29 mars 2008À partir de mardi, un système mains libres sera obligatoire au volant
À partir de mardi, les automobilistes québécois devront s'habituer à de nouvelles réalités. Suivant la tendance internationale, le Québec imposera désormais l'utilisation d'un système mains libres au volant. De plus, les amendes pour vitesse excessive augmenteront considérablement. De quoi faire réfléchir les pilotes de course en herbe à l'approche de l'été...
Mathieu Perreault
À partir de mardi, les automobilistes ne pourront plus conduire d'une main en tenant un téléphone de l'autre main. Un système mains libres devra être utilisé, et le combiné devra être accroché au tableau de bord lorsqu'on compose un numéro.
La nouvelle loi québécoise fait partie d'une tendance mondiale. Selon une évaluation américaine, une trentaine de pays et sept États américains imposent le mains libres au volant. Dans un souci d'uniformité, une dizaine d'États américains ont interdit aux municipalités de bannir elles-mêmes les portables. Au Canada, seule Terre-Neuve est dans le coup, depuis 2003.
Des études australienne, canadienne et américaine ont montré que le risque d'accident augmente de quatre fois lorsqu'on parle au téléphone en conduisant. À titre de comparaison, une alcoolémie de 0,05 à 0,08 augmente le risque de 4,5 fois, et une alcoolémie supérieure à 0,08 l'augmente de 24 fois, selon une étude de 2004 de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ).
En théorie, le système mains libres devrait même être interdit, puisqu'il cause presque autant d'accidents. La SAAQ souligne d'ailleurs que l'usage du téléphone en voiture est toujours déconseillé.
« Dans un monde idéal, personne n'utiliserait de téléphone sur la route », explique Anne McCartt, psychologue à l'Institut sur la sécurité routière, un organisme financé par les compagnies d'assurances américaines, qui a publié en 2006 une recension des études sur le sujet. « Mais aucun pays n'a jamais interdit le mains libres, parce que l'interdiction serait trop difficile à faire respecter par les policiers. Par contre, certains États interdisent le téléphone chez les jeunes conducteurs et chez les chauffeurs d'autobus, parce que dans ce cas, les policiers ne sont pas les seuls à surveiller le respect de la loi. Il y a aussi les parents dans le cas des jeunes, et les passagers de l'autobus. »
Le principal problème du téléphone en voiture, c'est l'absence de l'interlocuteur, selon Mme McCartt. « Quand on a une conversation avec un passager, ce dernier peut l'interrompre s'il voit que le conducteur doit faire une manoeuvre délicate. »
Une linguiste suisse a d'ailleurs démontré, à l'aide de plusieurs études, que les conversations entre un conducteur et un passager se distinguent par une fréquence particulièrement élevée de pauses.
L'interdiction des portables tenus à la main pourrait toutefois être bénéfique en apposant un stigmate sur le téléphone au volant en général. C'est du moins la thèse avancée par l'un des experts entendus par une commission parlementaire québécoise en 2006. D'autres experts estiment qu'au contraire, les lois actuelles suscitent un faux sentiment de sécurité chez les utilisateurs de mains libres.
Les rares économistes à s'intéresser au dossier suggèrent par ailleurs que le portable au volant a des avantages indéniables, notamment au niveau de la conciliation travail-famille, parce qu'il permet de limiter le temps passé au bureau. C'est un peu comme la hausse des limites de vitesse aux États-Unis, qui a été acceptée même si elle détériore le bilan routier, à cause des avantages.
Jusqu'en juillet, les policiers se limiteront à donner des avertissements aux automobilistes délinquants. Par la suite, la contravention sera de 115$ à 135$, accompagnée de trois points d'inaptitude. Et pas question de profiter d'un feu rouge ou d'un embouteillage pour faire un petit appel ou même composer un numéro en tenant l'appareil dans sa main : le véhicule sera alors considéré comme en mouvement. Les modalités de contestation des contraventions ne sont toutefois pas encore claires. À Washington, par exemple, les juges acceptent généralement d'annuler une contravention si l'automobiliste fournit une preuve d'achat d'un dispositif mains libres antérieure à la date de la contravention. À la SAAQ, le relationniste Gino Desrosiers s'est limité à indiquer que la loi ne prévoyait pas cette possibilité.
Les lois contre le cellulaire permettent-elles vraiment de diminuer le nombre d'accidents ? Personne n'a été en mesure de le prouver, selon Mme McCartt. « Aucune étude n'a réussi à montrer que le fait de donner plus de contraventions pour excès de vitesse ou pour alcool au volant réduit le nombre d'accidents en général, dit-elle. II faut nous limiter à analyser les données des accidents, pour voir si ceux qui ont été causés par l'alcool ou la vitesse diminuent. C'est impossible avec le téléphone, parce que c'est très difficile pour un policier d'être certain que la personne parlait quand elle a eu son accident. Et même avec l'alcool, qui devrait être facile à mesurer, les données sont parfois contradictoires. Face à ces défis méthodologiques, il faut se fier aux effets prévus en théorie. »
Même si certaines études indiquent qu'ils peuvent causér des accidents s'ils ne sont pas bien utilisés, les navigateurs GPS échappent à la plupart des lois sur la distraction au volant partout sur la planète.
Au Québec, la loi stipule simplement qu'ils doivent être fixés au tableau de bord de manière à ne pas nuire au champ de vision du conducteur, ni à l'accès aux commandes.
Lan dernier, une étude menée par des compagnies d'assurances hollandaises montrait que lors d'un voyage vers une destination avec laquelle ils ne sont pas familiers, les utilisateurs de navigateurs GPS font 12% plus d'accidents, mais parcourent 16% moins de kilomètres.
Des médias européens ont également rapporté que les raccourcis suggérés par certains navigateurs augmentaient sensiblement le nombre d'accidents et la circulation dans les petits villages.
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