26 septembre 2000

L'or à Zijlaard, l'encens à Jeanson et la myrrhe à Bessette

Pierre Hamel

Vous souvenez-vous de Leontien Zijlaard (Van Moorsel)? La semaine dernière, sur piste, elle a brisé le record du monde en poursuite individuelle, remporté la médaille d'or dans cette discipline et mérité la médaille d'argent à la course aux points. Aujourd'hui, lors de la course sur route, elle a médusé le peloton et décroché une autre médaille d'or. Geneviève Jeanson, la recrue de ce peloton très relevé, a terminé 11e dans le groupe de tête alors que Lyne Bessette, toujours dans ce même groupe, décrochait la 22e place.

Disputée dans des conditions difficiles — froid, pluie et légers vents — la course de 119 km (7 tours d'un circuit en boucle) n'a véritablement débouché qu'à partir de la mi-course. Auparavant, Jeanson a donné la frousse à ses supporters en chutant lors du premier tour. «J'ai un peu mal à la hanche mais ce n'est rien de grave, a expliqué la Lachinoise. Je me suis relevée vite et je suis partie mais j'ai arrêté de nouveau parce que je pensais que mon frein était collé.» Au troisième tour, autre malchance pour l'équipe canadienne. Clara Hughes crève. Changement de roue rapide et voilà la Manitobaine qui chasse pour rattraper le peloton. Après une brève incursion à l'avant, Hughes, déjà passablement affaiblie par un virus qu'elle traîne depuis le mois d'août, est décollée du peloton principal. L'autre Canadienne, Lyne Bessette, est particulièrement active en tête du peloton. Elle est toujours parmi les dix premières et surveille du coin de l'oeil la Française Jeannie Longo qui caracole souvent en tête. («Je n'aime pas le froid et la pluie, a expliqué la Française après la course. C'était ma façon de me rechauffer.»)

Au cours des tours suivants, le peloton principal s'étiole un peu lors de la seule longue montée de ce parcours et s'étire dans la descente qui suit. «J'ai eu un peu peur à quelques reprises dans cette longue descente sinueuse, raconte Geneviève Jeanson. Je n'aime pas beaucoup les virages serrés. Ça m'a pris au moins trois tours pour descendre devant.» Des attaques de la Hollandaise Mirjam Melchers, de la Finlandaise Pia Sundstedt (plus d'une fois) et de l'Espagnole Joane Somarriba (à quelques reprises) pimentent une course dont l'allure est moyennement rapide.

Après l'avant-dernier passage à la ligne d'arrivée, le peloton principal — une trentaine de coureuses — est toujours regroupé. Mais les grosses pointures se pointent de plus en plus souvent en tête. La Finlandaise, l'Espagnole, l'Allemande Hanka Kupfernagel, qu'on n'a presque pas vu de la course, et une certaine Leontien accompagnée de deux autres Hollandaises. À 8 km de la fin, Kupfernagel se détache mais est vite rattrapée par le peloton. Deux kilomètres plus loin, c'est au tour de Lyne Bessette de placer un démarrage. Léger écart qui est vite comblé par un peloton emballé. Il devient de plus en plus évident que la médaille d'or va se disputer au sprint. Le maillot orange des Hollandaises, bien en vue en tête du peloton, ne laisse planer aucun doute. La reine Leontien a soif de médailles. «Jusqu'à 500 m de la fin, j'ai cru que je pouvais gagner, a raconté Jeanson. J'ai pris la mauvaise roue, celle d'Anna Wilson, et j'ai été vite entourée d'autres coureuses dont Zijlaard. J'ai eu un léger moment d'hésitation. Ça ne pardonne pas.» À la ligne, Zijlaard devance l'Allemande Hanka Kupfernagel et la Lithuanienne Diana Ziliute. Fin du premier acte.

Mais une course impliquant Geneviève Jeanson ne peut se terminer sans une certaine controverse. Lors de sa rencontre avec les médias, Lyne Bessette n'a pas épargné sa jeune coéquipière. D'entrée de jeu, elle a déclaré: «Nous avons commis une erreur. Quand je suis sortie du peloton à 6 kilomètres de la fin, Geneviève aurait dû contre-attaquer lorsqu'elle est revenue sur moi. On a peut-être perdu une médaille à cause de ça», a expliqué la grande rousse (ex-tête blonde). Devant notre air médusé, Bessette a rajouté: «On était deux Canadiennes dans le groupe de tête et on avait aucune chance au sprint. En attaquant de la sorte, j'ai travaillé pour le Canada. J'y (Jeanson) donnais une chance de partir...»

Geneviève Jeanson a paru surprise des déclarations de sa grande rivale (si ce n'était pas encore très clair avant cette course, ce l'est maintenant). «C'est une Lithuanienne qui est revenue sur Lyne, a expliqué la jeune prodige du vélo. Je l'ai accompagnée mais je n'aurais jamais été capable de contre-attaquer. Je n'avais pas les jambes... Et de toutes façons, il était trop tard pour lancer une attaque de la sorte. Depuis une vingtaine de kilomètres, plusieurs coureuses avaient tenté le coup sans succès. J'étais sûr que ça allait se terminer au sprint.»

André Aubut, l'entraîneur de Jeanson, assez heureux de la tournure des événements, a conclu cette controverse futile par une autre question. «Pourquoi Lyne a attaqué aussi timidement à 6 km de la fin?» Mais il a surtout reproché aux responsables de l'équipe canadienne de ne pas avoir mis toutes les cartes sur table lors de la réunion préparatoire à cette course. «Disons qu'on a pas parlé beaucoup de stratégie», a laché le bouillant coach.

Les Bessettistes et les Jeansonnistes
Gino Bartali et Fausto Coppi, deux légendes du cyclisme, ont fait l'orgueil des tifosis italiens pendant des années. Mais leurs personnalités et leurs prouesses ont aussi divisé le pays. On était pro-Bartali ou pro-Coppi. Pour toutes sortes de raisons qui n'avaient très souvent aucun rapport au velo. La rivalité entre Lyne Bessette et Geneviève Jeanson n'a pas encore atteint ce statut ni cette ferveur — dans le cas de Coppi et Bartali, c'était une véritable guerre où la question religieuse avait son importance — mais le fond est là. Et les médias adorent. Alors, êtes-vous Bessettiste ou Jeansonniste ?


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