La relève cycliste québécoise se fait les dents du côté de la France

Montréal, le 25 avril 2003 — Rouler sur les routes françaises est en train de devenir le tremplin de bon nombre de cyclistes québécois. Parmi eux, Jean-François Laroche, François Parisien et Dominique Rollin ont décidé de faire le saut de l’autre côté de l’Atlantique pour possiblement réaliser leur objectif de courir chez les professionnels. Mais qu’est-ce qui pousse ces athlètes à passer à l’est, où ils risquent plus de se perdre dans l’anonymat des pelotons que s’ils avaient décidé de demeurer au Québec ?

« J’ai fait le saut en Europe parce que c’est là que ça se passe », explique Dominique Rollin, qui a couru les deux dernières années au sein de la formation canadienne Sympatico - Jet fuel et qui revêt désormais le maillot du club UVCA Troyes, dans la région de Champagne. « Ici, je peux prendre part à des épreuves de haut calibre tout au long de l’année. Le problème avec mon ancienne équipe est que même si je participais à des bonnes courses en Amérique du Nord, il y avait toujours des temps morts. Ce n’était pas l’idéal pour garder un bon rythme tout au long de l’année jusqu’aux championnats du monde. »

D’ailleurs, Rollin ne sera de retour au pays que pour participer aux championnats canadiens, qui seront présentés à la fin juin, à Hamilton.

Pour le Repentignois François Parisien, le changement de continent s’est fait l’an dernier. Après avoir passé l’année 2002 entre les clubs de Pontivy (France) et Volkswagen-Trek (Québec), le meilleur Québécois de la dernière édition du Grand prix de Beauce a décidé de s’établir en Europe pour la majeure partie de la saison 2003.

« Après les championnats du monde au Portugal, en 2001, Jacques (Landry, son entraîneur) et moi avons eu une discussion à propos de mon avenir et sur ce que je voulais dans le vélo, avance-t-il. Ce que je veux, c’est passer chez les professionnels. Pour y arriver et évoluer le plus vite possible, nous avons décidé de me trouver une équipe en France. En 2002, je me suis retrouvé avec Pontivy. Si je veux passer chez les pros, en premier lieu ça va être en Europe, même si je fais moins d’argent. Quitte à faire le métier, aussi bien le faire avec les vrais. »

Pelotons plus gros et plus forts
Deuxième au Tour du Canton de St-Ciers il y a quelques semaines, le Magogois Jean-François Laroche souligne d’importantes différences entre les pelotons québécois et européens. « En Europe, nous sommes toujours 180-190 coureurs sur la ligne de départ. Ça fait donc des courses très animées. Mes expériences au Grand prix de Beauce, par exemple, sont que la course se décide toujours sur une journée et qu’ensuite l’équipe du meneur contrôle le peloton. Ça fait des épreuves un peu plus plates. En Europe, j’ai l’impression que c’est tout le temps animé et que ça attaque de partout. Et ça, j’aime ça ! Les courses sont longues, le rythme est élevé et l’amélioration pour un coureur se fait assez rapidement. »

En plus du nombre incalculable d’épreuves, l’aspect culturel s’avère également un avantage indéniable pour les Québécois. Pas de barrière linguistique à surmonter et surtout, l’avantage de rouler devant un public nombreux et qui apprécie le cyclisme.

« L’ambiance dans les courses est super bonne et c’est encore plus vrai en Bretagne. La première fois que j’ai mis le pied en Bretagne, mes nouveaux coéquipiers pensaient que j’étais un bûcheron », raconte Parisien avec humour. « Ils se sont dit « c’est qui lui ? » En tant qu’étranger, pas seulement pour les Canadiens, tu dois faire tes preuves et par la suite, les gens vont plus te respecter et te prendre en considération. »

On peut aussi se demander pourquoi ces trois coureurs n’ont pas imité leur collègue Charles Dionne en décidant de courir pour une équipe américaine, même si ce dernier vise toujours une carrière européenne. Pour Dominique Rollin, le choix est clair.

« Je regarderai en temps et lieu lorsque viendra le temps de passer pro, mais ma préférence est pour l’Europe car j’aime mieux le style de course. Il y a plus d’épreuves en ligne et moins de critériums. La mentalité est également différente. Aux États-Unis, ça part dès le début de la course alors qu’en Europe c’est vraiment stratégique. En Amérique, c’est toujours le même groupe de coureurs présent à toutes les courses, tandis qu’en Europe, on fait face à des compétiteurs différents. »

À l’instar des Laroche, Parisien et Rollin, l’Association cycliste canadienne a décidé d’établir une base d’entraînement à Castelsarrasin, dans le sud de la France, pour ses coureurs de moins de 23 ans. Le Québécois Jean-Sébastien Maheu fait notamment partie de ce groupe.

« Je pense que c’est une bonne idée », soutient Jean-François Laroche, qui courra sous les couleurs de l’équipe canadienne en Europe et pour celles de Volkswagen-Trek au Québec. « Pour l’instant, les coureurs sont un peu jeunes et ils ont de la difficulté à s’adapter au rythme de course, mais je pense que ça va se faire avec le temps. L’encadrement est bon et il reste seulement à avoir des performances. Quand les coureurs vont avoir une approche différente, tout va changer. En ce qui me concerne, c’est un des trucs qui ont changé. Si tu pars au début d’une course avec l’idée dans la tête que tu es capable de finir sur le podium ou de gagner une course, tu cours différemment. »

Le Tour de l’Avenir en point de mire
Alors que le printemps tarde à se pointer le bout du nez au Québec, les coureurs pensent déjà aux grands rendez-vous de la saison qui les attendent : le Grand prix de Beauce et les championnats canadiens au mois de juin, le Tour de l’Avenir (début septembre) et les championnats du monde (octobre).

Pour une première fois en trois ans, l’équipe canadienne devrait être représentée au Tour de l’Avenir, une compétition française réservée aux moins de 25 ans et qui est considérée comme le petit frère du Tour de France. Les Canadiens ont reçu leur invitation de la part des organisateurs, mais leur présence reste à confirmer pour l’instant.

« C’est là qu’il faut performer si on veut passer pro car les grosses équipes sont présentes pour faire du recrutement, confirme Laroche. Si je continue comme ça, je ne vois pas pourquoi ça ne débloquerait pas. Il me reste deux cours à l’université et je n’aurai pas de cours l’hiver prochain. Courir en Europe, c’est mon rêve. Si je peux bien faire au Tour de l’Avenir, les portes pourraient être ouvertes. »

Rédaction : Mathieu Laberge


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