1er avril 2008
À compter d'aujourd'hui, il est interdit d'avoir un téléphone cellulaire en main lorsqu'on conduit une automobile. De plus, en vertu des amendements adoptés l'an dernier au Code de la sécurité routière, les grands excès de vitesse seront punis plus sévèrement.
André Pratte
Ces changements s'imposaient et sont bienvenus. Quel automobiliste n'a pas constaté combien le fait d'avoir un combiné à la main rend la conduite moins sûre ? On sait aussi que ce sont moins les automobilistes roulant à 120 km/h sur la 20 qui causent des accidents que ceux filant à tombeau ouvert sur les routes secondaires. Ces fous du volant s'exposeront dorénavant à des amendes salées (plus de 500$) et à des pertes de 6 à 14 points d'inaptitude.
Ces mesures ont été mises en place dans la foulée de deux années particulièrement meurtrières sur les routes québécoises. En 2005, 707 personnes avaient été tuées dans des accidents de la route; en 2006, le nombre de victimes avait atteint 721, un sommet depuis 2000.
Or, avant même que le nouveau Code n'entre en vigueur ce matin, les choses se sont beaucoup améliorées. Selon les statistiques publiées il y a trois semaines, le nombre de personnes ayant péri dans des accidents de la route a chuté à 608 (-16%) l'année dernière, le meilleur bilan des 60 dernières années. Que s'est-il passé ?
Il s'est passé que 2007 a été déclarée «Année de la sécurité routière». Cela s'est traduit par d'importantes campagnes de sensibilisation. Mais surtout, les corps policiers municipaux et provincial ont multiplié les interventions. Les agents de la Sûreté du Québec ont dressé 510 000 constats d'infraction en 2007, 220 000 de plus que l'année précédente et 280 000 de plus qu'en 2005. Cette présence policière accrue a, de toute évidence, eu un impact considérable : plus de 100 vies sauvées !
Il faut dire qu'en 2005 et 2006, les policiers de la Sûreté du Québec avaient été particulièrement timides, notamment en raison des moyens de pression mis en place dans le cadre de la négociation de leur convention collective. L'augmentation du nombre de décès sur les routes pendant ces deux années et la baisse enregistrée en 2007 indiquent que, malgré ce que prétendent les représentants syndicaux, de tels moyens de pression ont des conséquences extrêmement graves pour la sécurité de la population. Les agents de la SQ ne devraient plus jamais y avoir recours, sous peine de manquer de manière flagrante à leur devoir.
L'effet spectaculaire de la surveillance policière accrue sur le bilan routier de 2007 démontre aussi que plus que la sévérité des sanctions, l'évaluation faite par l'automobiliste du risque de se faire prendre a un effet dissuasif. C'est pourquoi il faut souhaiter que les policiers continuent d'être aussi vigilants qu'ils l'ont été l'an dernier. La diminution de la mortalité constatée en 2007 devrait être le début d'une tendance, pas une exception.
Cette vigilance doit toutefois être exercée de façon intelligente. L'objectif doit être de prévenir la conduite dangereuse, en particulier dans les endroits où les risques sont élevés. Les corps policiers nuiront à l'efficacité et à la crédibilité de leurs opérations si celles-ci visent davantage des objectifs financiers que la prévention des accidents.
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