Jean-François Racine
Un dopé arrogant qui s’est enrichi avec l’argent des commanditaires continue de faire fortune en expliquant comment il a menti et partout, des gens floués voulaient écouter sa confession savamment orchestrée.
Décevant, le mot est faible. Lance Armstrong a confirmé ce que tout le monde savait. Il a présenté des excuses insuffisantes à la planète entière. Il a probablement menti une fois de plus sur quelques aspects, surtout en disant qu’il n’était pas dopé en 2009 et 2010.
Il n’a toutefois pas éclaboussé personne, en particulier les ténors de l’UCI qui semblent corrompus à l’os.
«Opération Kleenex! À quoi ça sert?», disaient plusieurs cyclistes québécois après le reportage.
De l'égoïsme
Les larmes n’ont pas coulé. Peut-être lors de la deuxième partie. Se qualifiant de «bully», il a même répété que techniquement, il n’avait pas échoué de test dans sa carrière. Si l’entretien se limitait aux 90 minutes diffusées hier, il serait difficile de croire à un changement de mentalité en cyclisme.
La justice se négocie et les cachets aussi. Triste constat. Lance Armstrong avait un plan soi-disant infaillible. Il a échoué. Avec son équipe de juristes et d’experts de l’image, il a encore une fois élaboré une stratégie égoïste, un mauvais scénario qui donne mal au coeur. L’ex-cycliste a perdu le contrôle de son propre personnage. L’individu froid et arrogant a changé de costume.
L’acteur a tenté d’émouvoir la planète avec sa nouvelle pièce de théâtre. Ses victoires soulevaient des doutes et ses efforts pour nier l’évidence provoquaient des sarcasmes. Ses confidences à Oprah deviennent indécentes. «Lance songe à avouer, Lance aurait avoué, Opray confirme qu’il a avoué…» Tous les chapitres et les fuites ont été étudiés avec précision.
Ses performances sportives artificielles avaient au moins le mérite de fournir un peu d’émotions aux fans. Plus maintenant.
Ses intérêts personnels
Ses aveux calculés avec la même ardeur démesurée que ses mensonges ne visent qu’à servir ses intérêts personnels. Rien de plus. Il faut s’apercevoir des sottises des autres, sans en être infectés soi-même. Einstein disait un truc semblable ou presque.
Avant le fric, le Texan de 41 ans aime d’abord et avant tout la célébrité. Il ne veut pas rester tranquille à la maison avec les millions qu’il lui reste. L’indifférence serait la meilleure arme contre la star, mais ça n’arrivera pas. Si l’UCI a fourni le «code de détection» de l’EPO à Armstrong, la disgrâce est totale.
J’ai souvent répété que l’Agence américaine antidopage (Usada) causait un tort irréparable au cyclisme en voulant prouver ce que tout le monde savait déjà.
L’ancien professionnel Charles Dionne voudrait voir Armstrong en prison comme Marion Jones et ses arguments sont très convaincants.
Pas de rédemption
Maintenant que le champion a été déchu, que son mythe a été enterré, il ne faut pas gâcher le travail accompli en acceptant trop vite les explications d’un menteur. Pourquoi choisir de faire tomber le plus grand si la chute ne dure que quelques mois?
Dans son cas, oublions à jamais les mots amnistie, réconciliation ou rédemption. Même retraités ou bannis, les dopés volent la vedette à d’honnêtes athlètes. Un film sur Armstrong viendra très rapidement. Ce long métrage sera le comble de l’insulte pour ceux qui quittent le sport sans rien du tout. Faire fortune en se dopant et faire fortune en expliquant comment et pourquoi.
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