnen était vraiment déçu de sa deuxième place. « Il ne me manquait presque rien. En plus, je n’ai pas eu une très bonne journée. J’ai dû changer de roues à deux reprises. » Quand on lui a annoncé que, selon nous, il s’emparait du maillot de leader, il a à peine souri. Même scénario lorsque son Directeur sportif, Vincent Jourdain, est venu lui serrer la pince.

La course a vraiment été disputé à un rythme d’enfer. Particulièrement la portion route entre Val-d’Or et l’entrée de la ville à Senneterre. « On avait des pointes de vitesse à 56 km/h confirme David Nadeau, le porteur du maillot orange. Après le dernier sprint de bonifications, c’était absolument impossible de dépasser des coureurs. Ça roulait vite, c’était incroyable. » Il y a donc eu quelques cassures. À deux ou trois reprises, le peloton s’est scindé en plusieurs petits groupes. L’écart entre tous ces groupes n’a cependant jamais dépassé la vingtaine de secondes.

À l’entrée de Senneterre, la course a changé d’allure. Les six tours du circuit urbain ont fait des dégâts. Deux chutes majeures ont provoqué d’autres cassures et Guillaume Boivin (2e au classement général à égalité avec son coéquipier Eric Smith avant le départ) a eu des ennuis mécaniques qui lui ont fait perdre de précieuses secondes. N’empêche, le classement général est toujours occupé par un trio composé de Hinnen, Smith et Wiliam Goodfellow, tous membres de l’équipe nationale canadienne.

L’étape emblématique du Tour (contre-la-montre individuel de 14,5 km avec départ à l’intérieur de la mine à Val-d’Or) devrait éclaircir le classement général. L’Albertain Eric Smith est archi-favori.

Les citations du jour
« J’ai budgété que je gagnais le pool de la voiture de presse cette année. »
Marc-André Landry, journaliste à L’Écho, à propos du fait que l’achat de sa nouvelle maison lui a complètement vidé les poches.

– « J’étais complètement fucked up après la voie ferrée, juste avant la fin. »
– « Tu veux dire que t’étais cross-eye. »
– « Ouais, ça va être mieux pour le newspaper. »
Conversation entre Mark Hinnen et votre chroniqueur préféré juste après la course.

Roue Libre
• On a fait une petite erreur en présentant les maillots distinctifs lors de la cérémonie protocolaire. Le maillot bleu (meilleur jeune au classement général) a été remis au Français Nicolas Vaillant. Or, il aurait dû être remis à un coéquipier de Vaillant, Thomas Vaillant. Mais ce n’est pas très grave puisque le maillot est resté dans la famille. Vous l’aurez deviné, ce sont des frères jumeaux.

• On a revu avec plaisir l’Ontarienne Denise Kelly qui n’avait pas mis les pieds en Abitibi depuis 1990. « Je m’en souviens comme si c’était hier. Les dirigeants de l’équipe nationale avaient décidé de nous faire courir avec les juniors pour préparer les Championnats du monde au Japon. Je n’avais vraiment pas apprécié cette expérience. » Nous aussi, on s’en souvient très bien. Les filles se demandaient bien ce qu’elles faisaient là au beau milieu de ces jeunes fringants adolescents. Elles avaient tellement peur de tomber.Vous ne savez pas qui est Denise Kelly ??? Faut vraiment tout vous dire. Denise Kelly était l’une des meilleurs cyclistes au pays à la fin des années 1980. L’équipe canadienne comptait aussi dans ses rangs Sara Neil et Kelly-Ann Way. À l’époque, votre chroniqueur préféré les suivait un peu partout dans le monde. Vous savez, le monde du cyclisme féminin n’est pas né avec Geneviève Jeanson et Lyne Bessette.

• André Tremblay, un jeune valdorien qui porte les couleurs de l’équipe du Québec, a brièvement participé à une échappée aujourd’hui. Son père est l’adjoint technique du Tour mais aussi l’ardoisier (celui qui donne les écarts aux coureurs de l’échappée) lors des étapes sur route. Curieusement, tout de suite après qu’il eut montré son p’tit tableau aux coureurs de l’échappée, le jeune Tremblay s’est relevé. Nous avons eu le temps de lire ce qui était écrit sur le tableau avant que le père ne l’efface. « Tu retournes dans le peloton ou tu seras privé de poutine ce soir. »


nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d'autre ?

Page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net