16 février 2004
Laurent Martel
Depuis 48h, Marco, je lis et j’entends tous ces connards discourir du comment et du pourquoi de ta mort. Inévitablement, c’est du dopage qu’il est question et je suis révolté, Marco. Ca va te faire rire, pour une fois que je suis d’accord avec Virenque…
Revolté, parce que personne n’a rappelé que tu n’as jamais échoué un seul contrôle anti-dopage dans ta trop courte carrière. Alors, dopé de quoi ? Tout au plus auras-tu été pris avec un taux d’hématocrite légèrement hors norme (50,2%) l’avant-veille de l’arrivée du Giro 1999. Ca aurait dô être sans conséquence pour la suite. Mais tu t’appelais Marco Pantani, et nous vivions alors les lendemains de l’affaire Festina. Il fallait aux instances dirigeantes des coupables pour refaire l’image du cyclisme, et les coupables, ce fut Virenque, ce fut toi. Armstrong est arrivé, on t’a remplacé par une image plus “positive” offert par un revenant du cancer, ca faisait vendre du papier tant c’était incroyable et on en arrivait même à faire oublier comment ce nouveau venu, que tu avait toujours battu auparavant, parvenait à établir de meilleures moyennes que quiconque sur le Tour… Mais toi, tu savais.
Révolté de les voir tous, à part les coureurs, déplorer ton décès aujourd’hui alors qu’ils n’ont pas fait de gestes pour lutter contre ce fléau dont tu as été victime et que tu condamnais également. Tu ne voulais simplement pas être le seul bouc-émissaire, mais ils se sont acharnés. C’était facile, tu étais dans le colimateur. Tu n’as pas su t’entourer, et ils t’ont abandonné tous, sauf tes plus proches fans.
Moi, Marco, mon champion, je te lève un grand coup de chapeau et je te dis ce que nul t’a encore dit ces 48 dernières heures : merci. Merci, campionnissimo. Merci d’avoir fait trembler, à 24 ans, le grand Miguel Indurain lors de ces 2 étapes de montagne du Giro 1994, montrant pour la toute première fois en bien des années que des champions surpuissants pouvaient être battu par des petits grimpeurs. Merci de ces victoires époustouflantes à l’Alpe d’Huez, acquises avec un nouveau style spectaculaire, mains en bas du guidon, toujours en danseuse, comme si tu sprintais en haut des cols. Merci pour ce Tour 1997 ou tu réussis à faire passer Virenque, portant pourtant les pois, pour un fer à repasser dans la montagne. Merci d’avoir détruit Ullrich, vainqueur sortant, en une seule étape dans ce qui demeurera probablement ton plus bel exploit, l’étape des Deux Alpes lors du Tour 1998 que tu gagnas. Merci, au nom de Jean-Marie Leblanc qui ne te remerciera pas je le sais, d’avoir sauvé, cette année-là, son Tour de France de la catastrophe…
Merci de ce doublé Giro-Tour 1998, le dernier à ce jour. Merci de ce festival lors du Giro 1999, déployant tes ailes comme jamais auparavant, ré-écrivant le grand livre des grimpeurs cyclistes. Merci d’avoir renversé le Giro 2000 l’avant-veille de l’arrivée, travaillant sans relâche pour un Garzelli peu confiant en ses moyens. Merci d’avoir été le seul jusque récemment à avoir véritablement fait trembler Armstrong lors du Tour 2000. Merci de m’avoir offert ce spectacle le jour ou je suis allé te voir, à un kilomètre de l’arrivée à Courchevel, sur ce Tour 2000. Merci de ce Giro 2003, prouvant là ton incroyable volonté puisqu’à court d’entrainement et avec une grave chute, tu terminais tout de même 14e. L’exploit est passé innaperçu, sauf pour tes vrais fans.
Merci surtout d’avoir, l’espace de quelques années, refait vivre le cyclisme d’antan, celui des Bahamontès, Gaul et Ocana, fait de grandes échappées dans la montagne et d’écarts gigantesques à l’arrivée. Merci de ton panache, toi qui poussait même l’audace jusqu’à annoncer à tes adversaires ou et quand tu les terrasserais, tout en assumant tes paroles jusqu’au bout (parlez-en à Tonkov…). Merci de ton courage de champion jamais battu, tel ce jour du Tour 1995 ou blessé au genou dans la Croix de Fer, tu revenais au moral pour gagner l’étape devant un Indurain médusé.
Merci de nous avoir si souvent tenu en haleine devant notre téléviseur, attendant ton attaque fatale au détour d’un lacet, moment fatidique ou tu t’envolais laissant les autres impuissants face à ton démarrage foudroyant. Et c’était parti… Merci de nous avoir rendu la course excitante en ces années d’hommes-chrono, se contentant d’assomer les grands tours dans les contre-la-montre pour tout cadenasser ensuite dans la montagne, tuant la course. Merci d’avoir fait en sorte qu’avec toi dans le peloton, personne n’était tranquille, ni Indurain, ni Ullrich, ni Armstrong, ni personne.
Marco, tu me laisses en ces heures sportivement orphelin et l’annonce de ton décès m’a fait détester, peut-être pour la toute première fois, le cyclisme. D’ailleurs, j’ai fait du ski de fond ce week-end. Beaucoup de ski de fond. Sache, Marco, que j’accepte ton verdict, ton geste, que je le respecte car nul ne peut prétendre connaître le désespoir qui te rongeait. Tu seras parti comme tu as été un champion cycliste : avec panache et courage, deux éléments qui élevent certains hommes au rang de légendes. Tu es, pour toujours, l’une d’elles.
Je ne t’oublierai jamais.
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