14 août 2004

Victoire éclatante de Paolo Bettini

Pierre Hamel

L’Italien Paolo Bettini remporte la première médaille d’or en cyclisme de ces Jeux d’Athènes. Le Canadien Michael Barry est dans le coup jusqu’à la fin. Athènes – L’an dernier, à Hamilton, lors des Championnats mondiaux sur route, Paolo Bettini, archi-favori avant la course, avait raté la bonne échappée. Aujourd’hui, l’Italien n’a laissé plané aucun doute sur sa victoire finale. Ses coéquipiers de la squadra ont été présents dans toutes les échappées de la journée et dans l’avant-dernière ascension de la colline Lykavittos, Bettini a pris les choses en main. Seul Sergio Paulhinho, un jeune coureur du Portugal, a été capable de le suivre.

C’est à partir du 11e tour (la course en comptait 17 – 224,4 km au total) que les ténors du peloton ont véritablement lancé les hostilités. Auparavant, le Suédois Magnus Backstedt s’était échappé dès le 20e kilomètre (2e tour). Le peloton, collé au bitume par une chaleur écrasante, l’a regardé aller l’air de dire : «Tu veux te faire cuire un œuf mon homme ? Pas de problème vas-y…» Le pôvre a caracolé seul en tête jusqu’au 8e tour (presque la mi-course). Il a eu le temps de se faire une très grosse omelette! Par la suite, son avance (3 m 50 s) a fondu et il a finalement été rejoint par le Hongrois Laszio Bodrogi et le Français Richard Virenque qui a fait son numéro habituel.

Ce sont les Allemands qui ont accompli le gros du travail durant cette partie de la course. Andreas Kloden est passé à l’attaque au 10e tour et le peloton, maintenant regroupé, a été scindé en quelques petits groupes. Le temps de le dire, l’Ontarien Eric Wohlberg a été éjecté du peloton principal. Au tour suivant, il abandonnait comme Kloden d’ailleurs. Quant à Backstedt, il mangeait sans doute une tarte aux œufs au stand de la Suède.

Avec cinq tours à faire les gros canons ont commencé à tirer quelques coups. L’Italien Cristian Moreni a entrepris son travail de sape pour son coéquipier Bettini. On a vu l’Américain Bobby Julich, avec dans sa roue Gord Fraser, tenter sa chance. «Aujourd’hui, il ne fallait pas être derrière parce qu’on souffrait beaucoup pour revenir dans la descente, a expliqué l’Ontarien. Après ma p’tite sortie avec Julich, ç’a été difficile et j’ai été victime de crampes.» À quatre tours de la fin, Fraser a tiré sa révérence non sans avoir donné un coup de main à Michael Barry. «Je lui ai apporté quelques bidons et je lui ai soufflé quelques mots d’encouragement», a conclu Fraser.

Après quelques vaines tentatives d’échappée où l’on retrouvait presque toujours un Italien, le Belge Axel Merckx a prolongé son effort en haut de la colline et quelques coureurs l’ont suivi, notamment l’Italien Paolini. Avec deux tours à faire, le groupe de tête possédait une mince avance de 30 secondes sur le peloton principal dont faisait toujours partie Michael Barry.

Finalement, au début de l’avant-dernier tour, le peloton de tête s’est de nouveau regroupé. Et ça s’est mis à flinguer de partout. Bettini et le Kasakh Alexandre Vinokourov étant les plus actifs. Et c’est là que Paolo Bettini a forcé l’attaque. Il a creusé un tout petit écart d’une douzaine de secondes. À la surprise d’un peu tout le monde et du principal intéressé, seul Sergio Paulinho a réussi à s’accrocher. Bettini a mené la course comme il l’a si souvent fait lors de ses victoires dans les grandes classiques. À une dizaine de kilomètres de la fin, un gros plan télé de Bettini nous a confirmé qu’il était dans un grand jour. Il a ajusté son oreillette et la courroie de son casque comme si rien n’était. Le duo comptait alors 25 secondes d’avance sur le peloton principal.

À 4 kilomètres de la fin, au pied de l’Acropole, Barry est sorti du peloton principal. «C’était ma dernière chance. Je ne voulais pas participer à un sprint de peloton. Axel (Merckx) a contre-attaqué et m’a dépassé. Il allait juste un peu trop vite. Je n’ai pas pu m’accrocher et le peloton ma rattrapé.» Merckx n’a pas été rejoint et il a fait un peu peur à Bettini. L’Italien s’est alors approché de son jeune compagnon d’échappée (Paulinho) et lui a dit : « Suis-moi jusqu’au dernier kilomètre et on évaluera de nouveau la situation. » Ils ont alors presque fait du sur-place puis joué au jeu du chat et de la souris. Bettini l’a emporté facilement pendant qu’Axel Merckx terminait troisième à 8 secondes du médaillé d’or. Ce dernier, marié à une jeune femme de Kamloops en Coplombie-Britannique, était particulièrement fier de sa médaille de bronze. «C’était l’objectif de ma saison.»

Michael Barry a finalement terminé 32e, dans le même temps que le quatrième, l’Allemand Erik Zabel. Il n’était pas trop déçu. «C’est sûr qu’on n’a pas une équipe aussi puissante que les autres pays. Gord (Fraser) et Eric (Wohlberg) ont l’habitude de courir en Amérique du Nord. Ce n’est pas pareil en Europe. La dernière heure de course est très difficile pour eux. Ils ne sont pas habitués à courir sur une aussi longue distance. Souvent, en Europe, on court même une heure de plus qu’aujourd’hui. Mais ils ont bien roulé quand même», a conclu le sympathique athlète de 28 ans.

Mais le flop du jour, c’est la prestation de l’équipe espagnole largement favorite pour placer l’un de ses coureurs sur le podium. Dès le premier tour, une chute impliquant le Champion du monde Igor Astarloa et son coéquipier Jose Ivan Gutierrez, a donné le ton. Astarloa est remonté sur son vélo mais il a abandonné avant la fin du premier tour. Gutierrez a quitté le peloton au 12e tour et Oscar Freire, l’un des favoris et De Gonzalez ont fait de même deux tours plus tard. Quant à Valverde (47e), il n’a pas été très actif lors du final.

Demain, c’est au tour des femmes d’affronter le four d’Athènes. Bien hâte de voir qui sera la meilleure cuisinière !

Les citations du jour
«C’était probablement très beau de voir cette course à la télévision avec tous les monuments aux alentours. Je ne les ai pas beaucoup vus. Mais Dede (Demet) est venue ici l’an dernier et elle m’a montré tout ça avant la course.»
Michael Barry en référence à sa femme Dede Demet qui court demain dans la course sur route.

«Je suis fier de Michael (Barry). Il a terminé la course alors qu’il y avait une gang de millionnaires qui ont fini leur course dans la zone de ravitaillement. »
Gord Fraser, à propos de toutes ces stars qui ont abandonné en cours de route.

« La victoire est toujours grisante. Mais ce que j’aime le plus de cette médaille c’est que tout le monde du sport sait maintenant qui je suis. Pas seulement le monde du vélo. »
Paolo Bettini

« Je vais prendre quelques bières et manger des frites. »
Axel Merckx lorsqu’on lui a demandé ce qu’il envisageait dans le futur

« Jamais je n’ai pensé que je pourrais décrocher la médaille d’argent. »
Sergio Paulinho

Roue Libre
Au pays de Maria Callas

• C’était un peu le bordel ce matin au centre-ville d’Athènes. Résultat : plusieurs autobus qui devaient amener les journalistes au départ de la course sur route ne sont jamais arrivés au Centre de presse. La raison : le centre-ville était bloqué à cause de la fermeture des routes pour la course de vélo. Logique non ? Malgré les inconvénients, on n’a pas apprécié l’attitude du journaliste de Velo News qui a engueulé plusieurs bénévoles qui n’étaient en rien responsable de cette situation. Vous savez le gendre grand blond, grande gueule, face à claques ! « Hey bonhomme, te souviens-tu des Jeux d’Atlanta ??? »

• Vous pensez qu’on exagère avec la chaleur ? Sachez que le Hollandais Max Van Heeswijk a été vu au centre du peloton avec un gros sac de glace dans le cou puis sous son maillot. Et la seule ombre que nous avons vue aujourd’hui a été causée par le ballon dirigeable dont se sert la télé . Une fraction de seconde, le temps que le ballon passe devant le soleil.

• Vous avez sûrement entendu parler des chiens errants qui se promènent un peu partout en ville. Et les pigeons, est-ce qu’on vous en a parlé ? Il y en avait des dizaines aujourd’hui qui arpentaient la ligne d’arrivée. Et ils étaient plutôt téméraires. Pas sûr que Jacques Rogge et Hein Verbruggen, respectivement Président du CIO et de l’UCI, spectateurs en fin de course, ont beaucoup apprécié. Imaginez la scène : les pigeons s’énervent lors de la remise des médailles. Oh le beau cadeau sur le veston du monsieur…

• Non, non, j’ai pas oublié la cérémonie d’ouverture. C’est vraiment pas mon truc mais je dois avouer qu’il y avait de beaux flashs. Le petit bateau de papier qui flotte sur l’eau, le long défilé historique avec des hommes et des femmes statues plus vrai que nature, la prestation de Björk et surtout la finale avec la flamme olympique. Et quel beau stade.

Par contre, il serait peut-être temps qu’on fusionne quelques pays ! Le défilé des pays était interminable. Dites, avez-vous remarqué que lors du passage des représentants de l’Iraq, la foule se levait d’un bloc pour saluer la délégation. Mis à part la Grèce, c’est le seul pays qui a eu droit à cette attention. On interprète ça comment…

• Votre chroniqueur préféré a encore misé juste. Il avait choisi Paolo Bettini pour remporter la médaille d'or. Réf.(Vélo Mag,automne 2004)


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