11 octobre 2005
Frédéric Waringuez
Sept ans après le séisme de l'affaire Festina, il aura fallu attendre les révélations concernant Lance Armstrong sur le Tour de France 1999 pour que le débat, jusque là soigneusement cantonné aux professionnels de la profession, s'expose enfin sur la place publique. Agissant comme un révélateur sans doute parce que touchant au sacré, la victoire dans le Tour de France, l'affaire Armstrong et toute l'actualité du dopage dans le cyclisme résonnent aujourd'hui de façon différente. Les langues se délient et les choses semblent bouger...
Pas sûr qu'Armstrong parvienne à faire taire Simeoni..."Silence on se dope !" Pendant trop longtemps, c'est sur ce principe qu'a fonctionné le peloton professionnel. Et aujourd'hui encore, on s'en rend compte quand des cas de dopage sont mis à jour, l'omerta demeure bien ancrée chez de nombreux coureurs et dirigeants. Mais depuis le dernier Tour de France pendant lequel plusieurs coureurs français, Jérôme Pineau en tête, ont ouvertement fait part de leur ras-le-bol en constatant que le cyclisme à deux vitesses était plus que jamais une réalité, et plus encore depuis que l'affaire Armstrong a éclaté, un vent de liberté semble souffler sur le cyclisme.
Les révélations de L'Equipe, même si elles sont arrivées tard, même si on peut s'interroger sur leurs motivations après plusieurs années de complaisance du quotidien sportif, pourraient bien avoir agi comme un déclic en démontrant qu'il n'y a plus de vaches sacrées. La tricherie avérée d'Armstrong qui lui aurait permis de remporter le Tour de France, monument s'il en est du sport cycliste, a un côté insupportable. Du coup, tout le ressenti et les non-dits accumulés contre l'Américain et son insolente domination semblent ne plus pouvoir être contenus. Les langues se délient petit à petit, ce qui paraissait intouchable ne l'est plus et la parole libérée des uns semble libérer celle des autres. De fait, c'est le discours des Fignon, Jalabert et compagnie refusant d'admettre la réalité sous prétexte qu'il faut protéger le vélo, et préférant fustiger le soi-disant manque de travail des coureurs français, qui apparaît aujourd'hui ringard.
"On vit une période difficile, une période de transition. Il faut que les dirigeants historiques de ce sport passent à autre chose et que d'autres personnes arrivent. On récolte encore des fruits pourris du système d'avant. Parce qu'on n'a pas instauré de règles draconiennes après 1998. La leçon n'a pas été comprise. Aujourd'hui, les langues commencent à se délier après 50 ans d'omerta. C'est positif, ça veut dire qu'un début du chemin a été fait.", explique Eric Boyer, le nouveau manager de l'équipe Cofidis, partisan d'une révolution des mentalités.
La "théorie d'Armstrong" remise en cause
Malgré la puissance de ces dirigeants implantés dans le vélo depuis des décennies dont l'angélisme feint ou réel, ce qui est encore plus grave, n'est plus acceptable, Boyer encourage tous les acteurs a lever le voile sur des pratiques qui ne doivent plus avoir cours. "Il faut parler du dopage, ne pas se voiler la face comme beaucoup le font dans le vélo. La théorie d'Armstrong, c'est de dire que ceux qui parlent font du tort au cyclisme. Sauf que ne pas en parler, c'est laisser faire, c'est se condamner à voir des mecs remporter sept Tours de France sans qu'on comprenne comment. Il faut arrêter d'envisager le cyclisme comme le fait Armstrong ou on finira par en crever."
Un Armstrong qui, effectivement, vient de s'illustrer dans sa volonté d'étouffer tout ce qui peut lui faire du tort. L'Américain a en effet ni plus ni moins essayé d'acheter le silence de Filippo Simeoni. Gêné par les propos du modeste coureur italien au sujet du sulfureux Dr Ferrari, le richissime Texan a proposé d'indemniser Simeoni si celui-ci renonçait à ses poursuites. Sauf que l'éventualité de cette transaction a été révélée dans la presse. Désireux de régler cette affaire dans la plus grande discrétion, Armstrong a alors décidé de faire volte-face, se fendant d'un démenti dans La Gazzetta dello Sport alors qu'il avait obtenu de la justice italienne un délai jusqu'au 29 novembre afin que soit évalué le montant de l'indemnisation et que les avocats de Simeoni ont en main des documents démontrant qu'une approche a bien été tentée par le septuple vainqueur du Tour. Cette marche arrière d'Armstrong laisse à penser que malgré ce qu'il prétend, l'Américain se trouve dans l'embarras face à Simeoni, bien décidé, lui, à tout dire. Quoi qu'il en soit, l'instruction devrait donc reprendre son cours normalement...
Cela n'a sans doute pas grand-chose à voir mais les propos tenus par Philippe Gilbert, dimanche après Paris-Tours, furieux du refus de collaborer de Stijn Devolder dans le final, constituent aussi un indice d'une liberté de ton nouvelle dans le peloton. Le coureur de la Française des Jeux s'était demandé très sérieusement si Devolder avait obéi à des consignes venues d'en haut chez Discovey Channel après un incident qui s'était produit dans la dernière étape du Tour de France. "S'il suivait la course, comme il en a l'habitude, Armstrong est bien capable d'avoir téléphoné à Demol pour lui dire d'interdire à Stijn de passer dans la finale." Le jeune Belge, virulent, qui plus est à l'égard d'Armstrong, incarne une nouvelle génération sans complexe, qui entend bien se démarquer d'un passé cycliste devenu trop lourd à porter...
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