23 octobre 2004
Le versement d'une prime de victoire dans le Tour de 5 millions de dollars est bloqué.
Stéphane Mandard
L.A. Confidentiel, Les secrets de Lance Armstrong n'a pas empêché l'Américain de remporter un sixième Tour de France consécutif en juillet. Mais ce livre-enquête, paru en juin aux éditions de La Martinière, risque de le priver de 5 millions de dollars (environ 4 millions d'euros).
Après avoir pris connaissance de l'ouvrage du journaliste français Pierre Ballester et de son homologue britannique David Walsh, la compagnie d'assurances texane SCA Promotions a en effet décidé de suspendre la prime qu'elle s'était engagée à verser à Lance Armstrong en cas de sixième succès dans la Grande Boucle.
Spécialisée notamment dans la couverture de primes liées à la réalisation de performances sportives exceptionnelles, SCA Promotions - qui compte également parmi ses clients l'équipe de basket-ball des Los Angeles Lakers et celle de football américain des Dallas Cowboys - avait versé 3 millions de dollars au leader de l'US Postal après son cinquième Tour victorieux, en 2003, et 1,5 million un an auparavant, pour son quatrième sacre.
La parution en France de L.A. Confidentiel - qui n'a toujours pas trouvé d'éditeur aux Etats-Unis - a mis un coup d'arrêt au système de gratification dont bénéficiait le coureur depuis 2002. "Ce livre nous semble crédible et a attiré notre attention sur des éléments que nous ne soupçonnions pas auparavant", avait expliqué, fin septembre, Chris Compton, l'un des avocats de la société basée à Dallas. Dans l'ouvrage, plusieurs anciens membres de l'entourage professionnel du cycliste américain affirment qu'il a eu recours à des produits interdits pour améliorer ses performances (Le Monde du 18 juin).
Depuis plusieurs semaines, les avocats de SCA Promotions mènent leur propre enquête pour vérifier ces informations. Et Bob Hamman, le président - onze fois champion du monde de bridge - de la firme texane, a déposé les 5 millions de dollars sur un compte bloqué, dans l'attente des résultats de leurs investigations. Les limiers de SCA Promotions ont notamment déjà interrogé Greg LeMond, triple vainqueur du Tour, qui avait exprimé ses réserves quant à l'intégrité des prouesses physiques de son compatriote.
Les avocats américains se sont également déplacés en Italie pour entendre Filippo Simeoni. Le coureur de l'équipe Domina Vacanze s'était fait rabrouer cet été par Lance Armstrong sur les routes du Tour. Son crime ? Avoir reconnu, lors du procès du docteur Michele Ferrari - condamné le 1er octobre à un an de prison avec sursis pour fraude sportive et exercice abusif de la profession de pharmacien -, que le préparateur attitré du leader de l'US Postal lui avait prescrit des produits dopants.
Filippo Simeoni a également porté plainte contre Lance Armstrong pour diffamation après avoir été accusé d'être "un menteur absolu" par l'Américain, dans Le Monde du 18 avril 2003. Résultat : les avocats américains ne sont pas les seuls sur les traces du Texan. En Italie, le parquet de Lucques cherche à établir si celui-ci s'est rendu coupable de "violence privée" et de "fraude sportive" en annihilant les tentatives d'échappée de l'Italien sur le Tour de France.
L'entourage de Lance Armstrong n'a pas tardé à réagir à la décision de SCA Promotions. Fin septembre, l'US Postal a porté le contentieux devant un tribunal de Dallas afin d'entamer une procédure d'arbitrage. Dans les prochains jours, chaque partie devrait désigner l'arbitre (un avocat) chargé de la défendre. Les représentants des deux camps devront ensuite tenter de s'entendre sur le nom d'un troisième arbitre, neutre celui-là. En cas de désaccord, c'est le tribunal de Dallas qui se chargerait de le nommer.
Plus contrôlé que quiconque
Les sociétés Capital Sports & Entertainment (CSE) et Tailwind Sports, propriétaires de l'équipe US Postal, estiment que SCA n'a pas le droit de mettre en doute les victoires acquises par Lance Armstrong sur le Tour de France et que son refus de verser les 5 millions de dollars s'apparente à une "rupture de contrat". Dans un communiqué publié le 25 septembre, CSE affirme que Lance Armstrong "a été contrôlé plus souvent que n'importe quel autre athlète professionnel dans le monde et n'a jamais failli à un test antidopage".
Un mois auparavant, la société avait fait parvenir au patron de SCA un courrier de l'Union cycliste internationale (UCI) attestant que l'Américain avait été contrôlé plusieurs fois pendant le Tour de France 2004 et que tous les tests s'étaient révélés négatifs. Un argument dont ne se contente pas SCA, qui demande à avoir accès à tous les dossiers médicaux et à l'historique médical du coureur, opéré d'un cancer en 1996.
Lance Armstrong n'est pas non plus assuré d'obtenir les 3 millions d'euros de dommages et intérêts qu'il réclame à l'éditeur de L.A. Confidentielet à L'Express, qui en a publié les bonnes feuilles. Concernant cette affaire, le procès ne devrait pas débuter avant décembre 2005. En juillet, le coureur de l'US Postal avait été débouté en appel de sa demande que soit inséré dans l'ouvrage un encart démentant les accusations de dopage.
| nouvelles | achat & entretien | rouler au Québec | hors Québec | sécurité | course | cyclos | montagne | industrie | quoi d'autre ? |
une page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive