Excellente initiative que celle de Québec visant à renforcer la sécurité routière. Applaudissons des deux mains sauf évidemment si l'on est au volant !
Lysiane Gagnon
Je ne vois pas qui pourrait s'opposer à l'interdiction de parler au téléphone quand on conduit un véhicule. Cette pratique est presque devenue la norme, avec l'omniprésence des cellulaires, mais elle n'en constitue pas moins une aberration. Combien d'appels si importants peut-on recevoir dans une vie, qu'il faille instantanément y répondre ? Combien de fois l'urgence de passer un coup de fil est telle qu'on ne puisse même pas attendre d'être garé ?
Même les appareils «mains libres», qui seront tolérés, sont un facteur de risque. Une conversation trop émotive peut faire perdre au conducteur sa concentration. Il n'y a que les chauffeurs de taxi qui ont vraiment besoin d'un portable quand ils sont au volant, pour maintenir le contact avec le centre d'appels. Les autres conducteurs devraient l'éteindre.
Le projet de loi de la ministre Boulet prévoit une quinzaine de projets-pilotes de cinémomètres qui seront installés dans trois régions. Mais pourquoi cette crainte de généraliser une pratique qui a déjà fait la preuve de son utilité, en France notamment, où les radars photo, conjugués à la quasi-interdiction de l'alcool au volant, ont fait spectaculairement chuter le nombre d'accidents mortels sur ces belles routes françaises que trop de chauffeurs fous transformaient en hécatombes ?
On se demande aussi pourquoi il faudrait prévenir les chauffeurs qu'ils s'engagent dans une zone contrôlée : c'est contre-productif, autant que d'avertir le chauffeur qu'un policier l'attend au prochain feu rouge !
L'an dernier, nous nous sommes frottés à un radar, sur l'autoroute au sud de Lyon. Nous avons reçu une contravention par la poste, parce que mon mari avait dépassé de quelques kilomètres la vitesse maximale. Personne n'aime payer des contraventions mais nous l'avons fait sans rechigner, sachant que ce genre de contrôle sauve des vies.
Les compagnies de location de voiture sont furieuses parce qu'elles craignent de ne pouvoir retracer les clients fautifs, des semaines après le fait. Mais pourquoi donc ? Les locataires de véhicules de promenade paient en général par cartes de crédit, non ? Les compagnies peuvent donc se rembourser en prélevant sur la carte le montant de l'amende. En France, à ce que l'on sache, les radars routiers n'ont pas empêché les compagnies de location d'automobiles de continuer à faire des affaires d'or.
Les contrôles resserrés sur le taux d'alcoolémie sont eux aussi les bienvenus, quand on connaît les ravages causés par l'alcool sur nos routes. Bien sûr, ce sera agaçant. Un couple qui partagerait une bouteille de vin au restaurant risque d'être en infraction. Oui, les gens normaux qui boivent modérément et conduisent prudemment vont payer pour les chauffards. Mais que faire d'autre ? Les règlements ne peuvent tenir compte du fait qu'il y a des gens qui supportent mieux l'alcool que d'autres.
D'ailleurs, le Québec est loin de pécher par excès de sévérité. En France, la limite absolue est 0,05 mg, et les pénalités, drôlement plus répressives que ce que prévoit le projet de loi de la ministre Boulet. En Suède, la limite est de 0,02, et l'Europe songe à emboîter le pas à la Scandinavie. Les Européens se sont adaptés. Dans les sorties arrosées, il y a un «chauffeur désigné» qui s'abstient de consommer. Ou alors, dans les villes, on utilise les transports publics pour rentrer chez soi.
En légiférant contre l'alcool au volant, la France faisait pourtant face à un lobby autrement plus puissant que le gouvernement québécois : toute l'industrie du vin est montée aux barricades, et proteste encore, du reste, contre les lois qui limitent la publicité sur l'alcool; on fait valoir, non sans raison, que le vin ne devrait pas être mis sur le même pied que les spiritueux. Mais pour ce qui est de la circulation routière, entre un cognac et trois verres de vin, quelle est la différence ? Dans les deux cas, la sûreté des réflexes peut être affectée.
Plus encore que la concurrence étrangère des vins du Nouveau Monde, ce sont les restrictions sur l'alcool au volant qui sont à la source de la baisse de consommation des vins de table en France, un phénomène qui fait perdre des emplois et prive l'État de rentrées substantielles. Pourtant, la France a accepté de payer un prix économique pour sauver des vies. Un exemple à suivre...


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