Québec donne un coup de barre pour redresser un bilan routier en constante détérioration depuis 2001. Le cellulaire sera interdit au volant, les cours de conduite redeviendront obligatoires et 15 radars photo et caméras de surveillance aux feux rouges feront leur apparition dès janvier 2008.
Martin Pelchat
Les 23 recommandations du rapport de la Table de la sécurité routière de Jean-Marie De Koninck venaient à peine d’être rendues publiques, hier matin, que la ministre des Transports, Julie Boulet, a annoncé son intention de passer à l’action dès l’automne en ciblant six « actions prioritaires », dont également des sanctions et amendes plus sévères contre la vitesse excessive et l’alcool au volant. L’objectif : soustraire d’ici 2009 au moins une centaine de décès au bilan routier, pour passer de 717 à 610, comme en 2001, la meilleure année qu’a connue le Québec.
« Deux décès par jour, une victime à toutes les 10 minutes sur les routes du Québec, c’est effarant », a lancé la ministre.
Sa décision de déposer cet automne un projet de loi pour interdire le cellulaire au volant mais en permettant le dispositif mains libres en a surpris plusieurs, d’autant plus que le rapport de M. De Koninck précise que le « surrisque » associé au cellulaire «existe autant pour le mains libres que pour le combiné ». L’Institut national de santé publique a d’ailleurs précisé dans un avis que permettre uniquement le mains libres pourrait avoir un « effet pervers » en procurant un « faux sentiment de sécurité ».
La ministre plaide qu’interdire le combiné — sous peine de trois points d’inaptitude et de 80 $ à 100 $ d’amende — est « une première étape ». « C’est une message fort qu’on envoie aux citoyens, qui dit qu’on ne peut pas avoir une discussion au téléphone puis avoir juste une main sur le volant, pitonner en même temps un numéro et écouter. » Cinquante pays interdisent le combiné et seuls la Grèce et le Brésil prohibent aussi le mains libres, note-t-elle. Au Canada, Terre-Neuve interdit le combiné.
En donnant suite au projet-pilote pour expérimenter radars photo et caméras de surveillance aux feux rouges (qui photographient la plaque de ceux qui les grillent), elle fait sienne une recommandation phare du rapport De Koninck contre la vitesse au volant. Et promet que les revenus de ces appareils lucratifs n’iront pas aider l’État à équilibrer ses comptes. « L’argent sera retourné en partie pour la sécurité routière. Ça implique les corps policiers et les municipalités. Une portion ira aussi à des organismes qui vont soutenir et accompagner des victimes de la route. »
Un groupe de travail identifiera 15 sites cet automne. Il s’agira de zones « accidentogènes » peu accessibles aux policiers. Neuf radars photo et six caméras aux feux rouges seront installés dans trois régions dès janvier. Chaque appareil sera annoncé par deux panneaux et leur emplacement disponible dans Internet. Le projet durera 18 mois et sera réévalué après un an.
Calmer les fous du volant
Pour calmer les fous du volant, la ministre punira du double des amendes et des points d’inaptitude les dépassements de 40, 50 et 60 km/h selon les zones. C’est ainsi qu’un conducteur roulant à 96 km/h dans une zone de 50 devra payer 480 $ et perdra 10 points. Son permis sera de plus suspendu pour une semaine. L’arsenal contre l’alcool au volant sera aussi amélioré. La suspension immédiate du permis pour une première infraction triplera, passant de 30 à 90 jours. En cas de récidive, la voiture sera saisie 30 jours. Les chauffards pincés avec le double de la limite d’alcool dans le sang auront des sanctions plus sévères. De plus, Québec introduira comme plusieurs autres provinces une suspension du permis de 24 heures pour des alcoolémies entre ,05 et ,08. « Il faut donner un signal clair que la capacité de conduite affaiblie par l’alcool commence bien avant ,08 », insiste Mme Boulet.
L’accès à la conduite pour les apprentis s’appuiera sur des délais plus longs et Québec rendra de nouveau obligatoires les cours de conduite. Et ce même si la Table n’a pas jugé bon d’en faire une recommandation, estimant que ces cours n’ont pas d’impact. Julie Boulet considère néanmoins que les règles sont incohérentes. « On oblige des cours de conduite pour un petit bateau avec un moteur deux forces, pour des motocyclettes, pour les véhicules hors route. Comment expliquer qu’un jeune de 16 ans peut prendre la route avec un véhicule qui peut aller à des vitesses effarantes et qu’on ne l’encadre pas mieux ? » Le contenu des cours sera cependant revu.
Enfin Québec imitera l’Ontario et imposera les limiteurs de vitesse à 105 km/h pour les camions lourds.
Le président de la Table, Jean-Marie De Koninck, s’est réjoui hier des initiatives de la ministre, y voyant la démonstration que son rapport, qui appelait à un train de mesures contre la vitesse et l’alcool, ne restera pas sur des tablettes. Surtout que Québec pourrait donner suite à d’autres recommandations, notamment celles « d’encadrer » les publicités des constructeurs automobiles qui font la promotion de la vitesse et de mettre en place des aménagements favorisant piétons et cyclistes.
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