27 août 2004

L'argent à Marie-Hélène Prémont

Pierre Hamel

La Québécoise Marie-Hélène Prémont épate le monde entier aux Jeux olympiques d’Athènes. Elle termine deuxième derrière l’intouchable Norvégienne Gunn-Rita Dahle. . Une journée inoubliable pour la jeune femme de Château Richer.

Athènes – Aujourd’hui, la course à la médaille s’est jouée en moins d’une demi-heure. Alison Sydor a connu un départ-canon. « Je suis partie vite comme je le fais souvent. Je ne voulais pas être prise dans une chute. C’était la meilleure tactique », a expliqué la médaillée d’argent des Jeux d’Atlanta. Mais, à la fin de la boucle de départ, elle est rejointe par Marie-Hélène Prémont et la Norvégienne Gunn-Rita Dahle . Quelques kilomètres plus loin (7,3), à la fin du premier tour, Rita Dahle a déjà creusé l’écart. Prémont franchit la ligne d’arrivée avec un retard de 32 secondes sur la Norvégienne. Alison Sydor est pointée à 1m01s. Les dés sont pipés ou presque.

« Dès le début, j’ai compris qu’on serait toutes les deux à l’avant comme lors des épreuves de la Coupe du monde à Sainte-Anne et Fort William. Il fallait juste que je me concentre dans ma tête pour ne pas chuter », a souligné Marie-Hélène Prémont. Partir à fond la caisse fait aussi partie de la stratégie de la Québécoise. Et comme Alison Sydor, elle veut ainsi éviter les chutes qui peuvent se produire dans les petites descentes. « C’est très rare que je manque de jus. Pour une course de deux heures, je sais que je vais être capable de me rendre au bout à ce rythme. »

Dans les montées les plus difficiles, les meneuses mettent pied à terre à quelques reprises. Le rythme est bon mais la chaleur étouffante en fait souffrir plusieurs. Après deux tours – la course en compte cinq – Dahle file toujours seule en tête. Prémont a perdu un peu de temps. Elle est à 1m07s pendant que Sydor a presque deux minutes de retard. Un scénario fort connu par tous ceux et celles qui suivent les épreuves de la Coupe du monde de vélo de montagne. La Norvégienne en a gagné cinq de cette façon.

À la fin du troisième tour, Prémont, a presque stabilisé son retard (1m25s). Sydor aussi (2m21s) mais l’Allemande Sabine Spitz, Championne du monde en titre, revient sur la doyenne du peloton. Elle n’est plus qu’à une vingtaine de secondes de la Canadienne. « J’ai commencé à souffrir dans ce troisième tour. Dans les parties plus techniques, où habituellement je suis l’une des meilleures, je ne poussais pas trop parce que la chaleur m’accablait. C’était vraiment très difficile » explique Sydor dont le maillot canadien est farcie de dizaines de trous qui devaient la rafraîchir (!). Quant à Kiara Bisaro, la jeune coureuse de Courtney en Colombie-Britannique, elle traîne de la patte (15e à 8m38s). Elle aussi est accablée par la chaleur. « C’était vraiment difficile mais je le savais dès le départ que je ne n’avais pas de bonnes jambes. Je n’ai jamais été aussi nerveuse de ma vie », explique en riant Bisaro.

Au tour suivant, Dahle connaît quelques ennuis avec sa chaîne. Elle s’arrête deux fois dans une montée abrupte pour la replacer. « C’est plus ou moins normal ce genre de problème en vélo de montagne. Ça ne m’a pas énervé. » Tout juste en face de la tribune de presse, à mi-chemin de ce quatrième tour, l’Allemande Sabine Spitz dépasse Alison Sydor. La Canadienne étouffe mais elle s’accroche. À deux kilomètres de la fin de ce tour, elle a encore des problèmes avec sa chaîne et ses changements de vitesse. Elle conserve tout de même une avance d’une minute sur Prémont et de 1m55s sur l’Allemande Spitz.

Plus que jamais, la victoire de la Norvégienne semble inévitable. Mais dans le dernier tour, à mi-chemin, dans l’une des montées les plus difficiles de ce parcours, elle frappe une roche et tombe. « J’ai paniqué un moment puis je me suis calmée. Je n’étais plus capable d’utiliser mon petit pignon », raconte Dahle après la course. Prémont, qui n’est pas au courant des problèmes de la Norvégienne, passe devant son entraîneur Michel Leblanc. Il lui crie de tenter un dernier coup. « J’ai tout donné ce que j’avais dans la dernière montée. Je me levais une dizaine de secondes puis je m’assoyais. C’était ma seule chance de réduire l’écart. Dans la dernière descente, j’ai été plus prudente et j’ai commencé à penser à la petite couronne sur ma tête et à la médaille d’argent… »

À la ligne d’arrivée, Marie-Hélène Prémont termine à 59 secondes de la médaillée d’or. L’Allemande Sabine Spitz est troisième à 1m31s de la Québécoise. Alison Sydor échoue à seulement 26 secondes de la médaille de bronze. Elle est déçue même si elle déclare que c’est belle journée pour le Canada. Kiara Bisaro termine finale ment 15e à 12m59s.

Marie-Hélène Prémont, la nouvelle reine du vélo de montagne au Canada, exulte. « C’est incroyable, j’en ai des frissons. Je savais que j’avais de bonnes jambes. C’est le plus beau jour de ma vie. »

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« Quand on lui a acheté un CCM rose alors qu’elle était une petite fille, jamais je n’aurais cru qu’elle remporterait une médaille d’argent aux Jeux olympiques », a raconté Bertrand Prémont, le père de la jeune championne. Elle non plus d’ailleurs. Il y a neuf ans, elle était bénévole à la Coupe du monde de vélo de montagne au Mont Sainte-Anne. « J’ai bien aimé le feeling lorsque les coureuses ont franchi la ligne d’arrivée. »

Et elle a commencé à faire des courses de vélo de montagne. Michel Leblanc, qui la connaît depuis une dizaine d’années, l’a suivi de loin au début. Il y a trois ans, elle a commencé à obtenir de très bons résultats. Éric Van den Eynde l’a aidée à gravir les échelons. Parallèlement à sa carrière de cycliste, elle étudie en Kinésiologie à l’Université Laval. « Ça m’a beaucoup aidé, explique Marie-Hélène Prémont. J’ai eu des cours en nutrition et en psychologie sportive et j’ai suivi des cours pour devenir entraîneur. » Elle a complété sa formation en quatre ans.

Il y a un an demi, commence sa collaboration avec Michel Leblanc. « Elle me consulte sur ses programmes d’entraînement. On en parle mais c’est elle qui a le dernier mot. Elle est très autonome. Elle se connaît super bien. »

Sous ses airs bon enfant, avec son sourire éclatant, se cache une fille déterminée qui sait très bien ce qu’elle veut. Une tête de cochon, mais très sympathique si vous voulez ce que je veux dire. Ainsi, quand on l’invite à participer à l’épreuve de la Coupe du monde en Espagne – à ce moment-là, elle n’est toujours pas qualifiée pour les Jeux – elle refuse. Quand on lui offre de participer à la compétition en Grèce qui servira de test pour les Jeux, elle dit non de nouveau. Même scénario quand on lui demande de participer au stage d’entraînement à Annecy, en France, à quelques jours des Jeux d’Athènes. « J’aime être ça dans mes affaires. C’est ma recette et elle fonctionne. »

Elle est arrivée à Athènes lundi dernier. Et elle n’est pas sortie beaucoup de sa chambre. « J’étais bien dans ma chambre. Je me suis couché à tous les soirs à 23h00 et je dormais jusqu’à 9h00. C’était parfait. »

Quand on lui a demandé ce que cette médaille olympique allait changer dans sa vie, Marie-Hélène Prémont n’a pas hésité un instant. « J’espère que ça ne changera pas beaucoup ma vie. Je suis heureuse comme ça. Avant d’être une athlète, je suis une personne et je veux rester la même personne. »

On l’aime beaucoup.

Les citations du jour
« Je n’ai eu aucun ennui mécanique. J’avais deux mécanos à ma disposition, celui de l’équipe nationale et Jérôme Sanfaçon, mon mécano personnel, qui est venu de Québec spécialement pour cette course. »
Marie-Hélène Prémont

« Dès le premier tour, dans l’une des montées très techniques, j’ai dû, à ma grande surprise, descendre de mon vélo. C’était un parcours difficile. »
Alison Sydor

« J’ai quatre ans pour m’entraîner. Aux prochains Jeux, je vise une place sur le podium. Marie-Hélène est une inspiration et j’aimerais bien être à sa place en 2008. »
Kiara Bisaro

« Ce n’est pas ce que je regarde le plus. Je me concentre sur ma course. » Marie-Hélène Prémont, en conférence de presse, en réponse à un journaliste du Edmonton Sun qui lui demandait si elle avait vu les drapeaux canadiens le long du parcours.

« La nuit précédant une course importante, je dors à peine deux ou trois heures. Et à 8h00 le lendemain matin, je serais prête à partir. Mais les courses sont habituellement en début d’après-midi. Je regarde ma montre à toutes les 10 ou 15 minutes. »
Gunn-Rita Dahle

« Les éponges viennent du Québec. Ç’a pris trois heures pour que Jérôme en trouve à Québec. »
Michel Leblanc, à propos des éponges que Marie-Hélène prenait pour se rafraîchir.

Roue Libre
Au pays de Maria Callas
• Votre chroniqueur préféré a encore frappé fort aujourd’hui. Un score parfait. Les trois médaillées de ce cross-country et dans l’ordre s’il vous plaît. Il avait tout prévu au début du mois comme le démontre clairement la dernière page couverture du Vélo Mag d’automne. Il a obtenu un bonus à la signature de son contrat avec Jojo Savard.

• On a vu de très belles terrasses (Tabepna) tout le long de la route qui nous amène au site olympique de vélo de montagne, au pied du mont Parnitha. Des endroits charmants où les vignes et les fleurs envahissent les murs ouverts sur la vie de ce quartier champêtre. On est loin de la rue Duluth à Montréal. Au sommet du mont Parnitha trône aussi un Casino fort populaire. On n’est malheureusement pas très loin du projet que caresse la gang d’Intrawest pour le Mont-Tremblant.

• À Athènes, il y a des ruines partout. Certaines assez connues comme l’Acropole, d’autres qui ont été à peine déterrées. Ainsi, si vous creusez pour vous construire une maison et que vous tombez sur un vieux mur de pierres, vous devez arrêter d’excaver jusqu’à ce qu’on juge si les ruines que vous venez de trouver sont historiquement et culturellement intéressantes. Pas besoin de vous dire que ça traîne en longueur. Les contracteurs capotent et les Grecs y pensent deux fois avant de construire de nouveaux bâtiments. Comme ceci explique cela, on n’a pas vu de marmottes sur le bord de l’autoroute.

• La médaillée d'argent a remis à votre collaborateur préféré une barre tendre qu'elle n'a pas mangé. On peut vous assurer qu'elle sera conservé dans un endroit sûr.


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