20 juillet 1990

La pause-pipi [au Tour de France]

Philippe Cantin

BORDEAUX
Paraît que beaucoup d'entre vous se posent la question.

Surtout depuis que vous avez appris la sanction imposée à Pedro Delgado, 150$ d'amende pour avoir fait pipi devant les spectateurs dans la 11e étape du Tour : comment les coureurs font-ils pour satisfaire leurs besoins naturels quand ils doivent rouler sept heures comme ce fut le cas mardi ?

«Il existe deux façons de procéder», répond Steve Bauer, qui sous un soleil radieux, a accepté d'aborder la question hier matin.

«Si le rythme n'est pas trop rapide, un coureur s'arrête et descend de vélo. Il sait qu'il pourra rejoindre le peloton.»

«Il peut aussi avertir les autres et partir en avant afin de trouver un coin tranquille. Il doit signifier son intention, sinon on pourrait croire qu'il tente un coup. Et il faudrait contre-attaquer.»

Au Tour de France 1989, Joël Pellier a remporté l'étape du Futuroscope en disant à ses petits camarades qu'il allait faire pipi. Mensonge. Il est parti en avant et n'a plus jamais été rejoint.

«C'est le genre de chose qu'un gars fait une seule fois dans sa carrière», avertit Bauer.

Dag-Otto Lauritzen, son coéquipier norvégien de 7-Eleven, ajoute : «Le peloton n'accepte pas un tel comportement».

Si la course va bon train, les engagés ne prennent par le temps d'arrêter. Ils roulent leur cuissard et font pipi à vélo. «C'est important d'éviter le vent de face», précise Bauer.

Parfois, comme dans l'étape de Luz Ardiden mardi, les coureurs sont très nerveux. Dans les 130 premiers kilomètres, Greg LeMond a posé pied à terre neuf fois pour se soulager.

«Plusieurs gars avaient la diarrhée, ajoute Bauer. Ils partaient en avant et deux kilomètres plus loin, on les voyait accroupis dans un champ de maïs.»

Les coureurs apportent-ils du papier de toilette ? Eh non. Ils empoignent de vieux journaux offerts par leur directeur sportif ou se servent de leur petite casquette. A la guerre comme à la guerre.

Comme dans tous les domaines de la course, la stratégie fait partie de la pause-pipi. «Je ne m'arrête que si un leader en fait autant, explique Andy Bishop de 7-Eleven. Je sais que ses équipiers l'attendront pour le ramener dans le peloton, et n'aurai qu'à les suivre.»

Pour un tout autre motif, un coureur peut aussi partir en avant avec la permission du peloton : saluer ses parents et amis quand le Tour traverse son village natal.

«C'est de moins en moins fréquent sur le Tour, explique Bauer. La compétition est trop féroce. Cette année, on a vu ça une fois, le jour où Laurent Fignon a abandonné. Vincent Barteau nous a devancés et a débouché du champagne avec les siens.»

Barteau, coéquipier de Fignon chez Castorama, est un grand ami de Greg LeMond. «Des journalistes ont suggéré que Vincent avait célébré le forfait de Fignon, dit Bauer. C'est tout à fait faux.»

Les commissaires ont à l'oeil les coureurs qui satisfont leurs besoins naturels devant les spectateurs. Mais comme le Tour est suivi par 15 millions de personnes, il est difficile de trouver un endroit tranquille le long de la route.

Si, à l'instar de Delgado, ils ne font aucun effort de discrétion, ils reçoivent une amende.

Voilà. C'est comme ça que ça se passe. Prenez en bonne note parce que la leçon ne sera pas répétée.


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