18 juin 2005

Victoire du p’tit guerrier de Québec

Pierre Hamel

Charles Dionne remporte l’étape disputée au cœur du Vieux-Québec. L’Australien Nathan O’Neill enfile enfin le maillot jaune.

Québec – Charles Dionne n’en menait pas large depuis le début de ce Tour de Beauce. Hier soir, il nous avouait même ne pas se sentir très bien. « J’ai mal partout pis y a rien qui marche. Mais comme cette course est dans ma cour, je donne tout ce que j’ai. » En fait, le p’tit guerrier de Québec a éprouvé « la dureté de son mental » comme disait l’un des protagonistes du film Les Boys

. Ce midi, sur le magnifique parcours de cette 5e étape, Dionne est passé par toute la gamme des émotions. Dès le premier tour – la course en comptait 9 (125 km au total) – une échappée de 12 coureurs a pris forme. Charles Dionne était du groupe. Malgré le vent de face qui soufflait du large du fleuve Saint-Laurent en direction du Boulevard Champlain, les lascars ont creusé un écart qui n’a cessé de grandir au fil des tours et des kilomètres. Il est passé d’une minute au 10e kilomètre à plus de 4 minutes au 45e kilomètre. Puis, dans la quatrième ascension de la Côte de la Montagne, le peloton a éclaté, soufflé par les démarrages de plusieurs grimpeurs. Bref, à la mi-course, l’écart entre le groupe de Dionne et le peloton principal était tombé à 1m32s.

On a cru alors que l’échappée matinale allait être rejointe par un peloton conduit par les équipiers du maillot jaune, Svein Tuft. Dionne aussi a pensé la même chose. « Je voulais me montrer et tout le monde m’encourageait. Ça scandait mon nom dans la partie la plus difficile de la Côte de la Montagne », a-t-il expliqué après la course. Mais, quelques kilomètres plus tard, le peloton s’est relevé et l’avance de l’échappée s’est remise à grimper. Pendant ce temps-là une autre bataille (celle pour l’obtention du maillot jaune) faisait rage à l’arrière. L’équipe Symmetrics protégeait son leader en tête du peloton et les équipiers de Nathan O’Neill observaient la scène du coin de l’œil.

Soudain, au beau milieu de la cinquième ascension de la Côte de la Montagne, on a entendu Radio-Tour cracher la nouvelle suivante : « Le numéro 16 a cassé sa chaîne. » Mavic est venu à la rescousse de Nathan O’Neill en lui fournissant un nouveau vélo. Une dizaine de kilomètres plus loin l’Australien a récupéré son vélo et est revenu dans le peloton principal. Pendant cet intermède, l’échappée a repris une avance de quatre minutes au grand plaisir de Dionne qui a commencé à y croire sérieusement.

Au 100e km, tout juste après le 7e passage de la ligne d’arrivée, les attaques ont fusé de toutes parts en tête du peloton. On a compris que l’équipe Symmetrics en avait plein les bras avec les coureurs de la formation Navigators qui continuaient leur travail de sape. À l’avant, l’échappée ne comptait plus que neuf coureurs. Mis à part Dionne, on retrouvait, entre autres, le Russe Oleg Grichkine (Navigators) et l’Italien Domenico Passuello, un abonné du podium depuis le début de la semaine.

C’est à ce moment que ce trio a choisi de fausser compagnie à leurs compagnons d’échappée. Ils ont creusé le trou rapidement. Plus d’une minute en moins de 10 kilomètres. « Là, je me suis mis à rêver, raconte Dionne. Je me suis dit que c’était San Francisco aujourd’hui. Et tout ce monde qui criait… Je vais mourir s’il le faut. » Dans la dernière ascension de la Côte de la Montagne, dans la partie la plus difficile, Dionne a placé sa mine. « Un solide démarrage. Ma roue avant a levé un peu de terre. Puis, j’en ai remis une autre couche. C’était le tout pour le tout. » Passuello et Grichkine n’ont pas insisté. Dionne a devancé au fil l’Italien par 12 secondes. Le Russe a suivi 43 secondes plus tard.

Mais à l’arrière, on se disputait encore le maillot jaune. Les coureurs de Navigators ont abordé la dernière ascension de la Côte de la Montagne en tête du peloton. Svein Tuft était seul. On a vu surgir, à droite de la chaussée, Nathan O’Neill. « C’était ma responsabilité. Mes coéquipiers ont été formidables aujourd’hui. Malheureusement, je n’ai pas été capable de le suivre. Ou plutôt, je n’ai pas voulu le suivre parce que je craignais d’exploser », a expliqué Tuft. Le turbo australien a écrasé les pédales et s’est détaché. « Je savais que Tuft était cuit et l’important était que je reprenne le maximum de secondes dans ce dernier kilomètre. » Ce qu’il a fait. 18 secondes en tout ce qui lui confère maintenant une avance de 12 secondes au classement général sur Tuft et 35 secondes sur son coéquipier Jeff Louder.

Demain, dernière étape de ce Tour de Beauce, un circuit routier urbain (130 km) autour de Saint-Georges. On devrait assister au même scénario qu’aujourd’hui, c’est-à-dire à deux batailles différentes : l’une pour la victoire d’étape et l’autre pour le classement général. Pour un, l’Australien Nathan O’Neill ne voit pas de problème à l’horizon. « Notre équipe est très forte et je pense qu’on n’aura pas de problème à contrôler cette course. » Svein Tuft n’est pas du même avis que son rival. « On n’a rien à perdre. Douze secondes c’est vraiment pas une grosse différence. J’ai déjà gagné cette étape et on va essayer de reprendre ce maillot. » Pour l’étape, ce serait vraiment la cerise sur le sundae si Dominique Perras venait compléter ce festival québécois en la remportant.

Les citations du jour
« C’était une étape digne d’une Coupe du monde. Elle avait vraiment des allures européennes. »
Nathan O’Neill

« Hier, j’ai parlé avec mon entraîneur Éric Van den Eynde. On a changé ma position sur mon vélo et j’ai même mis des souliers neufs. »
Charles Dionne, à propos de sa première victoire de l’année.

Roue Libre
• Miracle aujourd’hui à Québec. Le soleil est apparu pour la première fois depuis le début de ce Tour. Certains membres de l’organisation ont levé les bras au ciel en implorant tout ce qui leur restait de vocabulaire ecclésiastique.

• Votre chroniqueur préféré avait encore prévu le déroulement de l’étape d’aujourd’hui. En fait, quelques-uns d’entre vous ont peut-être même réalisé à quel point ses prédictions sont parfois incroyables… On vous explique. Hier après-midi, après le contre-la-montre individuel, on a écrit à la fin de l’un de nos textes : « Surveillez bien Charles Dionne au cours des prochains jours. Le jeune guerrier est dû pour en connaître une bonne. » Mais une rencontre fortuite avec Charles Dionne (résumé de la conversation en début du texte principal), quelques heures plus tard, a semé un doute dans notre esprit. Le chroniqueur a « choké » et il a biffé la phrase de son texte. Pas fort.


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