18 août 2004

Lettre à Lyne Bessette

Pierre Hamel

Au contre-la-montre individuel, les Américains triomphent, les Allemands s’écrasent, Eric Wohlberg étonne et Lyne Bessette se confie.

Athènes – On attendait les Allemands (Jan Ullrich 7e à 1 m 30 s et Judith Arndt 11e à 1m 35 s) au contre-la-montre individuel mais ce sont finalement les Américains qui ont volé la vedette. Particulièrement chez les hommes alors que Tyler Hamilton a décroché l’or devant Viatcheslav Ekimov, champion olympique sortant, et son compatriote Bobby Julich.

« J’étais vraiment nerveux aujourd’hui, a raconté Hamilton après sa folle chevauchée. Comme un débutant. Ç’a été très difficile surtout à cause de la chaleur. Je me suis calmé au premier tour et j’ai gardé ma concentration. » Le coureur de 33 ans a fait un parcours parfait. Troisième après les deux premiers pointages au 12e km et au 24e km, il s’est emparé de la tête lors du troisième passage (36e km) pour terminer en force (moyenne de 50,062 km/h) ce CLM de 48 kilomètres.

Ekimov a été Ekimov. Un modèle de régularité qui a fait la barbe aux plus jeunes – il a 38 ans. « C’est un parcours comme je les aime. Il faut de la vitesse et beaucoup de puissance pour s’illustrer sur ce genre de tracé », a expliqué celui qui a terminé à 18 secondes de Hamilton. L’Américian Bobby Julich, notre chouchou dans le peloton professionnel depuis qu’on l’a découvert au Tour de l’Abitibi en 1988, n’était pas aussi enchanté de ce parcours. Ça ne l’a pas empêché de finir sur les talons du Russe Ekimov (à 8 secondes). « Je n’avais pas de radio et je ne savais pas l’écart qui me séparait des autres coureurs. Je n’en voulais pas. J’avais juste le goût de courir selon mes sensations », a expliqué Julich.

L’Ontarien Eric Wohlberg a terminé à 2 m 59 s de Hamilton mais sa 18e position est presqu’un exploit dans les circonstances. « J’y suis allé mollo au début, a-t-il expliqué. Il ventait un peu et c’est toujours à mon avantage parce que j’ai une très bonne position sur mon vélo. Et comme il y a une douzaine de coureurs qui ont participé au Tour de France dans ce contre-la-montre, une place parmi les 20 premiers est très satisfaisante. » Surtout qu’il a devancé des spécialistes comme le Hongrois Laszio Bodrogi et l’Ukrainien Serhiy Honchar.

Chez les femmes, cette diable de Leontien Van Moorsel n’a pas eu l’air trop sonné suite à sa chute de dimanche dans la course sur route. Elle a devancé l’Américaine Deirdre Demet-Barry (il y a donc une mini-médaille dans le camp canadien puisque l’Américaine est la tendre moitié de Michael Barry) par 24 secondes et la surprenante Suissesse Karin Thuerig par 43 secondes. « J’ai tellement souffert. Ça me faisait mal partout spécialement dans les dix derniers kilomètres. Mais je n’arrêtais pas de me dire que ce serait probablement la dernière fois que je souffrirais autant », a conclu la Hollandaise volante, médaillée d’or de la même épreuve à Sydney en 2000.

Quant aux Canadiennes, Lyne Bessette et Sue Palmer-Komar, elles ont obtenu un résultat qui peut paraître décevant à première vue. Respectivement 16e et 17e, à 2 m 12 s et 2 m 14 s de Van Moorsel, elles ont toutefois reconnu qu’elles ne pouvaient pas aller plus vite. « J’ai fait un chrono à la hauteur de mes capacités, a expliqué Lyne Bessette (voir autre texte). J’avais de bonnes jambes. » Palmer-Komar, la doyenne de l’équipe canadienne, qui n’avait jamais participé à un contre-la-montre individuel aux Championnats mondiaux, a vite réalisé que ce n’était pas sa journée. « Dès le réchauffement, j’ai senti que je n’avais pas les mêmes jambes qu’à Kamloops où j’ai remporté le Championnat canadien. »

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Lettre à Lyne Bessette

Bonsoir Lyne,

Cet après-midi, on était quelques-uns à t’attendre après ta prestation au contre-la-montre. Et plus les minutes passaient, plus on s’impatientait. On se doutait que t’étais un peu déçue et on avait bien hâte de recueillir tes commentaires.

Mais notre patience a été récompensée. Tu nous a donné une longue entrevue, sans doute la meilleure avec toi à laquelle j’ai assisté. Tu nous a parlé de tes sensations physiques mais tu nous a surtout parlé de la vie. J’aime vivre, j’aime voyager, j’aime aller voir mon mari en Espagne, j’aime aller à Boston nous as-tu raconté. Tu nous as dit très clairement que tu avais une vie à côté du vélo et que c’était super important. De plus en plus important.

Tu nous a aussi expliqué que pour exceller dans un exercice comme le contre-la-montre, il faut se spécialiser. Mais, en même temps, tu dois répondre aux exigences d’une équipe professionnelle. Tu ne peux pas exceller partout, c’est évident. Tu l’as reconnu. Pour performer, par exemple au contre-la-montre, il faudrait que tu sacrifies des choses.

Je ne dis pas que je ne suis pas prête à faire ces sacrifices as-tu précisé mais on a senti une certaine hésitation. Tu as même enchaîné en disant que t’aimerais ça avoir une année un peu plus mollo l’an prochain. Moins de pression, moins de stress. Tout à fait normal après sept ans de professionnalisme, si tu veux mon avis.

C’était fort intéressant de t’entendre expliquer comment c’est de plus en plus difficile de concilier performance et vie normale (!) On a compris et je suis sûr que tous tes fans l’auront compris aussi. Tu n’as plus besoin de nous parler de podium ou de médailles à tout prix. Fais juste pédaler aussi vite que tu le peux, ça va être parfait. Et tu n'auras plus de problèmes avec certaines de tes déclarations.

Les citations du jour
« Je ne peux pas croire que j’ai remporté la médaille d’argent. Mais j’étais particulièrement forte aujourd’hui. J’avais confiance en mes moyens. »
Deirde Demet-Barry

« C’est sûr que j’aurais aimé ça le savoir avant. J’ai fait du derrière-moto après le Grand Prix de Beauce. C’était une bonne préparation pour la course sur route mais j’aurais fait d’autres exercices spécifiques pour le contre-la-montre individuel. »
Eric Wohlberg, à propos de son invitation tardive (vendredi dernier) pour le CLM

« Cette médaille d’or sauve ma saison. Ç’a été une bonne idée d’abandonner le Tour de France. J’ai réfléchi pendant une semaine puis j’ai recommencé à m’entraîner en vue de cette course. »
Tyler Hamilton

« Le plus important, c’est de ne pas rater mon vol demain matin. »
Viatcheslav Ekimov

« L’an dernier, à 32 ans, je pensais que c’était terminé. Bjarne Riis (manager de l’équipe CSC) a relancé ma carrière. »
Bobby Julich

Roue Libre
Au pays de Maria Callas

• En se rendant au Centre Olympique de Vouliagmeni, on a aperçu un train rapide qui longe la mer et de très belles plages. Autrement dit, vous partez du centre-ville d’Athènes, vous empruntez ce train de banlieue et vous débarquez à la plage de votre choix. Vous marchez une dizaine de mètres et vous avez les deux pieds dans l’eau salée. C’est pas beau ça ?

• Aujourd’hui, le stade antique d’Olympie a été utilisé comme site de compétition. C’était la première fois depuis 393 avant Jésus-Christ. De méchantes langues prétendent que Richard Garneau commentait déjà les compétitions à ce moment-là.

• Votre chroniqueur préféré a été à la hauteur en ce qui a trait à ses prédictions sur les performances des Canadiens. On ne peut en dire autant sur ses choix de médailles du côté des femmes. Complètement à côté de la track. Et chez les hommes ce n’était guère mieux. L’Australien Michael Rogers a terminé quatrième (on avait prédit une 2e place) et on avait dit de Tyler Hamilton que c’était le coureurs à surveiller. Jan Ullrich ? Il nous a chié dans les mains !


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