Une chronique joyeuse et guillerette

25 juillet :
Aujourd'hui, vous aurez droit à une chronique joyeuse et guillerette.
Pas de larme à l'œil prévue au programme!
Notre Isabelle évolue très bien.
Alors on s'autorise, tout le monde, une bonne bouffée d'optimisme!

Elle vient de terminer avec brio sa première semaine intensive de réadaptation.
À cet institut, chaque chambre est dotée d'un tableau sur lequel les thérapeutes indiquent l'horaire de la journée.

Le sien, trônant devant son lit, affichait cette semaine un agenda de premier ministre. Il était noirci de plages horaires alternant entre la physiothérapie, l'ergothérapie, l'orthophonie et la neuropsychologie.
À peine une petite pause syndicale pour le lunch.

Après s'être soumise docilement à toutes ces sessions de remise à neuf, jour après jour, je peux vous assurer qu'elle a fait des progrès remarquables.

D'abord en physio: après quelques promenades dans le jardin extérieur, on l'a installée sur un tapis roulant en variant les consignes (petits pas par devant, à reculons, sur le côté...) où elle s'est si bien débrouillée qu'elle jouit à présent d'une démarche solide, sans usage de la canne. Elle a même pédalé 15 minutes sur un vélo stationnaire!
(J'étais déçue d'apprendre qu'elle ne portait pas son casque...on n'est jamais trop prudent!)

En ergo, on lui réapprend à se débrouiller toute seule dans les tâches quotidiennes. Pour les soins d'hygiène, par exemple. La douche comporte encore certains enjeux, du fait qu'elle ne dispose que d'un seul bras. Mais avec de l'aide, on y arrive.

Je me souviens de la première douche "post-coma" que Marie-Maude et moi avons entrepris de lui donner, alors qu'elle était encore clouée au fauteuil roulant.

N'en pouvant plus du "shampoing sec", cet espèce de truc immonde et collant qu'on vaporise sur des cheveux emmêlés et tout cotonés sans obtenir de résultats très concluants, nous avions kidnappé Isabelle pour l'amener sous une vraie douche.

Difficile de faire ça discrètement car nous sommes ressorties de là aussi trempées l'une que l'autre!
Pas grave: dans de joyeuses ablutions, l'une la savonnait et l'autre la shampouinait, ça faisait de la mousse et ça sentait bon.
Isabelle était contente.

On l'a ensuite roulée à la station "séchage de cheveux" qu'on avait improvisée tout près d'une prise de courant. Puis, roulée encore à la station "fer plat", et enfin, à celle du "maquillage léger".
On se serait cru dans un car wash.
Il ne manquait que l'application de la cire chaude!
Elle était radieuse en sortant de ce spa impromptu.

Aujourd'hui, elle se débrouille assez bien avec toutes ces opérations capillaires et cosmétiques, sans requérir beaucoup d'assistance.

Je l'ai rejointe hier en pleine session d'orthophonie. On lui a fait travailler les cordes vocales, encore un peu enrouées après le passage du tube endotrachéal. Afin qu'elle retrouve sa belle voix radiophonique, elle doit faire des vocalises comme une diva se préparant à entrer sur scène. Elle s'acquitte de tout ça plutôt bien.

Ensuite, on a joué à un jeu consistant à piger un mot en tentant de le faire deviner à l'adversaire par des indices, sans le nommer.
Fort amusant.
(J'adore l'orthophonie!)

En plus d'être divertissant, cet exercice permet de reconnecter tout le réseau lexical pour rehausser le vocabulaire et accéder à la mémoire des mots.
Très pratique, quand on exerce le métier de ma sœur.
Quoiqu'encore un peu ralentie, je l'ai trouvée très bonne. Prometteur.

Prochain défi prévu pour la semaine prochaine:
Interviewer l'orthophoniste.
Je ne sais pas si Isabelle prévoit simuler une entrevue dans le genre "Commission Charbonneau", mais cette pauvre petite orthophoniste toute jolie et menue, à qui on donnerait sur le champ le Bon Dieu sans confession, n'a qu'à bien se tenir!

De retour à sa chambre, j'ai été enchantée de constater que partout où je posais les yeux, il y avait...du chocolat!!!
J'ai dû me pincer, croyant rêver.

Elle m'a dit que depuis une certaine chronique dans laquelle je relatais sa violente fringale, elle avait reçu du chocolat comme s'il en pleuvait.

Un de ces délicieux paniers avait été envoyé par nul autre que son dentiste! Outrée, j'ai menacé de le dénoncer à son ordre professionnel, alors Isabelle m'a soudoyée en m'offrant d'en partager le contenu avec moi.
Ça m'a calmée.

Isabelle a beau être droite comme la justice et même en faire son métier, j'ai décrété que devant tout cet étalage de chocolat, un peu de collusion avec sa sœur chérie n'avait rien de répréhensible.

Je vous redonnerai d'autres nouvelles la semaine prochaine, alors que je retournerai à son institut de réadaptation jouer aux charades avec elle, la faire chanter et danser tout en m'empiffrant de chocolat. Franchement, aider ma sœur à se réadapter, ça me plaît beaucoup!

Geneviève


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