6 novembre 2006
La défense des dix personnes jugées pour des pratiques de dopage présumées au sein de l'équipe cycliste Cofidis a contesté lundi le rôle de la Fédération française de cyclisme (FFC), dès l'ouverture de leur procès au tribunal Nanterre.
Les avocats des prévenus - sept coureurs, un soigneur, un directeur sportif et un pharmacien - ont demandé le rejet de sa constitution de partie civile en estimant qu'il était difficile de se présenter en victime quand on "n'avait rien fait pour mettre fin aux infractions".
Certains avocats ont estimé que la Fédération aurait même dû répondre avec eux des accusations de dopage, dans ce procès qui doit durer une semaine.
Les charges sont retenues contre les sept coureurs Philippe Gaumont, Robert Sassone, Médéric Clain (France), David Millar (Grande-Bretagne), Massimiliano Lelli (Italie) Marek Rutkiewicz et Daniel Majewski (Pologne), l'ancien "soigneur" Bogdan Madejak, le pharmacien Pierre Benyamin et le directeur sportif russe Oleg Kozlitine.
Marek Rutkiewicz, Daniel Majewski et Massimiliano Lelli sont finalement absents du procès où ils se font représenter par des avocats.
"La place de partie civile de la fédération n'est pas celle qui convient", a dit à l'audience Me Pierre Mairat, avocat du soigneur, qui déplore que la FFC demande 200.000 euros de réparation à son client.
Le conseil de la FFC Paul Mauriac a vivement répliqué : "il faut essayer de balayer devant sa porte avant de porter des accusations".
La FFC n'a pas eu gain de cause immédiatement, car le procureur n'a pas soutenu qu'elle devait automatiquement être considérée comme victime, seuls les débats permettant à ses yeux de trancher. Le tribunal a décidé de se prononcer sur ce point en même temps que dans le jugement de fond.
La partie civile de la société Cofidis est également contestée. L'Union cycliste internationale, qui avait initialement déposé plainte contre les prévenus, s'est de son côté désistée quelques jours avant l'audience.
Prison encourue
L'échange donne le ton de ce procès où les dix prévenus, poursuivis pour "acquisition, détention et transport de substances vénéneuses, incitation et facilitation à l'usage de produits dopants", encourent jusqu'à cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende.
Les coureurs, qui ont presque tous reconnu les faits, ont assuré que les instances dirigeantes de leur sport et les directions des équipes étaient au courant de la généralisation du dopage, même s'il s'organisait en pratique sans elles, entre coureurs, "soigneurs", médecins dévoyés et trafiquants.
Les investigations, compromises par des annulations de procédure, ont surtout mis au jour des pratiques d'entraide et non un véritable trafic, reconnaît l'accusation, qui n'a pas poursuivi les dirigeants de Cofidis et du cyclisme.
Le procès, qui a trait à des faits de 2001-2003, survient alors que les scandales de dopages se sont multipliés dans le monde du cyclisme, notamment dans le Tour 2006, marqué par l'exclusion des favoris Jan Ullrich et Ivan Basso et le test positif à la testostérone du vainqueur américain, Floyd Landis.
Les débats s'annoncent houleux, car plusieurs témoins mis en cause par les prévenus, dont le médecin de Cofidis Jean-Jacques Menuet, sont appelés à la barre. Il a été mis en cause par Philippe Gaumont à l'instruction.
Selon certains prévenus, le dopage "médicalisé" est le coeur de l'affaire. Pendant l'enquête, a été saisie une facture de médicaments de 64 pages d'un montant de 37 000 euros pour divers produits achetés pour 2003 par l'équipe Cofidis.
Dans le Tour de France 2006, 12 coureurs, outre Floyd Landis, ont été testés positifs à des produits interdits, mais n'ont pas été sanctionnés car ils disposaient "d'autorisations d'usage thérapeutique", délivrées par l'UCI.
une page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive