15 août 2004

L'or à l'Australienne Sara Carrigan

Pierre Hamel

L’équipe canadienne a joué un rôle de premier plan dans la course sur route féminine. Susan Palmer-Komar a donné la frousse aux meilleures cyclistes de la planète. Lyne Bessette a chuté lourdement et a finalement abandonné.

Athènes – Les meilleures cyclistes féminines au monde ont donné tout un show aujourd’hui dans les rue d’Athènes. Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu une course au féminin si âprement disputée. Et les coureuses de l’équipe canadienne, Lyne Bessette, Manon Jutras et Susan Palmer-Komar ont tiré leur épingle du jeu tour à tour.

Comme lors de la course chez les hommes, les premiers tours (9 au total – 118,8 km) ont servi de mise en jambes. Une espèce de réchauffement quoi!On a même vu la jeune Nicole Cooke jaser avec une Allemande et faire semblant de prendre des photos du panorama historique. Mais déjà, dans la montée de la colline Lykavittos, Manon Jutras prenait la tête du peloton et, à sa façon bien coutumière, imprimait le tempo. Au tour suivant, ce sont les Hollandaises qui roulent en tête jusqu’à ce que Jutras accélère le rythme à deux kilomètres de la fin du troisième tour. «Notre plan de course était simple: être dans la course et assez actives pour provoquer des choses», explique l’ex-triathlète.

La première attaque sérieuse survient tout de suite après la zone de ravitaillement dans le quatrième tour. L’Espagnole Eneritz Iturriaga Mazaga s’enfuit. C’est le début d’une longue série de tentatives d’échappée qui vont pimenter la course jusqu’au sprint final. Au tour suivant, après que le peloton eut rattrapé deux fugitives, Manon Jutras contre-attaque et file seule pendant quelques kilomètres. À notre avis, elle en fait un peu trop. Dans la montée de la colline Lykavittos, deux des grandes favorites, l’Allemande Judith Arndt et la Hollandaise Leontien Van Moorsel, accélèrent brusquement. Le peloton élate puis se regroupe de nouveau sur les pavés au bas de l’Acropole. Un groupe de huit coureuses passe en tête à la fin du cinquième tour. Jutras est toujours là. Une mince avance de 5 secondes pour le petit groupe. Il ne reste plus que quatre tours (52 km).

Encore une fois, la menace est étouffée. Puis, c’est au tour de la Française Sonia Huguet de tenter sa chance. À la zone de ravitaillement, elle a 55 secondes d’avance. On voit même Jeannie Longo prendre la tête du peloton pour protéger l’avance de sa compatriote. Un maillot à feuilles d’érables ramène le peloton. Manon Jutras dites-vous? En plein ça.

Mais une contre-attaque de l’Allemande Judith Arndt change l’allure de la course. Un groupe de 22 coureuses se détache et part à la poursuite de Huguet. Palmer-Komar est là. Mais aucun signe de Bessette et Jutras. On se dit qu’elles ont loupé la bonne échappée. Les meilleures ont accompagné l’Allemande. Arndt le sait et elle force la note. Dans la montée de l’Akropolis, le groupe rejoint Huguet. Sur les pavés, Arndt , gagnante du récent Tour du Grand Montréal, est toujours devant. Elle dégage une très forte impression. Au passage de la ligne, ce groupe a une avance de 26 secondes sur le peloton principal où l’on retrouve Jutras et Bessette. Ne reste plus que trois tours.

Heureusement pour Bessette et Jutras, le groupe de tête ralentit le rythme. Un nouveau regroupement s’opère. C’est ce que Bessette attendait. Elle saute sur l’occasion et contre-attaque. Les esprits mal tournés se rappellent Sydney… On est au 83e kilomètre. Personne ne suit la grande fille de Knowlton. Elle accélère. Sue Palmer-Komar est aux avant-postes. Au ravitaillement, quelques kilomètres plus loin, elle détient une avance d’une vingtaine de secondes. Mais Bessette n’est pas n’importe qui et la grande Leontine Van Moorsel réagit brusquement. Le peloton s’étire comme un long ruban. L’échappée de Bessette aura duré neuf kilomètres.

Mais le meilleur reste à venir puisque dès que le peloton fait la jonction avec Bessette, Palmer-Komar contre-attaque dans la portion des pavés. Le plan d’attaque de l’entraîneur de l’équipe nationale, Éric Van den Eynde, apparaît de plus en plus clair. Le temps de le dire, Palmer-Komar creuse un écart d’une trentaine de secondes. «C’était parfait, souligne Bessette. J’ai pris la roue de Van Moorsel parce que je savais qu’elle voudrait sûrement ramener sa coéquipière Melchers . Je me suis dit que je pourrais encore contre-attaquer lorsque le peloton allait rejoindre Sue.»

C’était trop beau. À une vingtaine de mètres de la ligne d’arrivée (fin du 7e tour), Van Moorsel, la reine des Jeux de Sydney avec ses trois médailles d’or, se retourne et jette un coup d’œil au-dessus de son épaule. Sa roue avant touche à celle de l’Espagnole qui la devance. Elle chute lourdement au sol et entraîne dans sa chute la Suissesse Nicole Brandli. Lyne Bessette ne peut les éviter. Sa tête cogne le bitume. («J’ai un très bon casque.») et elle tombe sur la hanche. («Je vais mettre de la glace et ça devrait être OK.»). Le temps de reprendre ses sens et de vérifier le vélo, elle perd deux minutes. «Pourtant, explique Bessette un peu plus tard, c’est safe d’être à l’avant de la course.»

Pendant ce temps, Sue Palmer-Komar a augmenté son avance. Elle est maintenant de 50 secondes. «Quand j’ai croisé la ligne, je me suis dit que ce serait vraiment difficile de maintenir cette avance, raconte l’Ontarienne. C’est sûr que j’aurais aimé mieux partir un tour plus tard mais, en vélo, il y a parfois des opportunités qu’il faut prendre lorsqu’elles passent.» Et elle a continué. Son avance a légèrement dépassé la minute au ravitaillement, Mais, lors de l’ascension de la fameuse colline, elle en arrache. L’Espagnole Somarriba, la Hollandaise Melchers, l’Australienne Woods et la jeune Anglaise Nicole Cooke pressent le pas. Pendant ce temps, Bessette a changé deux fois de roue. «J’étais maintenant à quatre minutes, ça ne me donnait rien de continuer.»

Palmer-Komar est finalement rejointe sur les pavés qui bordent l’Akropolis. Huit coureuses sont en tête dont les deux Australiennes, Oenone Wood et Carrigan, l’Anglaise Nicole Cooke, la Hollandaise Mirjam Melchers l’Espagnole Somarriba et la Canadienne. La crème des coureuses. Dans le dernier tour, Sara Carrigan attaque. Judith Arndt la suit. Palmer-Komar s’accroche aux autres coureuses de l’échappée. «Je pensais encore que j’avais une chance. Parfois, les coureuses en échappée ralentissent ou se regardent. On peut revenir sur elles. Et au sprint, on ne sait jamais.»

Mais ni Arndt, ni Carrigan n’ont l’intention de ralentir le rythme. Surtout Arndt. «J’ai compris dans la dernière bosse que je terminerais deuxième. Carrigan ne prenait plus de relais et elle est bien meilleure que moi au sprint.» Et il s’en est fallu de peu pour qu’une autre Australienne décroche le bronze. Wood a finalement cédé la troisième place à la Russe Olga Slyusavera.

Finalement, Susan Palmer-Komar a terminé 11e à 1 m 13s de Carrigan et Manon Jutras 30e à 1 m 18s. Bref, on pourrait asticoter sur le fait que les Canadiennes en ont fait un peu trop, trop tôt mais ce serait un peu injuste. Pour une fois, elles ont fait la course. Dommage que Bessette et Palmer-Komar aient été seules à chaque fois lors de leurs échappées.

Les citations du jour
« On a été en Italie une bonne partie de la saison et ça nous a beaucoup aidées. On était très loin de l’Australie et de la pression médiatique. »
Sara Carrigan

« Je fais du vélo depuis 10 ans et je sais que Petra (Rossner) est la meilleure sprinteuse au monde. Le circuit n’était pas difficile et avec Petra dans le sprint, on aurait été certaine de gagner. »
Judith Arndt, à propos de la non-sélection de Petra Rossner et de la signification de son doigt d’honneur au passage de la ligne d’arrivée.

« Le vent était affreux. On l’avait tout le temps dans la face. »
Olga Slyusavera

« Au moins dans le contre-la-montre individuel, il n’y aura pas une fille qui va chuter devant moi. »
Lyne Bessette

Roue Libre
Au pays de Maria Callas

• Les nuages existent même à Athènes. On en a vu aujourd’hui. Des blancs comme le fromage féta et des noirs comme les olives.

• L’histoire du jour. J’entre dans une boutique du village des médias pour acheter de la gomme. Comme ce genre de transaction (!) n’est jamais simple ici, les deux préposés grecques se confondent en excuses. Puis l’un des deux jeunes hommes pose LA question.
– D’où venez-vous ?
– Du Canada
– Ah oui…
– En fait, je viens du Québec.
À son air, je vois bien que ça lui sonne des cloches.
– Vous connaissez ?
– Ben oui, c’est le pays de Céline Dion. C’est ma chanteuse préférée. Je rêve d’aller la voir à Las Vegas mais je n’ai pas assez d’argent.

L’effet de surprise passé, je lui ai conseillé d’aller voir Fabienne Thibault dans l’arrière-pays français. Beaucoup moins cher et tout aussi authentique.


nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d'autre ?

Page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net