24 août 2004

L'histoire d'une médaille d'or

Pierre Hamel

Lori-Ann Muenzer cause une certaine surprise en remportant haut la main la médaille d’or en vitesse individuelle. La première en or dans la petite histoire du vélo aux Jeux olympiques. Retour sur une soirée électrisante.

Athènes – Martin Barras, l’entraîneur en chef de l’équipe australienne, nous avait confié hier qu’il craignait beaucoup Lori-Ann Muenzer. Il avait bien raison de se méfier de l’Albertaine. En semi-finale, elle a sorti l’Australienne Anna Meares en trois manches. Quant à la Russe Camilla Abassova, elle n’a pas eu le temps de tergiverser en finale. Muenzer ne lui a laissé aucune chance. Ça n’avait même pas l’air d’un match.

Éric Van den Eynde, l’entraîneur de l’équipe canadienne, a posé une question à sa coureuse ce matin. « Je lui ai demandé si elle la voulait la médaille d’or. Si elle était prête à tomber pour la décrocher. Elle m’a dit oui et j’ai vu cet après-midi qu’elle avait apporté deux cuissards. » Dès la période de réchauffement, Muenzer a réalisé qu’elle avait de bonnes jambes. « On dirait que je sentais ce qui allait se passer mais je ne voulais pas trop m’emballer. »

Mais la soirée a mal commencé pour Muenzer. Lors de sa première manche contre Meares, elle n’a pas bien réagi quand l’Australienne a pris la tête dans le dernier tour. « J’ai remarqué que Lori-Ann était revenue et avait presque remonté Meares, a expliqué Eric Van den Eynde. Elle avait donc de la vitesse. » Muenzer s’est rajustée. « Il fallait que je sorte toutes les cartes de mon jeu, tous les lapins de mon chapeau, a-t-elle expliqué après la course. Je savais que si je la battais, j’avais de grandes chances de l’emporter en finale. »

Dans la deuxième manche, avec un tour et demi à faire, Muenzer a pris la tête et n’a jamais laissé l’Australienne la déborder. Elle a répété exactement le même manège lors de la belle (la troisième manche). Martin Barras a même serré la main de son ami Van den Eynde lorsqu’il a vu l’avance de Muenzer dans l’avant-dernière courbe. « Je m’attendais à un sprint plus physique de la part de Meares, a souligné Van den Eynde. Mais je crois qu’elle ne l’a pas fait parce qu’elle savait qu’on était prêt à répondre. » En débarquant de son vélo, elle a encore tapé sur la tête de Van den Eynde. L’Albertaine a un rituel très précis avant et après chacune de ses courses. Elle est aussi très superstitieuse. Elle a donc ajouté quelques trucs à son répertoire cette semaine. Et elle a continué à écrire quelques notes sur sa course dans son calepin noir.

C’est une belle revanche pour Muenzer puisqu’aux Championnats mondiaux de Melbourne en mai, Meares l’avait battue en trois manches. « Dans l’une d’elles, il a fallu un photo-finish pour nous départager. Un centimètre nous séparait. J’ai encore cette photo sur mon bureau à la maison. »

La finale opposait donc Muenzer à la Russe Camilla Abassova qui avait pris la mesure de la Championne du monde Svetlana Grankovskaya. « Svetlana n’est pas une très bonne tacticienne, a souligné la médaillée d’or. Elle accélère progressivement mais ce soir, j’étais la plus forte, la plus futée, la plus rapide. Et j’ai tout mis ça ensemble. Sorry Camilla it’s my day me suis-je dit. » La Russe n’y a vu que du feu.

Longtemps après la fin de la course, Lori-Ann Muenzer n’en revenait pas encore. « J’ai l’impression que tout est au ralenti depuis trois jours. J’ai battu mon record canadien sur le 500 m et je gagne la médaille d’or. Vous savez, on rêve d’un tas de choses mais personne ne vous explique comment on se sent quand on l’atteint. Moi, je peux vous le dire c’est incroyable ! »

Entre la cérémonie des médailles et la pause-pipi pour satisfaire au contrôle antidopage, Lori-Ann Muenzer a multiplié les entrevues. Elle a raconté son histoire, répondu (encore) à des questions sur son âge (38 ans) et vanté les mérites de son entraîneur Steen Madsen. « Il y a cinq ans, j’ai trouvé le meilleur entraîneur sur la planète. Il m’a bâti un programme d’entraînement et m’a tout montré. On a passé une dizaine de jours ensemble en France, juste avant de débarquer à Athènes. J’étais prête », conclut la nouvelle reine du sprint.

Fait à noter, Muenzer courait avec des roues fournies par l’équipe de France et d’Australie. Éric Van den Eynde raconte : « Dès le premier jour du tournoi de vitesse, on a entendu un drôle de bruit au vélodrome. Plus tard, on s’est aperçu que la roue de Lori-Ann s’était brisée dans son sac. Je suis allé voir l’équipe française et ils m’ont passé la roue à bâtons à l’avant. Ils nous ont aussi donné un boyau d’une valeur de 240 $ US. Et quand elle a crevé, cette fois la roue arrière, c’est Martin Barras de l’équipe australienne qui est venue me prêter la roue arrière. »

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Le tournoi de vitesse chez les hommes a laissé un goût amer au Français Gané et à l’Allemand Wolff. Gané, Champion du monde de vitesse et de keirin en 2003, n’a jamais été dans le coup. L’Australien Ryan Bayley l’a sorti en deux manches expéditives. Laurent Gané a laissé entendre que l’heure de la retraite avait sonné. L’autre demi-finale opposait le Champion du monde en titre, la jeune sensation Hollandaise, Theo Bos à l’Allemand Rene Wolff qui en avait impressionné plusieurs avec sa pointe vitesse durant ce tournoi. Wolff a commis l’erreur de partir trop vite et Bos n’a eu aucune difficulté à le contenir. Lors des manches pour la médaille de bronze, l’Allemand n’a fati qu’une bouchée du pauvre Français Gané.

En finale, Theo Bos a continué sur sa lancée victorieuse en battant l’Australien Ryan Bayley dans la première manche. On a cru que le tour était joué pour le Hollandais mais Bayley est revenu très fort dans les deux manches suivantes. « C’est vraiment incroyable. Tout est tombé au bon moment à la bonne journée », a expliqué le gagnant de la médaille d’or. Peter Pieters, l’entraîneur de Bos, a reconnu que son poulain était peut-être fatigué. « Il a participé au 1 km, à la vitesse par équipe et à la vitesse individuelle. Il était fatigué. Il n’avait pas sa pointe de vitesse dans les deux dernières manches. »

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Dans la course aux points, le Russe Mikhail Ignatyev a survolé l’épreuve de 40 kilomètres. À quatre reprises, il est allé cherché un tour sur le peloton. On s’est même demandé s’il ne partirait pas encore à la fin de la course… Il a devancé l’un des favoris l’Espagnol Joan Llaneras et l’Allemand Guido Fulst.


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