mai 2000


photo : Yan Lasalle

Faut être positif

Pierre Hamel

Ça me trottait dans la tête depuis quelques années. Le test antidopage est l'une des réalités (!) du sport moderne mais bien peu de gens, outre les coureurs ou les coureuses, sont passés par là. Alors, pour mieux comprendre mes amis les athlètes, j'en ai passé un. Un vrai ! Avec mon pipi, mes flacons numérotés, mes substances dopantes et selon la procédure dite réglementaire. Vous pourrez lire dans mon reportage le play by play de cette expérience unique et stimulante.

Au-delà du test, tout ce qui entoure les histoires de dope - notamment celle de l'équipe Festina au Tour de France 1998 - m'est revenu en pleine face. Au cours des derniers mois, je n'ai jamais autant parlé de dopage. Avec des entraîneurs, des coureurs (anciens et nouveaux), des responsables de fédération mais aussi avec des journalistes, des collègues, des amis qui ne s'intéressent pas au vélo (oui, j'en ai!), Foglia et le Dr Christiane Ayotte.

Ce qui est intéressant dans ce genre de discussion, c'est de confronter ses idées et de vérifier certaines allégations. Disons que j'en ai eu pour mon argent, surtout avec Christiane Ayotte. Des échanges musclés (naturellement) et une façon de voir les choses qui m'incite à nuancer certains de mes propos sur le sujet.

Je considère toujours que la lutte contre le dopage sportif est sans issue. Je me fous encore pas mal de ce qu'ils ou elles prennent pour les aider à gagner de grandes courses, la médaille, l'honneur ou du fric. Ils sont assez grands pour savoir ce qu'ils font ou assez responsables d'accepter de ne pas le savoir. Mais bon, je m'ennuie de Marco Pantani. Je m'ennuie des démarrages du Pirate et de la petite Lupperini dans les grands cols. En même temps, je leur en veux de jouer à l'autruche et de nous prendre pour des cons. Remarquez, ça c'est une autre histoire.

Cela dit, si on accepte cette tendance et qu'on la cultive, qu'est-ce qu'on fait avec tous ceux et celles qui courent derrière ? Avec ceux et celles qui prennent des suppléments, des anabolisants ou des amphétamines pour atteindre les standards - de plus en plus élevés - fixés par leur fédération. Et avec tous les autres qui en prennent pour atteindre leurs propres standards : une belle musculature, un 4 minutes au kilomètre de course, une simple participation à un événement sportif ? « On applaudit des écrivains comme Baudelaire, un toxicomane, souligne Christiane Ayotte. Mais quand ça devient la norme, on a un gros problème. Heureusement, on n'est pas obligés d'être toxico pour écrire un livre. Dans le sport, ce n'est pas la même affaire parce qu'on exige la performance. » The show must go on, mais à quel prix ?


Histoire de dope

Pierre Hamel

En 1967, au Tour de France, par un après-midi de forte chaleur, l'anglais Tom Simpson s'effondre dans la terrible montée du Mont-Ventoux. Il meurt d'un collapsus cardiaque mais l'autopsie révèle des traces d'amphétamines dans son organisme. Son décès donne le signal de la campagne antidopage.

Aujourd'hui, la lutte contre le dopage est omniprésente. Christiane Ayotte est l'une des figures de proue de ce combat inégal. Pour mieux illustrer cette lutte, le rédacteur en chef a subi un test antidopage.

Le Dr Christiane Ayotte, aigle de la moralité ou idéaliste
Référence incontournable en matière de dopage, elle dirige depuis 1992 le laboratoire de contrôle de dopage de l'INRS-Institut Armand-Frappier-Santé humaine, le seul laboratoire canadien accrédité par le Comité international olympique (Cl0).

« Le p'tit curé », comme la surnomment malicieusement certaines mauvaises langues, n'en finit plus de dénoncer et de stigmatiser l'utilisation de toutes les substances dopantes. Un sujet sur lequel elle se révèle intarissable.

L'accueil est plutôt froid. « Ah, c'est toi le fatigant qui veut qu'on analyse son pipi », lance-t-elle en me serrant la main. Heureusement, les quelques explications d'usage rendent le contact un peu plus chaleureux. Rien à voir avec l'image qu'elle projette lorsqu'on la voit en croisade sur toutes les tribunes. Une fâcheuse tendance à mon avis. « Non. c'est pas vrai. je ne suis pas une moralisatrice », clame-t-elle haut et fort en entendant mes propos. « Une idéaliste, peut-être, mais pas une moralisatrice. »

Dans son bureau. trop exigu pour contenir toute sa paperasse et l'énergie incroyable qu'elle déploie, c'est le bordel. De nombreux dossiers - tous plus pertinents les uns que 1es autres - jonchent le sol. Les classeurs débordent. Elle donne quelques coups de pied sur de gros cartables. « Tiens, les Cubains »,lâche-t-elle en riant. Accrochés aux murs, quelques dessins de ses enfants. Au milieu de tout ça, un ordinateur où 1'économiseur d'écran représente un plant de cannabis.

Nous sommes bien dans le bureau de celle qui a été nommée Scientifique de 1'année en 1999, un titre décerné par l'équipe de journalistes du magazine scientifique Les années-lumière, diffusé à la Première Chaîne de Radio-Canada. Reconnue comme l'une des sommités mondiales dans son domaine, elle est une experte hautement sollicitée par les tribunaux administratifs du sport et de juridiction civile du monde entier.

Christiane Ayotte est née à Saint-Vincent-de-Paul (Laval). Fille d'un biochimiste, elle obtient, au début des années 1980, un doctorat en chimie. « Sur la photo des finissants, je pense qu'il y avait 55 gars et 5 filles », souligne-t-elle fièrement. Après son doctorat, elle entre à l'INRS. Les scandales olympiques se succèdent et Christiane Ayotte fait la une des médias un peu partout à travers le monde. « Parfois, j'en ai marre «, dit-elle sans trop de conviction. Marre des médias ? Ça, c'est un gros mensonge. Elle sait très bien que les médias sont la meilleure courroie de transmission pour passer « son » message. En effet, on n'a pas besoin de la torturer longtemps pour obtenir une entrevue ou une photo, même dans Elle Québec. En revanche, ses contacts avec la justice - pour son travail, évidemment - lui pèsent énormément. « On m'attaque personnellement. Je suis démolie quand je sors de 1à. »

Christiane Ayotte n'a pas la langue dans sa poche. La frêle jeune femme (en apparence seulement) a même un p'tit côté Michel Chartrand pas désagréable du tout. Morceaux choisis de deux longs entretiens très stimulants.

Une définition
« Je ne suis plus sûre de ce qu'est le doping. La définition théorique est simple : le doping, c'est l'administration de substances inscrites à la liste de produits défendus. Puis, il y a aussi la princesse Anne qui dit que prendre de l'aspirine, c'est se doper, puisqu'on aurait dû avoir mal à la tête... Et 1'entraînement en altitude ? Les chambres hypoxiques ? Je n'ai pas pensé à fixer la limite. Par exemple, la créatine n'est pas un produit dopant parce qu'il ne figure pas sur la liste. Par contre. s'il est pris avec une intention de se doper... Mais je ne veux pas m'en aller là-dedans. C'est flou. Il y a aussi l'utilisation détournée d'une substance. Les athlètes se sont forgé une définition du doping. Mais ils arrangent leur réalité. Première définition : je ne prends rien, je ne me dope pas. Deuxième définition : je ne prends rien d'illégal. Après, c'est : je ne prends rien qui apparaît sur la liste des produits défendus. Ça se termine avec : je ne prends rien qui est sur 1a liste et qui peut être détecté. »

Les athlètes
« Notre client, c'est 1'athlète. C'est pour lui qu'on fait tout ce travail. Malheureusement, le contact entre 1'athlète et le laboratoire ne se fait jamais. J'aimerais ça que les athlètes viennent voir comment ça marche, comment les tests sont sophistiqués. Ils voient que certains gros noms s'en tirent et ils ont moins confiance en nous. Je trouve ça bien triste. On ne peut pas argumenter sur la place publique puisqu'on est tenus à une certaine confidentialité. Pendant ce temps, les avocats en profitent pour semer le doute.

Les athlètes mentionnent souvent qu'ils ignoraient ce qui se passait autour d'eux. Tous les athlètes que j'ai rencontrés et qui ont été testés positifs m'ont répété que leur job, c'était de courir ou de taper une balle. À 25 ou 26 ans, ce ne sont quand même pas des enfants. Peut-être que 1e milieu les a déresponsabilisés, mais pas au point de ne pas savoir ce qui se passe. Je ne suis jamais contente quand je coince un athlète. Mais ce sont les rapaces autour qui me fatiguent. »

Au ban des accusés
Depuis deux ou trois ans, ie nouveau réflexe des athlètes testés positifs est 1e suivant : "Ce n'est pas moi, c'est le labo qui est pourri." Chaque fois, c'est 1a même chose. Je dois témoigner pendant des heures pendant que 1'autre partie essaie de me démolir. L' expert scientifique, engagé par l'athlète, change son discours parce qu'il est payé. Je suis traitée comme une criminelle. On m'attaque personnellement, on insinue carrément que ma méthode n'est pas bonne ou que je cache des documents. Bref, je suis une folle.

Deux exemples. Les Américains et les Cubains. Un endocrinologue américain démontre que le test positif de son athlète n'est pas dû à 1'administration de la testostérone, mais bien à la fatigue, à 1'alcool et au sexe. 11 est impossible qu'il en soit autrement, ajoute-t-il. Chez les Cubains (1e sauteur Javier Sotomayor a été testé positif à la cocaïne aux Jeux panaméricains de Winnipeg), c'est encore pire. Ils nous ont accusés d'être infiltrés par la CIA. Ils ont dit qu'ils avaient vu ma collègue, Danielle Gaudreault, verser de la cocaïne dans le flacon de Sotomayor. Disons que je comprends la game, mais c'est quand même pas moi la coupable ! »

Les médecins
Je veux les impliquer dans la lutte, mais je ne sais pas comment. J'aimerais ça qu'ils ferment le robinet aux compagnies pharmaceutiques et aux industries qui produisent des suppléments. Malheureusement, parfois, ce sont eux qui amènent la dope dans le sport. Certains, malgré le fait que ce ne soit pas moralement éthique, prescrivent toutes sortes de produits à leurs athlètes parce que ceux-ci veulent gagner à tout prix. Ils disent s'occuper de leurs athlètes plutôt que de les laisser se débrouiller tout seuls. Mais je ne pense pas qu'ils les protègent plus en agissant de la sorte.

Les médecins ne connaissent pas si bien la pharmacologie. 11s n'ont pas tous la formation nécessaire. On ne peut pas être un spécialiste en tout. C'est un peu embêtant à dire parce qu'on s'attaque à l'intégrité d'un médecin et à sa pratique médicale. Mais je ne croirai jamais qu'on pense à ta santé en t'administrant de l'EPO ou des anabolisants. C'est pas des aspirines tout de même !

Les médecins qui veulent doper leurs athlètes s'arrangent toujours avec leur réalité. lls lisent la littérature scientifique juste d'un oeil. Ils considèrent les avantages de tel ou tel produit et s'inquiètent moins des effets secondaires. Ou ils se disent qu'ils vont 1es ralentir à temps. Moi, j'ai une vision à 1'opposé. Il n'y a jamais de bénéfices qui peuvent être équivalents aux risques. Je suis persuadée que l'athlète, pas plus que le commun des mortels, n'est capable de dealer avec la puissance de ces composés.

Le vélo
« Pourquoi il y a des tests antidopage ? C'est à cause du vélo. Le cyclisme, c'est le sport qui me fait 1e plus peur. Si tu voyais ce qu'on trouve dans ces urines-là... Dans les compétitions internationales, c'est épeurant. On voit des peaks (sur un chromatogramme) vraiment spéciaux. Quand on l'a vu trois ou quatre fois, on monte un dossier et on en avise les instances internationales. On est toujours un peu en arrière. On fait du damage control. »

Les short cuts
Je ne suis pas d'accord pour dire que tout le monde triche dans la vie pour gagner du temps ou de l'argent. Certaines personnes oui, mais pas tout le monde. Mais mettons que je suis un peu d'accord. Va-t-on en faire des héros pour autant ? C'est ça le problème. Pour des héros, on est prêts à faire des compromis. Et plus on augmente les compromis, plus on augmente les risques. Et ce n'est pas seulement dans le sport. C'est aussi vrai chez les scientifiques.

Au Canada. 1a recherche est sous développée et on a coupé partout. On nous dit d'aller dans le privé et de faire des maillages. Certains scientifiques ont perdu leur âme. Ils trichent en publiant certains résultats d'études. Ils veulent plus d'argent. C'est bien dangereux. Mettre sur le marché des produits non suffisamment testés, c'est aussi un short cut inquiétant. On a donc des choix à faire.

Pourquoi on aime nos athlètes ? Parce qu'ils se dépassent pour performer. Mais on a perdu confiance en nos propres moyens. La pharmacologie devient une béquille. Moi, si je regarde une étoile du sport et qu'elle brille, je veux qu'elle bri1le pour vrai. Être un héros, ça se mérite et il ne peut y avoir dix nouveaux héros chaque semaine. C'est mon idéalisme... »

Les suppléments
C'est la folie aux États-Unis. N'importe qui peut dire n'importe quoi. Les pseudo-scientifiques s'en donnent à coeur joie. Les athlètes en sont venus à croire qu'il leur faut absolument consommer des suppléments. Qui leur a dit ça ? Des vendeurs, des pushers de suppléments. C'est incroyable le nombre de produits dits légaux qu'ingurgitent les athlètes pour augmenter leurs performances. Créatine, échinacée, cartilage de requin, arginine, glucosamine... Ça coûte une petite fortune et les effets ne sont pas prouvés scientifiquement. L'important, c'est de faire du fric. Le triomphe du fric ! »

La vie après la dope
Au cours des deux prochaines années, notre façon de lutter contre le dopage devrait évoluer énormément. Mais je me donne cinq ans pour brasser encore le milieu. S'il n'y a pas de relève, je vais arrêter de me dire que je suis toute seule à avoir raison. »

La solution
Il n'y a pas de solution. I1 faudrait aborder le sport d'une autre façon. Être inventif. Par exemple : des courses, mais pas de temps. Quand tu as battu trois ou quatre personnes, c'est fait. Si l'athlète n'est pas capable d'atteindre de nouveaux sommets, c'est peut-être parce qu'i1 a atteint sa limite. Pourquoi faudrait-il encore le pousser ? On doit faire comprendre aux jeunes qu'ils ont le droit de dire non aux entraîneurs qui veulent les doper. Malheureusement, c'est un peu con, mais 1'action repressive est toujours aussi importante. La peur de la police, ça marche encore. »


La cyber-dope

Pierre Hamel

Grâce à lnternet, Monsieur et Madame Tout-le-Monde peuvent se procurer des stéroïdes, des suppléments ou des renseignements sur les façons de contrer le dépistage de ceux-ci. Moi, par exemple. « Tout le monde peut trouver un pusher sur lnternet, prétend Christiane Ayotte. Mais le problème, c'est que n'importe qui dit n'importe quoi. Et ça marche.

Les sites sont nombreux et les forums de discussions sont interplanétaires. 0n y échange avec des médecins, des athlètes, des gourous. J'ai rencontré quelques athlètes qui ne jurent que par cette façon de faire. Ils cumulent l'information, achètent certains produits, les testent et le bouche à oreille s'occupe du reste.

J'ai répertorié une trentaine de produits dopants accompagnés, pour chacun d'entre eux, des bons effets sur l'entraînement dans telle ou telle discipline sportive, de certains effets secondaires, des doses à prendre et, dans certains cas, du street price. Avec Christiane Ayotte, j'ai lu quelques descriptions de produits. « Il y a du vrai et du faux dans la façon qu'ils ont de décrire les produits. Le problème avec ce langage pseudo-scientifique, c'est qu'il n'existe aucun moyen de vérifier sur quelles bases on décrit les doses et les effets secondaires, entre autres. Moi, grâce à certains moteurs de recherche dont le sérieux et l'approche scientifique sont bien établis, j'arrive à prouver certaines choses. Malheureusement, ça ressemble à ce qu'on a déjà dénoncé quand Jos Bleau rencontrait dans un gymnase LE spécialiste qui pouvait lui vendre des suppléments, des anabolisants et des stimulants pour la modique somme de 800 $.


Le rédacteur en chef est testé positif

Le verdict du Dr Chritiane Ayotte et de sa gang du laboratoire de contrôle du dopage de l'INRS-lnstitut Armand-Frappier-Santé humaine s'est révélé implacable : après Ben Johnson, Dennis Mitchell, Javier Sotomayor et plusieurs autres, voilà que Pierre Hamel, le rédacteur en chef de Vélo Mag, est testé positif.

Quand le docteur Pierre Blanchard, inspecteur antidopage pour le compte de l'Union cycliste internationale (UCI) est arrivé avec son kit à la Maison des cyclistes, j'ai tout de suite senti un certain malaise. Pourtant, ma « carrière » n'est pas en jeu, je n'ai rien à cacher, c'est juste pour le travail... N'empêche, j'ai la curieuse impression qu'on s'immisce sournoisement dans ma vie. Un sentiment pas très agréable.

En attendant que j'aie envie d'uriner dans le petit contenant gracieusement fourni, on commence à remplir le formulaire de contrôle antidopage. Date, lieu de la compétition, discipline, etc. À la question « Avez-vous pris des médicaments ? », je réponds non. Je mens évidemment. En fait, au cours des 36 dernières heures, soit depuis le moment où j'ai appris que je passerais le test, j'ai ingurgité plusieurs comprimés de Sudafed et inspiré, à l'aide de la p'tite pompe bien connue des asthmatiques, plusieurs shots de Ventolin (un cocktail non recommandé par un médecin évidemment!). Vous l'avez deviné : j'espère être testé positif.

Une demi-heure plus tard, après six ou sept verres d'eau - vraiment extensible la vessie quand elle veut ! - j'ai finalement envie. Nous sommes prêts. Je dis nous, parce que l'inspecteur antidopage me suit comme mon ombre. Dans la petite toilette bien éclairée, Pierre Blanchard me demande de baisser mon cuissard jusqu'aux genoux et de retirer mon maillot. Pour éviter toute tricherie, il doit tout voir et s'assurer que le beau petit liquide doré sort de ma vessie par vous savez quoi. S'il n'y a pas de miroir dans le local, il observe de visu. Pour m'aider à remplir mon petit contenant, il me suggère de faire couler 1'eau du robinet. Il me demande aussi si j'aime mieux qu'il se taise ou si me parler peut me détendre. Vous trouvez ça spécial ? Sachez que dans ces circonstances, l'envie d'uriner n'est pas très naturelle. Au bout de quelques minutes, je réussis enfin.

Je dois maintenant verser mon urine dans les deux flacons codés A et B, que j'ai choisis au hasard parmi cinq ou six, et qui seront envoyés au laboratoire. Ils sont tous les deux bien scellés : l'un (A) servira au test tandis que l'autre (B) sera entreposé dans une voûte aménagée à cette fin et analysé seulement si l'on demande une contre-expertise. Je signe la formule d'attestation du déroulement du contrôle de l'UCI. Franchement, je ne m'attendais pas à une démarche aussi sérieuse et complexe. Nous sommes bien loin des vieilles histoires de substitution d'urine ou de poire sous les aisselles !

Les deux flacons, placés dans un sac conçu expressément pour cette procédure, sont ensuite envoyés (la plupart du temps par messagerie) au laboratoire désigné. La personne qui reçoit les flacons au laboratoire vérifie si tout est correct (si les flacons sont scellés adéquatement, entre autres) et les place aussitôt dans la voûte. On procède ensuite à l'analyse du contenu du flacon A.

Le code de procédure est très strict. On inscrit tout sur papier. Deux ou trois personnes différentes vont vérifier les analyses. On n'a pas le droit à l'erreur et les vices de procédure ne sont plus qu'exceptions. Le résultat du test, s'il est positif évidemment, est transmis à la fédération sportive concernée et c'est celle-ci qui communique avec l'athlète mis en cause. Ce dernier peut alors demander une contre-expertise. À ce moment-là, 1'analyse du flacon B est faite en présence de l'athlète, de son avocat, de son entraîneur ou de toute autre personne désignée par 1'athlète. Danielle Gaudreault, l'assistante de Christiane Ayotte, décrit ainsi sa dernière aventure en contre-expertise : » C'était avec les Cubains. Ils sont restés dans le laboratoire tout le temps de la contre-expertise du flacon de Javier Sotomayor. Ils fumaient leurs gros cigares et m'épiaient comme si j'étais une véritable criminelle. C'était vraiment pas plaisant. »

Le résultat de mon test ? Positif à la pseudoéphédrine. Un stimulant qui ne donne pas grand-chose dans le cas du vélo, mais qui est bien populaire chez les joueurs de hockey. Le Ventolin ? Des traces (peaks) apparaissent sur le graphique, mais elles ne sont pas suffisantes pour qu'un athlète soit déclaré positif à la norpseudoéphédrine.


Inopiné ou sur place

Selon les règles de l'UCl, durant une course de vélo d'une journée, l'inspecteur antidopage avise habituellement toutes les équipes que le gagnant du jour et deux coureurs choisis au hasard seront soumis aux tests. 0n met aussi en réserve deux autres coureurs, au cas où. Ils passent exactement par la même procédure que celle que je viens de vous décrire.

Au Canada, on peut tester les athlètes au moment des compétitions ou à n'importe quel moment au cours de la saison. Pour le test inopiné (on ne l'annonce pas d'avance, d'où son nom), on appelle l'athlète et si on ne réussit pas à lui parler, on lui laisse un message. (Certains athlètes ne répondent jamais au téléphone et Christiane Ayotte reconnaît que la formule n'est pas très bonne.) Il doit alors se présenter à un rendez-vous dans un laps de temps donné. 0u bien on se présente directement à son lieu d'entraînement habituel. Dans certains cas, plutôt rares au Canada, on fait même le pied de grue devant le domicile de l'athlète pour être sûr de le rencontrer.

Quant aux tests sanguins, tant décriés par les coureurs européens, et où l'on détermine le taux d'hématocrite, ils ne sont pas monnaie courante en Amérique. À ma connaissance, la seule fois où il y en a eu, c'est aux Championnats mondiaux de vélo de montagne disputés au mont Sainte-Anne en l998.


Je tiens à remercier le docteur Pierre Blanchard, commissaire international UCI et ancien coureur, qui a effectué les démarches auprès de Christiane Ayotte et de l'UCl pour cette expérience d'antidopage. Un merci très spécial aussi à Christiane Ayotte et à toute son équipe pour leur disponibilité et leur grande patience.


nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d'autre ?

Page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net