31 mars 2008

Fini le téléphone à la main !

Le Québec, où l'usage du téléphone portable au volant sera interdit à compter de demain, rejoint la plupart des pays industrialisés, qui pénalisent le conducteur en conversation au moyen d'un téléphone cellulaire, mais tolèrent, dans la plupart des cas, l'utilisation des installations mains libres.

Éric Lefrançois

À quoi bon, puisque c'est la conversation téléphonique au volant en tant que telle qui distrait la conduite, et non l'équipement utilisé. Téléphoner en voiture sera-t-il un jour interdit ?

Vous pensez que le gouvernement vous incite à adopter une bonne conduite en vous permettant de vous munir d'un dispositif mains libres. Raté ! Plusieurs études scientifiques démontrent qu'au volant l'attention chute de plus d'un tiers avec cet outil.

Pis encore, l'utilisation d'un dispositif mains libres a aussi un effet pervers : il donne vraiment aux conducteurs un faux sentiment de sécurité. Les experts estiment en effet que la perturbation de l'attention des conducteurs qui téléphonent vient tout autant de la manipulation physique de l'appareil que de la perte de concentration.

C'est bien connu, sur les routes, certains automobilistes font de dangereuses embardées pour manœuvrer leur véhicule sans interrompre leur conversation téléphonique.

Dès demain, 1er avril, les policiers avertiront les automobilistes pour usage d'un téléphone portable au volant. La solution ? Le dispositif mains libres qui, au moment où vous lirez ces lignes, sera de toute évidence en rupture de stock chez votre fournisseur.

N'ayez crainte, notre gouvernement est bon. Il nous laisse un sursis de trois mois. Mais, à compter du 1er juillet, le téléphone portable au volant pourrait vous coûter cher. Très cher. Trois points de moins (c'est clair que madame la ministre ne conduit pas) sur le permis et jusqu'à 100$ d'amende. On peut légitimement douter que la route sera plus sûre, mais c'est certain que la caisse du gouvernement y gagnera.

Voilà une mesure qui incitera les forces de l'ordre à garder l'oeil ouvert. Après la ceinture de sécurité, ils auront en effet le mandat de vérifier si vous n'avez pas un portable collé à l'oreille.

On se demande bien pourquoi les autorités n'ont pas profité de l'occasion pour interdire aussi de griller une cigarette, de manger un sandwich ou encore de boire un café en conduisant. C'est aussi dangereux.

Êtes-vous toujours aussi attentif au volant lorsque la moutarde de votre hot-dog dégouline sur votre pantalon ou que votre clope laisse tomber une escarbille sur la moquette ? Alors, éliminons le cendrier (c'est presque fait) et les accoudoirs trop larges (souvent confondus avec des tables) et les porte-gobelets. N'ayons qu'une seule et même devise : tout conducteur doit se tenir constamment en état et en position d'exécuter commodément et sans délai toutes les manoeuvres qui lui incombent. C'est ridicule, mais l'approche du gouvernement ne l'est-elle pas autant ?

Sur une note plus sérieuse, une étude américaine, publiée dans la revue Brain Research, apporte une réponse scientifique à cette question du mains libres. Des chercheurs du centre d'imagerie cérébrale de l'Université Carnegie Mellon de Pittsburgh ont démontré que l'attention d'un automobiliste sur sa conduite chute de plus d'un tiers au cours d'une conversation téléphonique en mains libres. Pas convaincu ?

Alors, voilà une autre étude - australienne celle-là -, qui soutient que le fait de téléphoner au volant avec un appareil mains libres est une pratique presque aussi dangereuse qu'avec un téléphone tenu en main : le risque d'accident est multiplié par 3,8 avec le mains libres et par 4,9 avec un téléphone tenu en main.

Même son de cloche en France, où l'Observatoire national interministériel de sécurité routière relève la dangerosité des appels téléphoniques effectués à l'aide de kits mains libres. Là-bas aussi, on recommande l'interdiction complète du téléphone au volant.

Tous les intervenants s'accordent pour dire que l'interdiction de l'utilisation du téléphone cellulaire, même en utilisation mains libres, relève de l'utopie. C'est vrai. Il serait difficile, voire impossible, pour les forces de l'ordre d'appliquer un tel règlement («je ne parlais pas au téléphone, je chantais, monsieur l'agent»). Il existe toutefois une solution, une seule : après un accident de la circulation, par exemple, il serait possible de vérifier, auprès des opérateurs de téléphonie mobile, si le conducteur était au téléphone au moment de l'accident. Une idée comme ça qui pourrait également s'appliquer aux pneus d'hiver...

Chose certaine, tous ces rapports soulignent qu'une interdiction totale du téléphone au volant réduirait de 7 à 8% le nombre d'accidents. Monsieur De Koninck, vous êtes mathématicien, non ? Alors, on sauverait combien de vies ?


La rage du téléphone

Mathieu Perreault

« Raccroche et conduis ! »

En voyant cet autocollant installé sur un pare-chocs, Andrew McGarva a eu une idée. Le psychologue de l'Université d'État du Dakota du Nord a voulu vérifier si un automobiliste lambin qui parle au téléphone suscite plus d'impatience chez les conducteurs qui le suivent. La réponse est claire et nette : oui, tant chez les hommes que chez les femmes.

« Les hommes ont tendance à klaxonner plus longuement et plus rapidement une personne qui conduit en dessous de la vitesse limite, ou qui ne démarre pas rapidement quand la lumière tourne au vert, explique M. McGarva en entrevue téléphonique. Les femmes, elles, lèvent les yeux au ciel et ont des expressions agressives sur le visage. L'effet est évident. »

L'expérience était divisée en deux sections : la conduite à 15 km/h dans des zones de 40 km/h et 65 km/h, et un délai de 15 secondes avant de démarrer à un feu vert. À chaque fois, il y avait deux expérimentateurs: un qui conduisait, l'autre qui prenait des notes. Une caméra cachée captait l'expression du visage de l'automobiliste qui était juste derrière les expérimentateurs. En tout, 165 cobayes ont été filmés, la moitié alors qu'ils suivaient un automobiliste parlant au téléphone.

Ces résultats sont-ils transposables dans les villes ? « Je suis justement en train de chercher du financement pour le savoir, dit M. McGarva. En ville, il y aura soit un effet de désensibilisation, qui rendrait les automobilistes plus tolérants, ou alors une accumulation de stimuli qui leur donnerait la mèche courte. Je pense personnellement qu'il y aura encore plus d'impatience envers les utilisateurs de téléphones, à cause de la congestion et de l'anonymat. Il est démontré que plus il y a de personnes, plus il y a d'agressions : par exemple, si 40 personnes sont entassées dans un ascenseur. Et à Dickinson, où nous avons fait l'expérience, tout le monde se connaît - la ville ne compte que 17 000 habitants. Moi-même, qui n'habite ici que depuis 10 ans, j'ai reconnu trois des 50 cobayes que nous avons filmés. Si on klaxonne un lambin, on risque de se rendre compte qu'il s'agit de notre patron et qu'il n'est pas content.» Le manque d'anonymat compense amplement l'intolérance plus grande dans les petites villes envers les gens qui dévient de la norme, selon M. McGarva.

Le psychologue américain s'intéresse depuis des années à la conduite agressive. « C'est en bonne partie parce que je suis moi-même un conducteur agressif et intolérant. Je suis l'une des rares personnes qui n'a pas de téléphone portable, alors ça m'irrite profondément de voir ces étudiantes qui tiennent d'une main le téléphone, de l'autre un rouge à lèvres, et qui laissent le volant à lui-même, en avançant à un pas de tortue pour ne pas prendre le champ.»

Justement, la lenteur n'est elle pas une manière de compenser la diminution de la capacité d'attention quand on parle au téléphone ? « Peut-être, mais ça n'empêche pas qu'on est un danger public. Cela dit, je vois parfois des gens rouler à tombeau ouvert tout en parlant au téléphone, et ça me sidère ».

Que se produit-il quand des lois obligent l'utilisation d'un dispositif mains libres ? « A priori, ça devrait atténuer un peu l'agressivité, parce qu'il est alors plus difficile de savoir si une personne utilise un téléphone. Particulièrement s'il s'agit d'un microphone. Mais encore là, c'est assez facile de voir qu'une personne parle au téléphone si elle est seule dans sa voiture. Disons que c'est un bénéfice imprévu de ce type de lois. »


Gadgets pour se libérer de l'emprise du sans-fil

Alain McKenna

À compter de demain, il sera interdit de conduire son téléphone sans fil tout en parlant au volant de sa voiture au Québec, car la distraction qui en résulte peut se traduire par de drôles de phrases. Plus sérieusement, des études répétées révèlent que les risques d'accident sont quatre fois plus élevés dans ces circonstances. Le gouvernement a finalement décidé de bannir cette mauvaise habitude.

Québec laisse cependant une chance aux bavards, puisque les téléphones mains libres, eux, seront toujours autorisés. Même dans trois mois, période après laquelle les forces policières feront plus qu'avertir les fautifs au sujet de la nouvelle loi.

Il ne faut pas se surprendre si, d'ici là, les fabricants et détaillants d'appareils électroniques font des pieds et des mains pour essayer de vendre des petits accessoires qui, justement, tentent de libérer nos membres de l'emprise du sans-fil.

Mains libres
Parmi ces gadgets utiles, les téléphones mains libres sans fil sont sans doute les plus populaires. On voit déjà que de nombreuses personnes portent constamment un tel appareil à l'oreille, non seulement dans la voiture, mais dans la rue, au bureau ou même dans l'avion (!).

Évidemment, il est toujours possible de conserver un minimum de discrétion, en faisant confiance à un mains libres qui se glisse aisément dans la poche quand il est inutilisé. Ou, comme le BH-201 de Nokia, qui s'attache à une chaînette qu'on porte au cou, une façon simple et efficace de trimballer son mains-libres. Vendu 80$, ce mains-libres est compatible avec tout téléphone muni d'un émetteur Bluetooth, et peut se jumeler automatiquement dès qu'il est à proximité. On peut donc le laisser dans la voiture et ne s'en servir que lors d'un appel important.

Pour la voiture
Cela dit, il existe des appareils conçus exclusivement pour la voiture. Sony Ericsson vient tout juste d'annoncer la mise en marché, ce printemps, d'un nouveau modèle de mains-libres pour la voiture qui fait un peu plus que transmettre le signal vocal du sans-fil. Avec son petit afficheur, il indique également le numéro ou le nom de l'appelant, ce qui permet de filtrer les appels et, ainsi, de réduire la distraction au volant.

Car d'autres études suggèrent que le conducteur est davantage distrait par le fait de parler à un interlocuteur extérieur que par l'appareil utilisé pour le faire. Même un mains-libres ne parvient pas à éliminer tous les moments d'inattention qui peuvent causer un accident ou à une manoeuvre dangereuse.

Intégré à la sono
Ça n'empêche pas les constructeurs d'automobiles d'être eux aussi sensibles à cette question. Introduit par Ford sur la Focus, sa petite berline, l'an dernier, le système de divertissement Sync, conçu conjointement avec Microsoft, possède une fonction mains libres qui prend en charge les appels faits ou reçus sur son téléphone.

Ce système a l'avantage d'être contrôlé entièrement par commandes vocales, une caractéristique qu'on retrouve rarement dans les dispositifs intégrés à l'automobile. General Motors, avec son système OnStar, permet aussi d'effectuer des appels sans recourir directement au sans-fil. En attendant que la voiture se conduise d'elle-même, ce compromis réduit les risques de distraction, même si la meilleure solution est, tout simplement, de se rendre à destination avant d'utiliser son sans-fil...


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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