Cyclisme sur route

Un Tour de France reporté, un sport à réinventer

Montréal, 14 avril 2020 – « Je dis toujours que je ne suis jamais sûr de faire une course avant d’être à la ligne de départ avec mon dossard dans le dos. On ne sait jamais ce qui peut arriver », lance le cycliste Guillaume Boivin. C’est donc avec philosophie qu’il a appris l’annonce du report du Tour de France mardi.

Quoique prévisible, il s’agit d’une autre tuile qui s’abat sur le cyclisme professionnel. Boivin, membre de l’équipe Israel Start-Up Nation visait une première participation à la Grande Boucle dont le départ était prévu le 27 juin à Nice.

Celui qui a déjà participé deux fois au Giro (2018, 2019) et à la Vuelta (2013, 2014) a parlé de ses plans personnels et de l’avenir de son sport depuis Bromont, où il est confiné chez ses parents, après être rentré de Gérone (Espagne) à la mi-mars.

« J’espérais me tailler une place au Tour de France. Dans mon calendrier, je faisais le Critérium du Dauphiné et après, nous étions une liste de coureurs pour nous tailler une place en vue du Tour. C’était le grand tour que j’espérais faire, mais là, on va voir ce qui va se passer avec le calendrier », a commenté Boivin à Sportcom, lundi matin.

Des allures de crise économique
Après trois ans en niveau continental, Israel Start-Up Nation a accédé au niveau World Tour pour une première fois cette année, ce qui lui ouvrait les portes du Tour de France.

« On a une super équipe et selon moi, nous avons eu un assez beau début de saison. Nous sommes chanceux d’avoir des propriétaires et un management qui nous soutiennent. En date d’aujourd’hui, il y a des coureurs et des équipes qui sont dans le trouble, qui se font couper leur salaire ou qui se font remercier. On sent le soutien de l’équipe, même si ce n’est pas facile pour personne. »

Le coureur fait notamment référence aux baisses de salaire chez plusieurs équipes dont Astana, CCC, Lotto-Soudal et Bahrain-McLaren, où l’on parle de coupes qui vont jusqu’à 70 %.

Un nouveau modèle souhaité
Boivin en est à sa quatrième équipe professionnelle depuis 10 ans, tant en circuit World Tour qu’en circuit continental.

« Le modèle du cyclisme professionnel a toujours été un peu compliqué et difficile pour que les équipes aient une longévité. Chaque année, de nouvelles équipes arrivent et d’autres ferment. Ce n’est pas super stable comme sport professionnel, alors lorsque surviennent des événements comme ceux que l’on vit en ce moment, c’est encore plus vrai, avance-t-il. Pendant que tout le monde est arrêté, ce serait le temps d’essayer de trouver des solutions pour que les choses s’améliorent dans l’avenir. C’est le temps où nous devrions réfléchir sur le fonctionnement de notre sport. »

Boivin voit son sport comme en environnement d’interdépendance entre les coureurs, les équipes et les organisateurs de courses, mais où la communication se fait en silos.

« Nous devrions travailler tous ensemble pour que ça fonctionne. Là, c’est sans vraiment se parler. Il faut une vision à long terme et ce n’est pas toujours facile de s’entendre. Les grands sports professionnels en Amérique du Nord ont fait des négociations et tout le monde a été gagnant. Tout le monde faisait plus d’argent et avait de meilleures conditions. »

Sur le plan personnel, l’athlète de 30 ans est sous contrat avec son équipe jusqu’à la fin de la présente saison.

« Je pense que j’ai encore de bonnes années dans les jambes et j’aimerais continuer jusqu’à la mi-trentaine. Mais comme on le dit depuis le début, on ne sait jamais ce qui va se passer. Dans la situation actuelle, c’est un peu stressant, mais c’est hors de mon contrôle. Si je me mets à penser à ça 24 heures sur 24, je virerais encore plus fou qu’en ce moment à rester en dedans depuis cinq semaines. »

À quand reverrons-nous les pelotons cyclistes sur les routes ? Nul ne le sait, sauf que Guillaume Boivin a une certitude : il promet que les coureurs seront affamés lorsqu’ils pourront à nouveau épingler leur dossard.

Rédaction : Mathieu Laberge

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