
Patinage de vitesse longue piste – Saison 2006-07
Montréal, 8 novembre 2006 – La nouvelle saison de la Coupe du monde de patinage de vitesse longue piste s’amorce vendredi à Heerenveen, aux Pays-Bas, là où ce sport est roi. Après la faste récolte de huit médailles de l’équipe canadienne l’hiver dernier aux Jeux olympiques de Turin, l’équipe canadienne a maintenant sa place parmi les puissances mondiales.
Ce début de saison risque toutefois d’être un peu différent pour l’équipe canadienne. En effet, les championnes olympiques Clara Hughes et Cindy Klassen ont décidé de faire l’impasse sur les premières épreuves. Les jeunes athlètes québécois tels Michèle D’Amours, Vincent Labrie, Justine L’Heureux et François-Olivier Roberge auront donc toute la place pour faire le plein d’expérience, eux qui ont déjà les Jeux de Vancouver en tête.
De ce groupe de quatre jeunes patineurs, Labrie et Roberge ont été les seuls à avoir goûté à l’expérience olympique. Le premier a terminé 29e au 500 m et le second 16e au 1000 m. Comme l’indique Robert Tremblay, un de leurs deux entraîneurs avec Gregor Jelonek, une saison en Coupe du monde et une participation aux Jeux olympiques font une différence chez ces athlètes.
« Vincent prend de plus en plus de maturité et François-Olivier continue lui aussi d’améliorer ses temps. On prépare ces deux gars-là pour les Jeux de Vancouver et c’est bien parti. Si on compare à la même période l’an dernier, les deux sont plus rapides, soutient Tremblay en entrevue à Sportcom. La situation est différente d’un athlète qui en est à ses quatrièmes Jeux. Eux (Labrie et Roberge), ils sont encore tout excités et cela a paru cet été dans la qualité de leur entraînement. Tout est possible : ils ont l’âge et tout ce qu’il faut pour même monter sur le podium à Vancouver. »
Le podium à Vancouver. Le mot est dit. Depuis la dernière année, le programme « À nous le podium » a injecté d’importantes sommes d’argent dans les sports d’hiver afin que le Canada remporte 35 médailles et termine au premier rang du classement des nations. En conséquence, plus d’argent signifie plus d’attentes et de pression. Et Tremblay en est bien conscient.
« Plus ils ont de moyens, moins ils ont de raisons pour ne pas clencher. Et ce n’est pas évident. Par contre, il faut aussi se préparer à ça et c’est ce qu’ils font présentement. Au lieu d’éviter la pression, ils doivent la vivre dès maintenant et apprendre à composer avec elle. »
Du côté féminin, Justine l’Heureux et Michèle D’Amours auront des objectifs différents.
« Justine est encore d’âge junior (ndlr : elle a 17 ans) et son objectif sera les Championnats du monde juniors. C’est donc l’occasion pour elle de prendre de l’expérience, croit Robert Tremblay. Il n’y a pas une course où elle se démarque, mais elle fait très bien dans toutes les distances. À long terme, elle sera plus forte dans les plus longues distances. Quant à Michèle, elle fait sa place dans l’équipe. Une de ses forces c’est qu’elle est capable de ne pas trop se mettre de pression. Elle est limitée par sa vitesse de pointe, un peu comme Clara Hughes, mais elle a travaillé sur cet aspect cet été. »
Des épreuves de sprint pour Clara Hughes
Double médaillée à Turin, Clara Hughes entame cette nouvelle saison d’une façon spéciale. L’athlète de Glen Sutton qui sera en piste à compter du 2 décembre à Harbin, en Chine, prendra le départ aux épreuves de sprint, elle qui est une spécialiste des courses de longue distance.
« Je n’étais pas prête pour patiner à un haut niveau dans les 3000 m et 5000 m en début d’année. Physiquement, je suis prête, mais mentalement, je ne le sentais pas, alors j’ai décidé de passer mon tour. Depuis les Jeux, je savais que je voulais faire les choses différemment cette année et participer à des courses de sprint en début de saison cadre bien avec ma nouvelle approche. Je n’aurai pas de pression et je suis contente d’avoir ce choix qui s’offre à moi. »
« Les courses de sprint seront une bonne occasion d’augmenter ma vitesse maximale, car mon but cette saison sera de battre le record du monde au 5000 m. Je dois donc améliorer mes 200 premiers mètres de course. Je ne prétends pas être une sprinteuse et ça ne me dérange pas de finir dans le dernier quart ou le dernier tiers. Ça sera bon pour mon humilité », lance-t-elle avec humour.
Les championnats du monde par distances individuelles seront présentés à Salt Lake City, où la piste est reconnue comme une des plus rapides au monde, ce qui motive encore plus la Québécoise d’atteindre son objectif au 5000 m.
« Il aurait été facile de rester dans ma zone de confort, sauf que cette nouvelle expérience va me pousser à aller au-delà de ce que je suis. Ce dont je dois me souvenir, c’est à quel point il faut souffrir pendant une course complète et non seulement construire à partir de nos résultats pour être satisfaite. »
Les mois après les Jeux olympiques de Turin ont été fort occupés pour l’athlète de 34 ans. Conférences, tournées médiatiques, événements publics et même un doctorat honorifique de l’Université du Manitoba ont été au menu de la patineuse. Mais ne l’appelez pas « Docteure Hughes », ça pourrait la mettre mal à l’aise.
La patineuse dit avoir vécu de belles rencontres, mais comme elle le souligne : « je suis contente d’avoir assez d’expérience pour connaître mes limites et quand il faut arrêter d’en donner. Retourner sur la glace m’enchante. Et tout ce que je fais présentement, physiquement et mentalement c’est pour préparer mon 5000 mètres à Vancouver. Maintenant, le plus important est de savourer ce que je fais. J’aurais suffisamment de pression au cours des prochaines années, alors si je n’ai pas de plaisir à patiner maintenant, je vais avoir des problèmes plus tard », affirme la triple médaillée olympique des Jeux d’hiver en riant.
Ambassadrice Right to Play, un organisme qui utilise le sport comme outil de développement chez les enfants des pays pauvres, Hughes a fait une visite en Éthiopie au mois de mai. Et c’est avec émotion qu’elle raconte son séjour.
« J’y pense tous les jours. Je vais faire tout ce qui est possible pour aider ces enfants. Je parle de Right to Play auprès des athlètes en leur disant que cet organisme incarne le véritable idéal olympique. Une des belles leçons que l’on peut en tirer, c’est de transmettre ces valeurs à ces enfants. En tant qu’athlète olympique, il est de notre devoir d’aller plus loin que notre propre gloire et de rendre notre monde meilleur. Si on peut leur apporter quelque chose de positif à ces enfants, ça peut changer leur vie. »
Rédaction : Mathieu Laberge