18 août 2003


Jonathan Larivière, mécano chez SOS Vélo. Dans les entreprises d'insertion,
l'atteinte des objectifs psycho-sociaux passe avant les résultats financiers.
photo : Robert Mailloux

Des vélos et des ordis
pour mordre dans la vie !

Jacinthe Tremblay

Un peu partout au Québec, de jeunes décrocheurs transforment le métal, fabriquent des meubles, mijotent des repas, recyclent des vélos ou des ordinateurs. Ils se réconcilient avec le marché du travail mais, plus encore, ils mordent à nouveau dans la vie.

Vincent a 19 ans. Il a recommencé quatre fois sa cinquième secondaire. Sans succès. Il a envoyé 150 CV. Sans succès. Jusqu'à ce qu'il soit embauché chez SOS Vélo, une entreprise d'insertion du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Il est magasinier et il adore son boulot.

« Le plus difficile, c'est pas le travail lui-même, c'est de remettre en question certains de ses comportements. Mais ici, on trouve de l'encouragement et une reconnaissance qu'on n'a pas ailleurs », dit- il.

SOS Vélo est l'une des 32 PME membres du Collectif des entreprises d'insertion du Québec. Depuis sa fondation, en 1995, elle ouvre ses portes à de jeunes adultes qui ont, jusqu'à maintenant, accumulé les échecs scolaires, professionnels, ou sociaux. Pendant 26 semaines, ils reçoivent une formation technique et un encadrement psychosocial au terme duquel ils dénicheront un emploi ou retourneront aux études.

En 2002, la PME a vendu près de 3000 bicyclettes réparées ou recyclées dans ses ateliers de la rue Bennett.

Mais surtout, les 32 jeunes qui ont suivi tout le programme ont tous trouvé du travail ou sont retournés aux études.

« Les entreprises d'insertion embauchent des gens sur qui aucun employeur ne mise. Nous sommes convaincus qu'en leur donnant des outils adaptés à leurs besoins, ils peuvent réussir. Parfois, on assiste même à des miracles », dit Chantal Aznavourian, coordonnatrice du Collectif et une des pionnières du Resto Plateau, à Montréal.

Les membres du Collectif embauchent autour de 350 personnes par année. Entre 75 et 80 % d'entre elles terminent le programme. Les 32 PME génèrent ensemble des revenus de 19 millions par année. Le soutien annuel d'Emploi-Québec au réseau est de quelque 30 millions.

Le produit comme outil
Steve, 19 ans, a choisi SOS Vélo par intérêt pour le produit. Tout comme Simon-Pierre, 18 ans. Trois entreprises d'insertion québécoises qui oeuvrent auprès des jeunes recyclent des vélos. Ce n'est pas un hasard. « C'est un produit qui les rejoint », résume Guy LaRocque, directeur général de SOS Vélo depuis sa fondation.

Selon Chantal Aznavourian, il est important que les activités des entreprises d'insertion rejoignent les clientèles qu'elles veulent desservir. C'est cette logique qui a conduit les fondateurs d'Insertech Angus, dans le quartier Rosemont, à miser sur l'informatique.

Pour Guy LaRocque, le produit est important mais ce n'est pas l'essentiel. Les mordus du vélos ne sont pas nécessairement ceux qui réussissent le mieux. « Il faut surtout croire au potentiel de ces jeunes, dit-il. Ils ont besoin de reconnaissance et d'encouragement. Ils ont aussi besoin d'apprendre à faire face à leurs responsabilités. Il faut leur signaler leurs erreurs, sans les démolir. »

Chez SOS Vélo et chez Insertech, les jeunes ont accès en tout temps au soutien d'intervenants psycho-sociaux qui peuvent les aider à résoudre leurs problèmes au travail ou dans leur vie personnelle. Ils reçoivent aussi de l'aide pédagogique pour les faire avancer en français et en mathématiques.

Confiance et respect
Ils ne sont pas dans la ouate pour autant. Ils doivent se plier aux règles de base du marché du travail, comme la ponctualité et l'assiduité. Chez SOS Vélo, trois retards pendant la même semaine entraînent une suspension. Le vol et la vente de drogue sur les lieux de travail sont passibles de congédiement.

Certains jeunes doivent parfois travailler fort pour acquérir ces apprentissages de base. « Ils doivent être très motivés. Plusieurs vivaient la nuit. Il faut parfois un mois avant qu'ils parviennent à arriver à l'heure le matin et à travailler sans fumer », signale Céline Chicoine, coordonnatrice de l'administration chez Insertech Angus. Au terme du programme, ils ont cependant intégré les codes en vigueur dans les milieux plus traditionnels.

Ils ont aussi acquis des compétences techniques réelles. La quarantaine de jeunes qui passent chez Insertech chaque année apprennent en majorité à assembler et à réparer des ordinateurs. D'autres sont initiés à la gestion informatisée d'un magasin ou d'un entrepôt, au travail de bureau ou à la conduite d'un chariot élévateur.

D'abord active dans le recyclage de vieux ordinateurs, la PME s'est lançée, en 2000, dans la fabrication d'ordinateurs neufs de marque Insertech. « Le développement de produits neufs élargit les compétences des jeunes. C'est aussi pour eux une source de fierté », dit Céline Chicoine. Insertech garde le cap sur cette production, qui n'est pourtant pas la plus rentable pour l'entreprise. La majorité de 800 000 $ de revenus de l'an dernier viennent du matériel d'occasion.

Chez SOS Vélo, les jeunes sont initiés au travail d'usine, au travail de bureau ou au service à la clientèle. la PME les encourage également à concevoir de nouveaux produits dérivés, même s'ils représentent une part infime de ses revenus. Selon Guy LaRocque, ces pièces de vélos, devenues chandeliers, porte-CD au patères, servent à stimuler leur créativité et leur fierté.

Production et insertion
Plusieurs employés permanents des entreprises d'insertion sont issus de l'entreprise traditionnelle. Jean Bourrette, responsable du marketing et des communications chez Insertech, était spécialisé dans la traque à l'évasion fiscale. Donc, bien loin du communautaire... tout comme les techniciens en informatique qui forment les jeunes.

« Nous sommes constamment à la recherche de l'équilibre entre les impératifs de la production et le respect des plans de développement personnel des jeunes. Nous faisons forcément des compromis entre ces deux pôles », dit Jean Bourrette. Si, par exemple, 30 ordinateurs neufs doivent être livrés rapidement, il est possible qu'une séance de formation soit reportée. Mais il est aussi possible qu'Insertech décline certains contrats, parce que leur réalisation pourrait compromettre la formation.

Chez SOS Vélo, le magasin est pratiquement vide ces jours-ci. « Nous vivons actuellement un problème de croissance: nous manquons de vélos. Nous pourrions organiser la production pour fabriquer rapidement plusieurs bicyclettes, mais cela compromettrait notre approche d'insertion », explique Guy LaRocque.

Car dans les entreprises d'insertion, l'atteinte des objectifs psycho-sociaux passe avant les résultats financiers. Ces derniers ne sont pas négligés pour autant. « Nous voulons augmenter sans cesse le pourcentage des revenus autogérés. Ces derniers sont passés de 48 à 52 % de notre budget depuis deux ans », dit Céline Chicoine. Chez SOS vélo, les ventes représentaient 35 % du bilan en 2002, contre 10 % en 1996.

Cette progression souhaitée est loin d'être en contradiction avec la mission. « Pour être un véritable lieu d'insertion, les entreprises doivent être viables. Elles doivent avoir une activité économique réelle et apprendre aux personnes qui y travaillent à se plier aux règles du marché du travail », note Chantal Aznavourian.

Certains jeunes ne passent pas la première semaine. D'autres partent après trois mois. Guy LaRocque préfère parler d'essai plutôt que d'échec. « Ils réussiront peut-être à leur deuxième ou à leur troisième essai. Il n'y a personne d'irrécupérable », dit-il.

L'homme d'affaires prend comme preuve son propre parcours. « J'ai perdu mon emploi chez Bombardierà cause de problèmes d'alcool et de toxicomanie, raconte-t-il. J'ai été assisté social plusieurs années. Je me suis réfugié à la campagne. Un jour, quelqu'un a cru en moi et j'ai décidé de me prendre en main. »


11 décembre 2000

Design à deux roues pour mordus du vélo


photo : Robert Mailloux

Natalie Sicard

Avant de jeter à la casse votre vieille bicyclette, pensezà en faire donà SOS vélo qui pourrait très bien la transformer en lampe de chevet ou en table de salon ! Cet organisme sans but lucratif, qui se spécialise depuis 1995 dans la fabrication de vélos recyclés, s'est trouvé une brillante mission parallèle : la création d'objets au design coloré et ingénieux. On trouve dans leur toute nouvelle boutique des lampes, lutrins, tables, présentoirs, chandeliers... le tout fabriqué avec des pièces de vélos inutilisables.

Quand on met les pieds dans les coulisses de cette entreprise, une ancienne imprimerie de 16 000 pieds carrés, on a affaire à une grande effervescence. Une trentaine de jeunes, pour la plupart des hommes, s'activent dans les différents ateliers : soudure, mécanique, assemblage, sablage au jet, peinture au fusil... Dans un coin, un amas de bicyclettes disloquées. L'entreprise reçoit en don presque un millier de vélos par année.Ill faut trois vélos usagés pour un seul vélo recyclé. Mais il y a des pièces non recyclables comme les roues et les roues libres - l'engrenage pour changer les vitesses.

«Nous nous sommes retrouvés avec une quantité incroyable de ces pièces et l'idée de leur donner une nouvelle vocation a commencé à germer dans la tête des plus créatifs ... », explique le directeur Guy Larocque. Ainsi se sont concoctés des présentoirs avec roues inté- grées pour la boutique, des tables basses, ou encore des supports à bûches - l'un avec les deux roues pour retenir les morceaux et un plus petit avec une roue coupée en deux. Leur table de conférence est plutôt impressionnante avec 18 roues protégées d'une vitre, encastrées dans des feuilles de métal déployé. Avec les plateaux des vitesses sont nés des supports à CD, des lampes de chevet. «Un nouveau concept surgit chaque semaine et chacun des employés peut s'en mêler s'il le désire.»

Ce projet s'inscrit très bien dans la mission de SOS vélo, qui vise à l'insertion sociale de jeunes entre 18 et 30 ans qui sont faiblement scolarisés, qui ont des difficultés à trouver un emploi ou qui sont tout simplement à l'écart du marché du travail. Guy Larocque a pris ce projet en mains depuis ses débuts et le poursuit avec ferveur. «Le but de cette mission parallèle est d'offrir des outils qui favorisent le développement du jeune, stimulent sa créativité et redorent le blason parfois monotone du travail. D'ailleurs l'entreprise au complet fait peau neuve. On repeint les murs des ateliers avec des couleurs vives et on projette d'aménager un espace loisir pour les pauses, avec des tables de ping-pong, des baby-foot... Tout ça afin que le jeune qui passe ici renoue avec le milieu du travail, y trouvant plaisir et camaraderie. Nous organisons souvent des retrouvailles pour les aider à se créer des liens à la suite de leur programme d'une durée de six mois.» Monsieur Larocque chérit même le projet de lancer un club de balle-molle ! La formule qui frise presque l'avènement des YMCA pour les travailleurs en usine au début du siècle dernier ! - d'ailleurs 80 % des jeunes se retrouvent par la suite dans le secteur manufacturier et certains dans des boutiques de vélos pour un travail saisonnier - est pourtant très novatrice et pourrait être un bon modèle à suivre...

La boutique SOS Vélo est ouverte du lundi au vendredi, de l0h à 18h, au 2085, rue Bennett à Montréal. Tel: (514) 251-8803.
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Note du webmestre : c'est pas très loin du Stade olympique. Bennet est une rue à sens unique nord-sud, entre Pierre-de-Coubertin et Sainte-Catherine. SOS Vélo est situé entre Rouen et Ontario.


Le kiosque de SOS Vélo au Salon du Vélo 2003
photo : Guy Maguire


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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