Athlète de la semaine Sportcom

Le coup d’éclat de Marc-André Bédard

Montréal, 20 mars 2008 – Marc-André Bédard, de Val-Bélair, a réussi une performance hors du commun, la semaine dernière, en remportant le sprint 10 km de la Coupe d’Europe de biathlon de San Sicario, en Italie. L’athlète de 22 ans mérite donc le titre de l’Athlète Sportcom de la semaine du 17 mars.

La victoire de Bédard, la première de l’histoire pour un Canadien en Coupe d’Europe après celles de Myriam Bédard et Sandra Keith, a autant été une belle surprise qu’un grand soulagement pour le principal intéressé. Après des jours à combattre les virus alimentaires et le décalage horaire, Marc-André Bédard a su faire preuve de combativité, non seulement envers ses adversaires, mais aussi contre lui-même.

« Je ne m’y attendais pas du tout (à ma victoire), explique-t-il. À mon arrivée en Europe, rien de fonctionnait. Après avoir attrapé mon virus, j’ai pu bien me reposer allant même jusqu’à dormir 11 heures par nuit. Par la suite, je me sentais de mieux en mieux à chaque jour. J’avais fait mon deuil d’un bon résultat pour cette année afin de mieux me concentrer en vue de la prochaine saison et repartir à neuf. Mais au bout du compte, j’étais motivé comme je ne l’avais jamais été dans ma vie, même si tout allait encore un peu tout croche. »

Il faut dire que la saison 2007-2008 avait mal débuté pour le biathlonien. Alors qu’il commençait sa préparation estivale, Bédard a appris que son entraîneur Daniel Lefebvre quittait la région de Québec pour celle de Calgary afin d’occuper de nouvelles fonctions sportives. Le double médaillé au relais des Championnats du monde juniors allait désormais devoir s’entraîner sous la gouverne de l’ex-Olympien Jean Paquet. Et Bédard ne s’en cache pas; ce changement d’entraîneur a été dur à avaler.

« Ça faisait sept ans que j’étais avec le même entraîneur et dans ma tête, je me rendais jusqu’aux Jeux olympiques avec lui. Pendant la première moitié de l’été, j’ai fait un peu à ma tête. »

Petit à petit, l’athlète a commencé nouer des liens avec son nouvel entraîneur. « Je me suis rendu compte qu’en m’entraînant seul, je perdais mon temps. J’ai donc essayé de tirer le maximum de l’expérience de Jean et je me suis rendu compte qu’il en avait beaucoup », avance celui qui est désormais en bon terme avec son nouvel entraîneur.

Pas de demi-mesure
Après une saison plutôt ordinaire, les dernières épreuves de la Coupe d’Europe représentaient la dernière chance de Marc-André Bédard d’obtenir son financement de Sport Canada en vue de la prochaine saison. Cette année, l’athlète n’était pas subventionné par l’organisme fédéral, alors la pression était forte pour qu’il réussisse ses meilleurs résultats.

« Ça m’a coûté plus de 14 000 $ de mes poches cette année, alors si je n’avais pas un bon résultat, je commençais à m’endetter sérieusement », soutient celui qui aura comme objectif de se classer dans l’équipe canadienne de Coupe du monde 2008-09. « Quand j’ai une pression énorme et que je n’ai pas le choix de réaliser une grosse performance, je suis à mon meilleur. Je veux essayer d’avoir cette rage-là plus souvent. »

Autre aspect non négligeable pour Bédard, la présente saison marquait son arrivée chez les seniors.

« La marche est énorme entre les juniors et les seniors, mais j’attendais ça depuis longtemps, parce que c’est là que ça se passe. C’est une fois qu’on est chez les seniors que se décide notre carrière. Sois tu te décourages ou tu continues à travailler. »

Deux grandes sources de motivation
Si vous demandez à un athlète s’il a une idole ou quelqu’un qu’il admire, il y a de bonnes chances que la personne qu’il vous nommera sera quelqu’un qui pratique son sport. En biathlon, ça pourrait être le roi de la discipline, le Norvégien Ole Einar Björndalen, mais ce n’est pas le choix du Québécois. Ses idoles sont plutôt le boxeur Muhammad Ali et le basketteur Michael Jordan.

« J’ai déjà rencontré Björndalen et j’ai été très déçu. C’est une légende du sport, pas seulement du biathlon, mais c’est le genre d’athlète qui ne semble pas avoir une vie à l’extérieur du sport. Tout ce que le sport nous apporte, on peut s’en servir dans notre communauté, pas seulement pour aller gagner un millième de seconde. »

« Mon rêve, c’est de réussir des performances à la hauteur de mon talent et de redonner mon savoir-faire à ma communauté. C’est ça le travail d’un athlète du haut niveau selon moi », poursuit le biathlonien qui redonne déjà à son sport, alors qu’il a conseillé les jeunes de l’équipe du Québec cet hiver.

C’est après avoir lu des biographies des deux monuments sportifs que sont Ali et Jordan que le jeune athlète a décidé de prendre ces deux athlètes en exemple.

« Ce sont des athlètes extraordinaires, mais aussi des personnes dont j’aime leur façon de voir la vie. Michael Jordan n’avait pas été sélectionné dans son équipe au secondaire parce que les entraîneurs disaient qu’il n’avait pas ce qu’il fallait. Et des années plus tard, il est devenu le plus grand joueur au monde. Muhammad Ali n’avait pas le style d’un champion du monde, mais il était entêté et capable d’attaquer les faiblesses de ses adversaires. »

La présente saison de Marc-André Bédard aura été un peu à l’image de la technique du Rope a dope de Muhammad Ali : être pris dans les câbles et paraître vulnérable en attendant l’ouverture qui lui permettra de donner un grand coup. Et c’est ce que Bédard a fait le 12 mars dernier sur le parcours de San Sicario…

Rédaction : Mathieu Laberge


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