15 juin 2005

Rollin haut la main !

Pierre Hamel

Un temps de chien, une course spectaculaire et une victoire étincelante du Québécois Dominique Rollin.

Lac-Etchemin – Ce matin, au départ de cette longue étape de 180 kilomètres, les coureurs n’avaient pas le sourire facile. Il faisait froid (7C), le ciel était couvert et un p’tit crachin embuait nos lunettes. Pour plusieurs, la journée s’annonçait difficile. Et elle le fut !

Malgré une crevaison du maillot jaune, Martin Gilbert, au 11e kilomètre, la garde orange – l’équipe Volkswagen-Trek de Gilbert – a bien contrôlé le peloton jusqu’au premier GPM (Grand prix de la montagne). Les porte-couleurs de la formation de Gilbert roulaient tempo bravant le froid et la pluie. Andrew Randell, de l’équipe nationale canadienne, a montré son maillot et roulé, seul, pendant une dizaine de kilomètres.

À l’approche du 2e GPM (88e km), la pluie s’intensifie et le vent se lève. En l’espace de quelques minutes, le peloton éclate en plusieurs groupes. Une quinzaine de coureurs prennent le large. Des rafales de vent (sûrement plus de 60 km/h) balaient la route. Un autre groupe de coureurs où l’on retrouve, entre autres Martin Gilbert, Dominique Perras et Charles Dionne de l’équipe nationale, essaie de faire la jonction avec le groupe de tête. Soudain, un coup de vent soulève littéralement quelques coureurs. « Dionne a pris le fossé et il est allé tondre le gazon », explique après la course Jean-François Laroche de l’équipe du Québec. « Ils sont littéralement tombés l’un après l’autre dans le fossé », renchérit Dominique Perras. « Il fallait vraiment mettre tout son poids sur la roue avant », souligne Martin Gilbert. « J’étais littéralement transporté d’un côté et de l’autre de la route », raconte avec justesse Eric Wohlberg (Symmetrics). Plus de peur que de mal pour les six ou sept coureurs projetés dans le fossé mais une longue poursuite s’engage afin de rejoindre le groupe de tête.

Quelques gros noms sont dans ce groupe de tête : l’Australien Nathan O’Neill (Navigators), le Canadien Svein Tuft (Symmetrics) , trois Polonais de la Formation MBK toujours présents depuis le début du Tour (à surveiller Dawid Krupa) et l’Australien Glen Alan Chadwick (Cyclingnews.com). Les autres, Lieswynn (Health Net), Louser (Navigators), Perras, Gilbert et compagnie sont dans le groupe de chasse. Il vente à écorner les bœufs – et ils sont gros dans la Beauce! Pendant une quinzaine de kilomètres l’écart entre les deux groupes varie de 30 à 55 secondes. Au 117e kilomètre, le maillot jaune crève de nouveau. Gilbert perd une bonne minute dans l’opération. Mais il revient au prix de très gros efforts dans le second groupe. Il est à la veille de frapper le mur… Quelques kilomètres plus loin, c’est au tour de Dionne de réapparaître après sa mésaventure dans le fossé. Décidément, les Québécois ont la couenne dure.

Finalement, à 50 kilomètres de la fin, un regroupement s’effectue en tête de course. Tous les favoris sont là de même que Dionne, Perras, Jean-François Laroche et Dominique Rollin de l’équipe du Québec en plus de Martin Gilbert, Jean-Sébastien Maheu et Kevin Lacombe de la garde orange. Il n’y a plus de peloton principal. Les coureurs sont éparpillés sur le parcours et dans la voiture-balai (22 abandons et 2 hors-délai aujourd’hui). Plusieurs coureurs du groupe de tête ont atteint leur limite ou s’apprêtent à décrocher. À trente de kilomètres de la fin, il ne reste plus qu’une vingtaine de coureurs en position de remporter cette étape. John Lieswyn et Nathan O’Neill ont deux coéquipiers chacun, les trois Polonais sont toujours là, Wohlberg a le plus fort contingent (3 coéquipiers), Perras est seul, Maheu aussi, tandis que Jean-François Laroche et Dominique Rollin tirent bien leur épingle du jeu comme les deux Australiens (Chadwick et Jennings) de la formation cyclingnews.com.

Jennings tente sa chance et file seul. On le laisse aller tout en le gardant en point de mire. Pendant une quinzaine de kilomètres, l’Australien maintient une avance d’une trentaine de secondes. À cinq kilomètres de la fin, dans la dernière bosse de la journée, il frappe le mur. À l’endroit même où Charles Dionne avait déclenché son attaque décisive l’an dernier, Dominique Perras est décroché de ce petit groupe. Ne reste plus qu’une quinzaine de coureurs pour la victoire finale.

À 300 mètres de la ligne d’arrivée, Dominique Rollin place un démarrage. « Je trouvais que les choses ne bougeaient pas. » Il ne sera jamais rejoint. Il l’emporte facilement au nez du Polonais Kacper Sowinski et de l’un des favoris de ce Tour de Beauce, l’Américain Jeff Louder. Très, très impressionnant. Un sprint parfait après une journée vraiment très difficile. En deux jours, le jeune homme de 22 ans (2e hier lors de la première étape) vient confirmer ce qu’on attendait de lui depuis un certain temps. On a toujours su qu’il avait du coffre. Il lui manquait la confiance et l’art de bien se placer. « Je n’aurais jamais pensé gagner en Beauce. J’en reviens pas. » C’est peut-être le déclic qu’il fallait.

Rollin enfile donc la tunique jaune. Il devance le Canadien Mark Walters et l’Américain Jeff Louder, tous deux membres de l’équipe Navigators par 15 et 16 secondes. Lieswyn, gagnant du Tour en 2003, est à 20 secondes et O’Neill à 1m17s. Demain, encore une étape de 180 kilomètres à Saint-Joseph. On annonce de la pluie et du temps frais. Dans la caravane, on se demande si la valse des abandons va continuer.

Les citations du jour
« À un moment donné, ç’a m’a pris trois minutes à enlever mon p’tit imper. »
Jean-François Laroche à propos du vent qui soufflait sur les coureurs.

« Est-ce que certaines voitures d’équipe pourraient récupérer des coureurs qui ont abandonné la course. Il n’y a plus de place dans la voiture-balai. »
Entendu sur Radio-Tour

« Y a de la neige dans les fossés… »
Un motocycliste de la Sûreté du Québec


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