8 février 2004


Le petit Charles-Antoine Mercier, 2 ans, essaie les skis de fond
pour enfants (marque KBoom) dans le parc Laurier à Montréal.
photo : Ivanoh Demers

L'hiver, en 70 centimètres

Richard Chartier

« Les enfants, la soupe est trempée ! »

Oui, « la soupe est trempée », quand j'y repense, c'est une curieuse expression, mais elle était bien en usage chez nous et dans mon quartier. Votre maman disait-elle ça aussi pour vous attirer au repas du midi ?

Ce n'est pas que nous passions beaucoup de temps à jouer dehors, nous passions TOUTE la journée dehors. L'été, évidemment, mais aussi en toute autre saison, l'hiver également, car nous avions tant à faire : patiner, dévaler les côtelettes de Bordeaux en traîne sauvage, creuser des tunnels dans la neige, rouler des bonhommes de neige, mener à leur conclusion d'épiques batailles de balles de neige...

Il faut dire que la télé était une affaire naissante, en ondes à certaines heures seulement, et que nous étions encore à un millénaire des jeux vidéo, des Game Boys et de toutes ces âneries qui confinent la jeunesse à la salle de séjour.

L'envie de jouer dehors ne m'a jamais quitté. Maintenant que je suis père de famille, je m'efforce de transmettre ma passion du plein air à mon fiston. Il aura 3 ans le mois prochain et déjà, il en est à sa deuxième saison de glissade, de patinage et de ski. Son expertise, il va sans dire, est encore bien embryonnaire, mais ses progrès des dernières semaines ont été fulgurants. Il suffit d'y aller très progressivement, sans brusquerie, mais aussi avec un brin de ténacité.

Pour chacune de ces disciplines, il convient d'acquérir les outils appropriés et parfois, je l'avoue, je m'étonne d'avoir à tant chercher pour les trouver, comme si nous n'habitions pas un pays doté de cette chose froide et persistante qu'on appelle hiver. Le fait d'être un nul du magasinage ne m'aide évidemment pas. En bon Québécois, je me réveille souvent à la dernière minute et quand j'arrive au magasin, il n'y a plus de choix ou alors tout est vendu.

Il y a un an, au beau milieu de l'hiver, je suis parti à la recherche de patins, de skis et d'un traîneau. J'ai tout trouvé chez Canadian Tire, si ma mémoire est fidèle, mais pas en une seule visite. Nono, je shoppais un équipement quand j'y pensais. Ah oui ! une traîne sauvage... et là je partais acheter la chose. Oh oui ! des petits patins à doubles lames... et je partais à la recherche des mignons objets, et ainsi de suite.

La désastreuse initiation de mon fils aux joies de la traîne sauvage m'avait donné un beau sujet de chronique et laissé au petit un souvenir que j'espérais passager. Je suis retourné chez Canadian Tire et j'en suis revenu cette fois avec un traîneau orange très compliqué qui n'a pas fait l'affaire. Il glissait comme une roche et allait dans toutes les directions, sauf celle désirée, droit devant.

Les patins à doubles lames, par contre, ont eu du succès et Georges a vite montré de belles aptitudes. C'est d'ailleurs en patinant gaiement sur le prestigieux anneau du parc Saint-Viateur à Outremont (derrière le Cinq-Saisons), sans se soucier d'autre chose que de son coup de patin et des vitesses extraordinaires qu'il atteignait (c'est papa qui s'éreintait à patiner en soutenant l'apprenti) que le Zoomer est arrivé face à face, comme au beau milieu d'un rêve, avec Pascale Bussière qui lui a demandé, zoup ! comme ça, son nom.

Georges, qui ne se laisse pas facilement désarçonner par les célébrités, n'a pas été impressionné, et j'ai dû m'occuper des civilités. Il n'a même pas tenté un petit bec, le nono !

Est-ce que je vous dévoile la conversation qui a suivi et en quelle jeune compagnie se trouvait la belle actrice ?

Naon ! Je dois rester dans le patin et ne pas sombrer dans les... potins. Je préciserai quand même que Mme Bussières voulait savoir, au profit de son jeune Antoine, où j'avais trouvé les patins du Zoomer, comme quoi ces artistes peuvent être parfois bien incultes en matière de magasinage. En tout cas, convenons-en, Sir Georges ne pogne pas avec n'importe qui !

Où donc en étais-je ? Oui, les accessoires de sport d'hiver pour les tout-petits.

C'est chez Canadian Tire également que j'ai trouvé, l'hiver dernier, les petits skis jaunes à 9,99 $ que Georges a bien aimés, mais qu'il fallait réajuster à toutes les deux minutes (parce que ces snoros-là m'avaient vendu un paquet sans les courroies de fixation par compression, je m'en suis rendu compte tout récemment en voyant le nouveau modèle, identique au précédent sauf pour sa couleur orange). L'initiation au ski s'est déroulée dans la cour arrière de la maison, puis sur le trottoir fraîchement enneigé, loin des plateaux de tournage et des feux de la rampe.

L'hiver a fini. Il y a eu un printemps, un été, un automne, vous voyez le genre et, finalement, un autre hiver - celui qu'on est dedans. Beaucoup de froidure, pour ne pas dire de froids durs, et un mois de janvier qui ne nous a pas donné une avalanche de précipitations.

Le Zoomer était pourtant prêt, cette fois, même si papa cherchait encore à saisir les rudiments du magasinage. Dans le temps de Noël, en fait la semaine d'après, les patins - de vrais Bauer de hockey à une lame de taille 10 pour tout petits - et le traîneau noir en plastique qui glisse comme il se doit ont été trouvés dans un magasin d'articles de sport d'occasion. Eh oui ! il suffisait d'y penser. Les patins, en premier, m'ont paru chers à 25-30 $ la paire, mais quand j'en ai vu des neufs en solde à plus de 50 $, je suis revenu vers « l'usagé » et on n'a plus niaisé.

Je suis un peu contre la fréquentation des arénas par la jeunesse, convaincu que le hockey et le patinage sont des sports d'extérieur et que de tenter de les pratiquer en échappant aux rigueurs de l'hiver constitue rien de moins qu'un acte de moumounerie. Sauf que janvier a été ce qu'il a été, on a eu de timides tentatives au lac aux Castors - je rêve ou les cols bleus n'ont pas le coeur à l'ouvrage cet hiver ? - et on s'est finalement retrouvés seuls (avec une demoiselle qui faisait ses premiers pas hésitants en tenant le bord de la bande), Georges et moi, sur la grande et parfaite patinoire d'un aréna municipal un vendredi midi. Mais notre Guy Lafleur en herbe est subitement devenu Bougon, pardon... bougon, et il a fallu battre en retraite de toute urgence vers le McDo le plus proche.

L'hiver présent aura quand même apporté une révélation : il existe des petits skis de fond pour les jeunots. Ayant cherché quelque chose dans le matériel d'occasion et ayant vu des planches encore trop longues et des chaussures antiques et de qualité douteuse (les anciens modèles qui vous gelaient les pieds) convenant à des fixations de type « trois trous » 75 mm, j'ai entendu parler je ne sais plus par qui d'un petit ski à fixation universelle fabriqué par Karhu et appelé KBoom. Après avoir demandé à La Cordée, qui n'en avait plus, j'ai eu beau chercher, ce fut peine perdue. Partout on essayait de me vendre des kits plus avancés et trop coûteux. J'ai fait exactement 13 magasins avant de finalement trouver les fameux KBoom au magasin Le Yéti, rue Saint-Laurent.

À 79,99 $, ce n'est peut-être pas donné, mais cela convient parfaitement aux besoins du client. Pas de bâtons, une semelle en « écailles de poisson », une fixation ferme et efficace qui accueille les petites bottes d'hiver, et un choix de planches de 70 ou de 90 cm.

Chaussé de skis de 70 cm, Georges a fait quelques sorties et il a officiellement skié pour vrai, réussissant à marcher en pas alternatif et à glisser dans une trace en pente douce.

Moins de grands froids, plus de belle neige folle et le Zoomer saura skier avant d'avoir 3 ans.

Qui sait, mon garçon, l'an prochain, tu seras peut-être prêt pour la Ligue Jackrabbit.


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