11 février 2007
| FORUM |
Guy Arbour
L'auteur est ingénieur.
La Ville de Montréal veut culpabiliser le « monde ordinaire » en lui faisant porter le fardeau de la pollution urbaine : on vous épingle désormais des contraventions de 50 $ ou même 100 $ pour avoir simplement laissé réchauffer votre voiture plus de trois minutes par -20C.
On frappe ainsi de plein fouet des milliers de citoyens dépourvus de garage chauffé ! C'est le slogan de l'heure : « Faisons payer les gens ordinaires » ou, en tout cas, terrorisons-les en les faisant se sentir coupables de la pollution urbaine ! À Toronto, où une mesure semblable est en vigueur, on a au moins eu la décence de rendre l'amende caduque au-dessous de -5°C.
On calcule que les cinq minutes de réchauffement intérieur qu'il vous faut quotidiennement pour ne pas risquer la pneumonie émettent 67 000 tonnes de dioxyde de carbone « superflu », chaque jour.
| Mais combien de tonnes de CO2 dépensons-nous à attendre stupidement à des feux rouges « inintelligents », pendant lesquels aucun véhicule ne roule perpendiculairement ? Combien de minutes se perdent à cause de feux rouges désynchronisés ? C'est beaucoup plus que cinq minutes par jour par citoyen. Combien de tonnes de dioxyde de carbone perdons-nous en ne pouvant pas tourner à droite à un feu rouge, comme des dizaines de millions de citoyens en Amérique du Nord ? Des centaines de milliers de tonnes, monsieur le maire, vous qui doutez encore que les Montréalais aient « la maturité » pour juger de leur propre sécurité en tournant à droite quand aucun véhicule n'arrive à gauche ! Le lobby des culs-de-jatte est apparemment plus fort que celui des travailleurs. |
Combien de temps et combien de milliards de tonnes de CO2, dilapiderons-nous parce que nos gouvernants lambineront encore cinq ans sur des travaux de désengorgement évidents, tels la voie de sortie Cavendish Sud sur la 40 ou le contournement de Montréal via la 30 ? Un de ces élus osera-t-il réclamer une étude d'impact sur les délais et inconvénients causés par les overdoses d'études d'impacts payées par nos taxes ? Sûrement pas les multiples maires « d'arrondissement », enfermés dans leurs tautologies douteuses, leurs power trips personnels et leurs batailles de compétences !
Si ces « zélus » réalisaient vraiment le bilan environnemental des moteurs qui tournent au ralenti, ils trouveraient parmi ceux qui en abusent davantage tout ceux qui n'ont pas à payer l'essence, comme les cols bleus dans leurs véhicules et les policiers en faction.
La tentation de culpabiliser le pauvre monde ordinaire en lui faisant porter le poids de sa propre incompétence est très forte dans une île où les ponts appartiennent au fédéral, les autoroutes au provincial et les rues, toutes défoncées, au municipal ! La région de Montréal, qui paie plus de là moitié des taxes provinciales, recevra pourtant à peine 7 % du dernier budget «provincial » pour la réfection des infrastructures. C'est ce qui arrive quand le point de vue des politiciens prime celui des ingénieurs. (...)
Et en fin de compte, combien de tonnes de CO2 et d'autres polluants jetons-nous dans l'atmosphère parce que Montréal est la seule ville d'importance en Amérique du Nord (à part Calgary) à ne pas disposer d'un système d'inspection obligatoire des véhicules automobiles ? Plusieurs millions de tonnes, sans doute.
Sait-on seulement que bien de ces « minounes » qui ne passent pas les tests aux États-Unis se retrouvent chez-nous ? Quand va-t-on instaurer un système obligatoire d'inspection des émissions des véhicules à la revente ? On préfère, semble-t-il, jeter la pierre au pauvre monde et les forcer à geler dans des habitacles pires que des congélateurs et risquer leur vie avec un dégivrage insuffisant.
Au lieu de ces mesures de culpabilisation collective qui violentent économiquement les pauvres Montréalais qui se débattent contre l'hiver, leurs « élus » devraient agir dans leur propre cour et vérifier si le CO2 qu'ils exhalent est bien utilisé.
page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive