Rendez-vous avec...
Pierre Marcotte rencontre Louis Garneau

Extraits d'une entrevue télédiffusée le 8 octobre 2003

Pierre Marcotte : Le premier équipement est acheté, la machine à coudre.

Louis Garneau : Mon premier employé, ma collaboratrice Monique, qui fait du sur-mesure. Les gens savent que Louis Garneau a commencé à vendre des cuissards. On vend moins cher que les collections italiennes ou françaises. Ça c'est un avantage. Les gens arrivent chez Louis Garneau, ça ne s'est jamais fait au Canada, et ils voudraient un maillot bleu avec une ligne rouge. Et un cuissard coordonné. Alors on commence le sur-mesure. Oui, on va vous le faire. Mais au départ c'était une catastrophe !. Il fallait faire cinq gilets pour habiller notre client. Essai/erreur...

Deux ans après, vers 88, lorsque j'ai vraiment décidé de devenir un manufacturier - parce qu'après les Jeux olympiques en 84 j'ai pris une décision, le 29 juillet. J'ai dit : c'est ma dernière course. Toute l'énergie que j'avais dans le sport, je vais la mettre dans mon entreprise, parce que je voyais que ça pouvait marcher.

Je voulais me marier. Pas de job, 2000$ en banque. T'as une vielle maison que t'as acheté avec ta blonde. Ta blonde est infirmière, elle travaille à temps partiel, elle gagne 300$ par semaine. Tu te dis : on y va !. Tu rentres dans ta maison et tout ce que tu as c'est un futon dans le coin !

Ça faisait 14 saisons de vélo. J'étais rendu à 25-26 ans...

Pierre Marcotte : Est-ce que c'était âgé pour le cyclisme ?

Louis Garneau : Lance Armstrong a 31 ans. Je voulais faire autre chose. J'avais l'artiste en moi. Je ne voulais pas devenir un professionnel en Europe. Je voulais vivre autre chose.

Je me suis marié le 29 septembre. On se marie mais on est face à rien. Mais je me suis dit : je vais mettre toute mon énergie et ça ne se peut pas que ça ne marche pas.

On a déménagé dans un petit local à Sainte-Foy, près du boulevard Charest, de 1500 pieds carrés, à l'automne 84. Mon père vient de prendre sa retraite et ma mère ne travaille pas et les deux décident de venir m'aider. Deux salaires subventionnés ! On a des mains. Monique est infirmière le soir et on vit de son 300$. Monique rentrait à 7h00 le matin et elle devenait infirmière de 4h00 à 11h00. Moi, de 7h00 à 11h00, j'étais le manufacturier, l'entrepreneur.

Pierre Marcotte : Ça dure combien de temps ?

Louis Garneau : Ça a été cinq ans comme ça.

Pierre Marcotte : Avant que Monique ne quitte son métier d'infirmière ?

Louis Garneau : Oui. Je travaillais six jours par semaine. Le 6e jour, je faisais de l'aménagement dans l'entrepôt. Je faisais la table de coupe, des tables, des meubles. Il fallait tout faire parce qu'on n'avait pas d'argent.

On avait de l'amour. On avait des parents qui nous aimaient. On mettait du temps.

Aujourd'hui, on a plus de moyens mais on était autant heureux à l'époque avec cette aventure de rêve d'un garçon et d'une fille.

Jamais on a pensé à devenir millionnaires. Notre objectif c'était d'avoir un métier. D'être bien. De bien se réaliser. Que les gens qui avaient nos produits soient contents.

Pierre Marcotte : Et de faire un succès ?

Louis Garneau : De faire un succès, bien entendu. Parce que Jean-Yves Labonté, l'entraîneur de 1971, m'avait enseigné qu'il fallait gagner. Quand tu fais de quoi, tu fais pas ça pour arriver 17e. Tu fais ça pour gagner. Là, tu te rappelles les stratégies : de ne pas abandonner, d'être persévérant, d'être stratégique, de résister à ton stress, d'avoir une vision, d'avoir une volonté plus grande que les autres, mais surtout de ne pas abandonner.

Pierre Marcotte : Et L'expérience de 84, des Jeux olympiques, qui étaient sans doute un rêve, cette réalisation-là c'était fait et maintenant vous vouliez faire autre chose ?


Louis Garneau aux Jeux olympiques de Los Angeles
photo : J. Merrithew

Louis Garneau : Exact. Steve Bauer finit 2e. Moi, je finis 33e. J'ai tombé, je me suis relevé. Je n'ai pas abandonné ! Mais moi j'étais content. C'était mission accomplie. Mais il fallait que je fasse autre chose. Je voulais connaître de la vie autre chose que d'être un coureur cycliste. Je sentais qu'il y avait une deuxième carrière. Mais je n'ai pas étudié l'administration, je n'ai pas étudié la finance mais j'étais un guerrier dans l'âme, quelqu'un qui veut gagner. Ça m'a énormément servi. On va le faire, mais on va faire de la qualité. Et je me suis rendu compte que tout ce qu'on faisait d'innovation, ça marchait.

Pierre Marcotte : Les cinq premières années vous vivez bien...

Louis Garneau : On vit bien. Pas d'enfant, une chance...

Pierre Marcotte : On ne planifie pas de famille ?

Louis Garneau : On n'avait pas le temps. Il fallait toute notre énergie...

Pierre Marcotte : Les enfants étaient pas forts...

Louis Garneau : On s'endormait avant !

La première innovation: le marché mondial fabriquait des pantalons cyclistes en lycra, le tissu extensible. Parce qu'avant ça, c'était en laine. Alors j'ai décidé d'en faire, mais au lieu de l'offrir dans une couleur, je l'ai offert dans vingt couleurs ! Ça a été une innovation mondiale. Personne ne l'avait fait.

Pierre Marcotte : ... qui a frappé...

Louis Garneau : ... qui a frappé les cyclistes. Et le sur-mesure. Il y a eu cinq grandes innovations qui ont fait qu'on s'est distingués et qu'on a grandi.

La deuxième innovation, en 88, la sublimation.

Pierre Marcotte : C'est quoi la sublimation ?

Louis Garneau : La sublimation est un procédé de teinture de vêtements. Au lieu d'avoir un gilet bleu avec une ligne rouge où il faut faire un patron, fallait découper la bande et la coudre, on pouvait imprimer toutes ces couleurs sans couture, plus confortable. Alors là on pouvait faire des motifs, des fleurs...

Pierre Marcotte : Il n'y avait pas de limite...

Louis Garneau : Il n'y avait plus de limite. C'est un procédé de teinture...

Pierre Marcotte : Qui vient d'où ?

Louis Garneau : Qui vient d'Europe. Dont j'avais eu connaissance par d'anciens coureurs, puis j'étais allé chercher la technologie. J'ai voyagé à travers l'Italie, pour revenir à un moment donné à la maison et je dis à Monique : «J'ai trouvé la technologie !» J'arrive avec un petit pot d'encre. «Oui mais c'est juste un pot d'encre !» (de dire Monique). «Oui, mais tu vas voir, la façon de l'appliquer, chauffer, je vais faire des tests, ça prend des soies, etc.»

On a commencé à travailler comme ça. Et ça a été tellement une catastrophe !

Mon comptable m'avait averti, parce que pour faire 24 maillots sublimés il fallait en faire 48. J'avais 50% de perte. Le comptable vient me voir : «Louis, si tu continues comme ça, tu vas faire faillite.»

J'avais peur de faire faillite. Alors, au lieu de finir à 11h00, je finissais à 2h00 (du matin). J'ai essayé des techniques et je me suis engagé des gens compétents.

Louis Garneau a parti avec sa blonde mais aujourd'hui c'est une équipe et chaque fois qu'on a rentré des gens compétents, on a grandi.

Mais la sublimation est ce qui nous a fait connaître mondialement.

Pierre Marcotte : Quand vous dites que vous allez chercher la technique en Europe, vous revenez et vous n'avez rien en définitive. Vous avez un pot d'encre. C'est l'encre qui fait le tout ?

Louis Garneau : C'est l'encre qui fait le tout. Je me patente des machines pour imprimer, chauffer...

Pierre Marcotte : Vous les avez pas achetées ?

Louis Garneau : On a acheté des vieilles machines de sérigraphie qu'on a modifiées, des soies. Essai/erreur, essai/erreur et on a fini par imprimer. Ça nous a lancés, ça nous a fait connaître mondialement.

En 88 ça allait tellement bien qu'on a décidé de faire un projet d'investissement important. On avait un chiffre d'affaires de 1.8 million et j'ai investi 1.5 million. Il fallait être ignorant de la finance pour faire ça ! Je ne referais jamais ça.

Pierre Marcotte : Faut-il avoir une naïveté quand on est entrepreneur ? Parce que sans ça on devient peureux, on fait rien...

Louis Garneau : Et plus on avance, plus on devient peureux.

Mais en 88, j'ai le vent dans les voiles. Je rouvre une usine aux États-Unis, en même temps, au Vermont. J'avais trouvé ça facile d'ouvrir à Saint-Augustin. Sauf que six mois après, on se présente au Salon de Toronto et mes représentants me disent : «Louis, c'est difficile, on a des baisses de 30%». J'ai dit : «Mais on a la plus belle collection ! C'est impossible !»

On tombait dans une récession. Aucune idée c'était quoi une récession. J'étais pas un homme d'affaires, à l'époque, j'étais un entrepreneur, un patenteux qui se lance en affaires.

On a vécu ce stress de la peur de perdre la compagnie, de faire faillite.

Ça a été excessivement difficile. De se coucher le soir, avec la petite larme sur le côté, de dire on passera peut-être pas à travers, ça peut être l'échec de ma vie.

Autant l'usine c'était joli, autant ton château peut devenir ton tombeau. Alors j'ai dit : «Qu'est-ce qu'on va faire ?»

Le cycliste s'est mis à travailler. C'est comme quand tu tombes. Il y a des gens, quand ils tombaient en vélo, ils ne se relevaient pas. Ils disaient : «J'ai mal, j'arrête». Tu fais une crevaison. Il y en a qui disent : «J'arrête». Ou il y en a qui changent le pneu. J'ai dit : «Là, il faut innover».

C'est à ce moment-là que j'ai cité cette fameuse phrase : «Innover ou mourir».

J'ai dit : «Il faut trouver un produit qui va se démarquer». Et à ce moment-là les casques de vélo arrivaient.

Pierre Marcotte : Si on parle de récession, les gens n'achètent plus. Pourquoi achèteraient-ils un casque ?

Louis Garneau : Il fallait trouver un produit, un nouveau marché parce que il y a quand même des ventes pendant la récession.

Mais là les casques de vélo devenaient populaires parce qu'aux États-Unis le casque rigide devenait obligatoire. Parce que les assureurs américains décident qu'il n'y aura plus de course si les casques ne sont pas rigides.


Louis Garneau aux Jeux olympiques de Los Angeles
photo : J. Merrithew

Moi, à l'époque, je courrais avec de petits casques, c'étaient de petits boudins. Ça m'a déjà donné une grosse commotion. Et ça a été assez catastrophique.

Là je vois le marché se développer. La compagnie Giro aux États-Unis se met à lancer ses casques. Il y a plein de monde qui se lance. Là je me suis dit : «Je pense qu'on a un petit créneau, on va essayer d'en faire.»

Pierre Marcotte : On est plus dans le tissu...

Louis Garneau : Sauf que le tissu recouvrait les casques. C'était de petits bonnets de lycra. J'en faisais des bonnets pour la compétition. Pourquoi je ne ferais pas l'intérieur ?

Les marges étaient intéressantes, le marché était bon, le vêtement avait baissé de 30%.

J'ai acheté environ cinquante casques de la compétition. J'ai fait un peu comme les Japonais font. Je les ai défaits. Inspectés. Brisés. Là je disais : «Qu'est-ce que je vais faire ? Il faut les améliorer. Agrandir les ouvertures. Les faire plus légers, plus résistants aux impacts.»

C'est à ce moment-là que j'ai déposé mon premier brevet, le LG8. Une base monocoque en plastique qui retenait le casque, qui le rendait plus fort lors d'impacts. Et on s'est fait connaître mondialement par cette innovation.

Les casques nous ont sauvé de la faillite.

Pierre Marcotte : Et la famille commence ?

Louis Garneau : La famille arrive. Il y a un certain confort qui commence à arriver. Les banquiers m'aimaient un peu plus parce qu'on rentrait un peu plus d'argent dans la compagnie.

Pierre Marcotte : On commençait à vous appeler Monsieur...

Louis Garneau : C'est ça. Au lieu de m'appeler à tous les jours, on m'appelait aux semaines. Ça allait mieux !

Et on a commencé à entrer des gens compétents au sein de l'entreprise. Directeur général-adjoint. Des bons administrateurs. On s'est mis à s'entourer.

Pierre Marcotte : Maintenant on parle que vous avez huit centres de production.

Louis Garneau : La maison-mère à Saint-Augustin, l'usine de casques, une petite usine de vêtements, on a une usine à Sainte-Foye, en plus une à Arma dans le comté de Bellechasse, bien entendu les États-Unis et, dernièrement, Chlorophyle, où on a fait une acquisition à Chicoutimi. C'est une belle société. Comme nous, environ 22-25 ans d'existence. Compagnie québécoise. Et je parle de ça, du Québec, parce que...

J'ai vécu une époque euphorique et à un moment donné les Américains sont venus cogner à un des mes kiosques. Un président de compagnie, Monsieur Terry Lee, me dit : «Monsieur Garneau, on est intéressés à acheter votre entreprise. How much ?»

En passant, c'est très flatteur de se faire dire ça. Vous savez, les Québécois, on veut tous être millionnaires, on achète des billets...

Je reviens à la maison et j'annonce la nouvelle. Monique, papa, maman. La seule personne qui n'a pas trouvé ça drôle, c'est ma mère. Mon père, lui, c'était le succès à 37 ans. «Louis, c'est la réussite, tu te reposeras !» Ma mère, je voyais qu'elle n'était pas trop d'accord.

On a commencé à aller voir les Américains. On a eu la visite. On a eu l'offre... Et à un moment donné... Je me rappelle, à l'époque, je faisais donc bien du chassis ! Je me promenais d'une fenêtre à l'autre. Des gens disaient : «C'est extraordinaire ce qui va t'arriver.» De l'autre côté, quand ta mère te regarde... et elle ne parle pas beaucoup. Et à un moment donné t'apprend que sa soeur, qui est religieuse, un samedi soir elle a fait prier le collège Saint-Damien pour empêcher qu'on vende aux Américains...

C'est très québécois, en passant. La religion, la Beauceronne qui veut que ça reste chez-nous.

À cette époque-là, je me disais... j'avais l'impression que je vendrais mon âme au diable. Je me disais : «Les Québécois m'ont mis au monde, c'est le Québec qui m'a encouragé» et, à un moment donné, j'ai dit: «Je ne peux pas faire ça à ceux qui m'ont toujours encouragé.»

Au début je livrais de mauvais produits parce que je n'avais pas l'expérience, on m'encourageait. On continue encore à m'encourager.

J'avais tellement peur un jour que mes garçons me disent : «Papa, pourquoi tu nous a pas laissé l'entreprise ? Pourquoi tu l'as vendue ?»

Je me suis mis à voir tant d'entreprises se vendre au Québec. On est en train, nous les Québécois, de perdre notre patrimoine, de liquider notre patrimoine industriel. Je trouve ça important qu'on soit les décideurs qui, par notre culture québécoise, par la forme de nos casques, la couleur de nos vêtements faits par nos designers, on exporte ça à travers le Québec, le Canada anglais, les États-Unis...

On entend parler, par les politiciens, d'être distincts. Moi je vous dis, sans parler de politique, c'est par l'action, par le produit, qu'on peut le faire, par l'innovation, que les Québécois peuvent laisser leur marque.

Pierre Marcotte : On est débrouillards, les Québécois, on est très ingénieux...

Louis Garneau : On est extraordinaires, sauf qu'on n'a pas de culture d'entreprise.

On est en affaires depuis les années 60. Armand Bombardier, les frères Lemaire, ce sont nos modèles. Et aujourd'hui, tous les jeunes qui se sont retrouvés en affaires, la première réaction, lorsqu'ils ont une offre sur la table, ils ont vendu, parce que c'était excitant, parce qu'ils voulaient faire la vie de jetset, c'était flatteur.

Pierre Marcotte : Mais la vie de jetset ne les a pas comblés, en général...

Louis Garneau : Non. Et contrairement aux familles anglophones du Québec, on voit les Molson, les Simmons dans le vêtement qui, depuis 150 ans, ont transmis de génération en génération l'entreprise. Pourquoi les Québécois ne se disent pas : «Aye, on les gardes-tu chez-nous nos entreprises ?»

On peux-tu dévoiler ceux qui vont vendre leur entreprise aux Américains ? On pourrais-tu dire : «Aye, gardez-les donc !»

Même si, peut-être, on est un peu moins riche, c'est pas grave, on n'a pas besoin de manger six fois par jour.

C'est un défi pour moi d'essayer d'envoyer l'entreprise à la deuxième génération. Les statistiques disent qu'il y a 70% de chances que ça ne se rende pas à la deuxième. Mais j'ai 30% à jouer et je joue la game. Je veux gagner cette partie-là. À partir de cette année, j'ai dit que je vais la transmettre aux enfants.

Pierre Marcotte : Vous avez dit un jour : «Je ne ferai jamais produire en Asie !». Ça, vous avez été obligé de déclarer forfait. Ça a été un Waterloo ?

Louis Garneau : J'avais pas le choix. C'est la compétition, la mondialisation. Je me suis rendu au maximum de ce qu'on pouvait faire avec les employés, d'essayer de faire tous les produits ici au Québec mais à un moment donné on perdait des ventes.

Il y a deux choix : tu t'entêtes sur une idéologie, tu ne t'adaptes pas à ton marché, tu te fais rentrer dans le corps et tu disparais du marché.

Je me disais, si on fait des souliers de vélo. On a essayé, ici au Québec, de voir si les gens pouvaient nous les produire. Le coûtant de les faire au Québec serait le vendant aujourd'hui. On pouvait pas dire que ce serait rentable de faire une usine. Alors, il y a certains produits qu'on dessine ici et qu'on fait sous-traiter en Asie. On a dit on va faire un partenariat avec les Asiatiques et on va continuer à travailler avec le Québec, les designers, les gens de marketing, les gens de la livraison, les administrateurs et on va continuer à faire des vêtements au Québec, mais des vêtements que les Asiatiques ne peuvent pas faire, la petite série. Tout ce qui est petit volume on va le garder ici. Tout ce qui est valeur ajoutée, tout ce qui est vêtement sublimé. Les Asiatiques ne font pas de sublimation.

Depuis qu'on a commencé à travailler avec l'Asie, on a presque pas perdu d'emplois et on est capable d'avoir encore 4-500 emplois au Québec. Mais on le fait différemment. On aura peut-être moins de couturières...

Pierre Marcotte : Comment ça se fait le commerce avec les Asiatiques. Ça aussi c'est une expérience, paraît-il ?

Louis Garneau : Premièrement, je vais vous dire, ils sont bons, ils sont excellents. 5000 ans avant Jésus-Christ, ils faisaient du commerce. Ils sont dédiés, ils sont responsables, ils sont honnêtes, ils sont rapides et ils travaillent tellement bien et tellement vite.

Pierre Marcotte : Est-ce que les contacts se sont établis facilement ?

Louis Garneau : Très facilement. Ma peur c'était d'avoir des arrivages et d'avoir des produits défectueux, pis dire : «Organises-toi avec, t'a perdu ton argent.» Ils sont responsables, ils sont des gens coopératifs.

Il y a deux choix : tu te mets en guerre contre eux et ils te rentrent dans le corps ou t'en fais des partenaires et t'essaie, dans cette mondialisation, de dire : Comment je fais pour garder les employés, comment je fais pour innover, comment je fais pour faire des nouveautés ?

Moi je me dis : il ne faut pas faire de racisme industriel, tant et aussi longtemps que tu n'affectes pas ta main d'oeuvre.

Il y a dix ans, il y avait 35% d'importation de vêtements au Québec. Aujourd'hui, il y en a 75%. Tu laisses aller, tu débarques du marché ou encore tu fais des alliances stratégiques.

Pierre Marcotte (montrant à l'écran un catalogue) : Vélo route et piste 2004. Qu'est-ce qu'on retrouve là-dedans ?

Louis Garneau : On retrouve la quatrième collection de vélos.

Quand je vous disais, tout à l'heure, que nous avons commencé avec les pantalons cyclistes, puis la sublimation, on a eu les casques, on a eu après ça les accessoires et j'avais toujours dit : Jamais je ne ferai de vélo, ce n'est pas notre métier. Et, à un moment donné, il y a quatre ans, j'ai décidé de faire des vélos, juste pour les enfants, pour mes enfants à moi. On avait décidé de faire des vélos et de les coordonner à des casques. On disait, en s'amusant, dans les salons avec les anglais : Maintenant on a des «accessoires» pour nos casques ! On les a nommés les vélos Félix et William. Ça nous a positionné dans le vélo, doucement.

Et il y a une autre raison aussi. Depuis environ dix ans, personne le sait, les Japonais font des vélos Louis Garneau, haut de gamme. Et quand les Japonais me l'ont demandé, la société Aki, ils voulaient avoir un droit sur le nom pour produire des vélos haut de gamme Louis Garneau, j'ai dit à Monique : «Si ça va pas, bien c'est au Japon, personne va le savoir au Québec et au Canada.»

Pierre Marcotte : Ils avaient des ventes exclusivement au Japon ?

Louis Garneau : Seulement au Japon. Et j'ai vu les ventes progresser d'année en année. C'est devenu la sixième marque la plus vendue au Japon. Pour eux, le Canada ça veut dire haut de gamme. La marque Louis Garneau ça ressemble à Louis Vuitton, les sacs, ça fait très haut de gamme, et vu leur succès, on a dit : Pourquoi on ferait pas des vélos ? Et on a commencé à faire des vélos d'enfants. Et j'ai été obligé de faire des vélos de route, parce que mes garçons ont commencé à courir en vélo et j'ai dit : « Je ne suis pas pour les mettre sur des vélos de la compétition, alors je vais leur faire des vélos de route. »

Alors on a commencé comme ça. Ça commence toujours avec un lien familial, avec beaucoup d'émotion et beaucoup de coeur.

Savez-vous combien on a de produits ? 2000 produits chez Louis Garneau. On a 7-8 catalogues par année. Savez-vous combien de permutations, si on calcule les grandeurs et les couleurs de tous nos produits ? Ça donne au dessus de 37 à 40 000 permutations.

Alors imaginez-vous comment on a à gérer de styles de produits, de couleurs. Et on fait ça chez nous, à Saint-Augustin.

On est maintenant le #1 dans le vêtement personnalisé dans le cyclisme en Amérique du nord.

Pierre Marcotte : Vous êtes rendu dans les équipements ?

Louis Garneau : Les vélos stationnaires. Une spécialité. Parce que nos gens qui font du vélo l'été, on ne les abandonne pas l'hiver.

Pierre Marcotte (montrant un catalogue) : D'autres vêtements ?

Louis Garneau : Après vingt ans, on est les #1 en Amérique du nord dans les commandes de vêtements personnalisés. On est le plus grand aux États-Unis, on fait des milliers d'équipes. On en fait au Japon, on en fait à travers l'Europe. C'est tout fait à Saint-Augustin. On est dans une vingtaine de pays.

Pierre Marcotte : On peut pas parler de retraite ?

Louis Garneau : Je pense pas. Tant que j'aurai la santé. La plus belle chose que la vie m'a donné, c'est la santé. C'est la chose que je respecte le plus. Tant que j'aurai la santé, je vais foncer dans la vie et je vais essayer d'être le meilleur possible dans tout ce que je fais et d'essayer d'avoir une vie heureuse avec ma famille.


Vous pouvez également consulter un historique de l'entreprise et visiter le site Louis Garneau.com


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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