12 octobre 2003

La folle chevauchée de Michael Barry

Jacques Sennéchael et Pierre Hamel

Les Italiens ont tout fait pour trouver un successeur à Mario Cipollini mais c’est finalement les Espagnols qui ont piqué les meilleures places. Michael Barry réalise une brillante performance.

Hamilton. On pensait voir le train bleu avec la locomotive Bettini judicieusement placé en fin de course. C’était sans compter sur l’armada espagnol qui a judicieusement placé ses pions. Finalement, Oscar Freire ayant du mal à suivre le train d’enfer du dernier tour, c’est Igor Astarloa suivi de son compatriote Alejandro Valverde Belmonte qui se classe sur les deux premières marches du podium. Le Belge Peter Van Petegem est 3e.

Celui qui a le plus surpris les pronostiqueurs est cependant le Canadien Michael Barry qui récolte une exceptionnelle 7e place. L’équipe canadienne savait qu’elle allait souffrir sur les 258 kilomètres de parcours. Michael Barry, Dominique Perras, Mark Walters et Eric Wohlberg envisageaient de montrer le maillot canadien en début de course. Éric Van den Eynde avait une autre vision pour l’équipe canadienne. « Je crois qu’il y mieux à faire que de jouer au guignol pendant les premiers tours. Ils ont tous une oreillette et un micro et peuvent donc se parler pendant la course. Je leur ai demandé de se relayer le plus possible et celui qui n’arrive pas à suivre devra se sacrifier pour les autres. En fait, il faudra être patient, se faire oublier et être opportuniste quand une occasion se présentera ».

La patience, les Canadiens, comme l’ensemble du peloton, en ont eu une bonne partie de la course. Les premiers tours se sont faits tranquillement plus près des 36 km/h que des 42. Le peloton en a profité pour s’échanger les dernières nouvelles en s’étirant et se regroupant suivant le relief. La première attaque s’est faite 1h30 après le départ alors qu’il restait un bon 200 kilomètres à faire. C’est le Hollandais Koos Moerenhout qui a lancé la première offensive au 4e tour. Il a pu tenir suivi par un peloton sans conviction jusqu’au 9e tour où il a été rejoint par le Colombien Victor Hugo Pena et le Norvégien Bjönar Vestol.Au 13e et au 14e tour, le rythme s’accélère pour dépasser les 42 km/h de moyenne. L’échappée est rejointe par un peloton où les Canadiens ont toujours leur place.

Par la suite, on assiste à une série d’attaques et de petites échappées sans trop de conséquences. Le Belge Van Goolen et le Suisse Zberg prennent jusqu’à cinquante secondes avant que les Italiens imposent leur loi en tête du peloton. L’Américain Chris Horner fait aussi un baroud d’honneur.

À deux tours de la fin, Dominique Perras (104e) décroche du peloton principal. Mark Walters l’avait déjà fait le tour précédent. « Ces Championnats étaient l’objectif de ma deuxième partie de saison, a expliqué Perras.Ça allait bien dans les bosses, mais j’avais un peu plus de difficultés dans les parties plus plates avec le vent de côté même si on était protégé au cœur du peloton. Je me sentais vraiment mal ».

À une dizaine de kilomètres de la fin, six coureurs prennent la poudre d’escampette. On y retrouve notamment l’Espagnol Astarloa, le Belge Van Petegem, l’Italien Bettini, et le Hollandais Boogerd. Une échappée royale. On pense alors que la course est terminée. Mais ce diable de Barry ramène un petit peloton sur cette échappée. « J’ai fait bien des courses où j’ai regretté de ne pas avoir attaqué », explique le sympathique coureur de la formation de Lance Armstrong.

Igor Astarloa, qui s’est déjà informé de l’étât de fraîcheur de son compatriote Oscar Freire lors du dernier tour, raconte sa fin de course. « Il m’a dit qu’il avait du mal à suivre et de surveiller Bettini. S’il avait une opportunité, il tenterait sa chance au sprint. J’ai vu que Bettini et Boogerd me regardaient sans rouler à 100 %. Je suis parti tout seul. Quand j’ai remarqué que Valverde était avec eux, je me suis dit qu’il allait les contenir et que je pouvais tenter ma chance ».

Il avait bien raison. Ce vainqueur de la Flèche Wallonne l’emporte facilement devant son compatriote Alejandro Valverde et le Belge Peter Van Petegem. Michael Barry complète sa journée de travail en décrochant la 7e position. « J’avoue que ça été un peu plus facile que prévu », a-t-il reconnu pendant que sa douce, Dede Demet, l’embrassait et le félicitait.

L’analyse
Ce devait être une course très sélective. Nous avions même avancé que seulement une quarantaine de coureurs complèteraient la course. Ç’a n’a pas été le cas. Malgré le rythme imposé, tôt en course, par les Italiens et les Hollandais, plus de 60 coureurs ont franchi la ligne d’arrivée à moins de 30 secondes du vainqueur. Mais ça n’enlève rien à la performance exceptionnelle de l’Ontarien Michael Barry.

Hier soir, quand les gars de l’équipe canadienne se sont réunis pour discuter de la course, ils ont pris la bonne décision. Ils n’ont pas déployé trop d’énergie lors des échappées matinales et Michael Barry a été très alerte. Lors des cinq derniers tours, il a toujours été aux avant-postes. Mieux, c’est lui qui a ramené le groupe de chasse sur l’échappée de huit coureurs. Et il a relancé la chasse sur l’Espagnol une dernière fois juste avant de s’engager dans le sprint final.

Ce n’est pas un hasard si cette 7e place de Barry est la meilleure performance d’un Canadien aux Championnats mondiaux sur route depuis la fameuse médaille de bronze de Steve Bauer à Barcelone en 1984. Ça prenait un coureur costaud pour réaliser un tel exploit.

Les Italiens avaient placé toutes leurs billes sur le même joker. Ils ont essayé de contrôler la course de bout en bout. Paolo Bettini était archi-favori et tout le monde le savait. On a donc laissé la Squadra effectuer une bonne partie du boulot jusqu’à ce que Bettini soit propulsé dans le groupe de tête. Mais, comme l’a précisé le Belge Peter Van Petegem, l’Italien n’avait pas l’aisance des derniers mois. Et les Espagnols en ont profité surtout quand ils ont réalisé que l’un des favoris de cette course, leur coéquipier Oscar Freire, n’avait plus ce qu’il fallait pour monter sur le podium.

Dernier coup fumant du jour. Celui de l’Espagnol Igor Astarloa qui, dans les derniers kilomètres, creuse un petit écart d’une dizaine de secondes et le maintient jusqu’à la ligne d’arrivée malgré une poursuite effrénée d’un petit groupe plutôt sélect.

Les citations du jour
« Oui, le parcours était bon pour moi, mais si je ne faisais pas mon démarrage, on serait arrivé à 60 au sprint ».
Igor Astarloa

« Il ne te reste plus que 40 kilomètres à faire pour compléter ta saison. » Les coéquipiers (US Postal) de Barry en fin de course.

« Tu regardes les lions se battre, tu vois la proie et tu pars avec »
Éric Ven den Eynde

« Sa première question a été de savoir qui avait gagné la course junior.La deuxième a été de savoir c’était quoi l’affaire Jeanson »
Éric Ven den Eynde à propos de sa rencontre avec Kevin Lacombe à l'hôpital.

« Je réalise vraiment un rêve d’enfant en participant aux Championnats du monde de cyclisme chez moi au Canada. Quand j’étais petit, je faisais semblant que j’étais Eddy Merckx et avec des amis on se montait un endroit pour le ravitaillement. Puis, on se pratiquait à ramasser des bidons au vol. » Michael Barry

Roue Libre
• El Diablo ne se contente pas de rendre visite au Tour de France. Didi Senft, alias le diable rouge présent dans dix-sept éditions de la grande boucle était aussi au Championnat du Monde d’Hamilton. C’est normal, le diable Allemand a quelques commanditaires qui lui permettent d’être présent à plus de 200 compétitions cyclistes.

• Certains pays ne vont pas être contents de leur récolte de médailles à Hamilton. Certes, le Canada a une fiche vierge, mais aussi l’Italie ce qui est nettement plus étonnant. Quant aux Hollandais, ils repartent avec sept médailles. L’histoire ne dit pas s’ils repartent avec des drapeaux canadiens mais nous sommes optimistes.

• La police estime qu’il y avait 104 000 spectateurs répartis tout le long du parcours lors de cette dernière journée des Championnats mondiaux.. Le nombre total de spectateurs qui ont assisté aux différentes épreuves tout au long de la semaine frôlerait 230 000.

• Le maire de Hamilton, Bob Wade, était particulièrement fier du succès de ces Championnats mondiaux de cyclisme. « En novembre, je vais en Jamaïque présenter la candidature de notre ville pour les Jeux du Commonwealth 2010. Avec la présentation de ces Championnats, on a prouvé qu’on pouvait recevoir des événements internationaux à Hamilton. »


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