Dans un avis scientifique au ministre de la Santé qui sera rendu public sous peu, les experts québécois de la santé publique recommandent l’interdiction du téléphone cellulaire au volant, ainsi que du dispositif mains libres.
Martin Pelchat
L’avis de l’Institut national de santé publique du Québec conclut, après analyse des données scientifiques disponibles, que l’usage du cellulaire au volant comporte bien un « excès de risques », a appris Le Soleil. Et que le dispositif mains libres ne constitue pas une façon d’échapper aux risques du combiné au volant. Ces conclusions ont été livrées mercredi dernier aux membres de la Table québécoise de la sécurité routière.
L’avis stipule que « le cellulaire affecte négativement les tâches de nature cognitive, visuelle et biomécanique » et a pour effet « d’augmenter le risque de collision ». « Selon toutes les études épidémiologiques consultées, les utilisateurs de cellulaires affichent des taux de collision supérieurs aux non-utilisateurs », précisent les auteurs. Ils évoquent le fait que trois études ont établi que les utilisateurs multiplient en fait d’environ quatre fois ce risque de collision et que cela n’est pas dû à une propension accrue à prendre des risques chez les utilisateurs.
Les études montrent également que le risque croît avec l’usage, y note-t-on, écartant la thèse que les plus grands utilisateurs sont moins à risque parce que plus « habitués ».
« Ce qu’on dit, c’est que dans un intérêt de santé publique, si ce qui nous préoccupe est de réduire les décès et les blessés graves, ce serait une bonne idée de l’interdire », confirme Réal Morin, de qui relèvent les questions de sécurité à l’Institut national de santé publique.
« Ce qui est bien clair dans l’avis qu’on va sortir, c’est qu’il y a un excès de risques lié à l’utilisation du cellulaire au volant, poursuit-il. Un excès de risques qui n’est pas phénoménal — ce n’est pas 10 fois plus risqué, je dirais —, mais il y a tellement de monde qui l’utilise que ça veut dire un nombre significatif de morts ou de blessés en bout de course.
« Et ce qui est bien important, c’est que l’excès de risques est aussi vrai, qu’on soit en mains libres ou non, insiste-t-il. Ce que ça exige aux niveaux cognitif, visuel, moteur etc. est tel que ça nuit autant que si on avait dans les mains le fameux combiné. » Pas question donc pour l’Institut d’acquiescer à des compromis à ce sujet, dit M. Morin, joint hier par Le Soleil. « Des compromis législatifs là-dessus pourraient être dangereux parce que pourraient laisser entendre au public que si on achète un mains libres, on a réglé le problème. »
Contrôle, pas interdiction
Selon ce que Le Soleil a appris, la Table québécoise de la sécurité routière, qui doit présenter en juin ses recommandations au ministre des Transports pour améliorer le bilan routier, est arrivée à un consensus sur le cellulaire au volant qui ne parle toutefois pas d’interdiction, mais de « contrôle » de cet usage.
« La Table est favorable à l’introduction d’une nouvelle législation visant à contrôler l’usage du téléphone cellulaire au volant, précise la proposition de recommandation. À cet égard, elle est disposée à collaborer avec le gouvernement du Québec dans le but d’élaborer une démarche qui permettrait de préciser les paramètres et la portée d’une telle législation. »
Interrogé sur ce libellé, M. Morin, qui représente l’Institut national de santé publique à la Table, s’y est montré favorable. « Ce sont des portes ouvertes raisonnables », dit-il.
L’Institut ne se prononce d’ailleurs pas, dans son avis, sur l’application d’une éventuelle interdiction du cellulaire ou sur le processus législatif. « Le pas suivant, les impacts pour les industries, pour l’application de la loi, c’est une autre partie, qui est importante à considérer et qui fait l’objet de discussions », explique M. Morin.
On évalue présentement à 17 millions le nombre d’usagers du cellulaire au Canada et il est estimé que la plupart s’en servent au volant.
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