
Biathlon
Montréal, le 5 février 2004 — Les performances réalisées la semaine dernière par Jean-Philippe Le Guellec aux championnats du monde jeunesse de biathlon seront-elles suffisantes pour sauver le centre national d’entraînement Myriam-Bédard ? C’est la question que se posent plusieurs personnes dans le milieu du biathlon québécois.
En effet, rien n’indique que les meilleurs athlètes québécois pourront s’entraîner au centre de la base de Valcartier la saison prochaine, car les forces armées canadiennes ont décidé de cesser de subventionner le fonctionnement complet du centre, en septembre dernier.
« Les forces armées ont supporté le centre pendant 13 ans, mais maintenant elles ne peuvent plus le faire », a laissé savoir Roger Archambault, directeur technique de Biathlon Canada. « Nous avons déjà de bonnes infrastructures. Pourquoi ne pas en profiter ? Chose certaine, tout le monde travaille pour garder le centre ouvert »
« C’est surtout une problématique du côté des ressources humaines », avance Normand Brault, directeur des sports à la base de Valcartier. « Plusieurs de nos militaires sont déployés soit en Afghanistan ou en Bosnie et nous sommes maintenant incapables de tenir nos engagements sportifs. C’est trop demandant en temps, en ressources humaines et en argent. »
Une éventuelle fermeture du centre d’entraînement Myriam-Bédard, alors que l’équipe jeunesse canadienne - surtout composée de Québécois - réussit une intéressante percée sur la scène internationale, ferait en sorte qu’il n’y aurait plus qu’un seul centre national d’entraînement soit celui de Canmore, en Alberta.
Si l’Association des clubs de biathlon du Québec et Biathlon Canada parviennent à trouver un financement, les responsables de la base de Valcartier proposent de défrayer les coûts des frais fixes tels l’électricité, le chauffage, le déneigement, etc., lesquels sont évalués à 200 000 $. Le dossier pour la relance du centre d’entraînement a été présenté aux ministres provincial et fédéral afin de combler un manque à gagner de 150 000 $ pour la prochaine saison, les responsables des fédérations sportives visent plus un objectif à long terme.
« Le centre vaut 2 000 000 $ et la Défense fera la location symbolique à un dollar par année », promet Normand Brault, lui-même ancien capitaine de l’équipe militaire de biathlon.
Disparition du programme militaire canadien
En plus des coupures de budget qui affecteront le centre national d’entraînement, l’équipe militaire canadienne a elle aussi subi son lot de coupures. Faute d’argent, le programme militaire de Valcartier a cessé ses opérations le 23 janvier dernier, alors qu’il devait se poursuivre jusqu’au 31 mars.
Au cours des dernières années, l’armée canadienne avait décidé de copier le modèle européen en recrutant dans la Réserve des athlètes prometteurs. Ainsi, les biathloniens pouvaient s’entraîner à temps plein tout en recevant un salaire, chose qui est maintenant du passé.
Cette décision aura de graves conséquences sur le biathlon canadien comme l’indique Côme Desrochers, entraîneur-chef de l’équipe militaire qui perdra son emploi à la fin mars.
« Présentement, tous les athlètes seniors au Canada sont des militaires, explique-t-il. Il est certain qu’il y aura beaucoup moins d’athlètes qui vont continuer à faire du biathlon. Sur une vingtaine d’athlètes à Valcartier, il va peut-être en rester deux ou trois. Le biathlon va donc devenir un sport de jeunes. »
Normand Brault abonde dans le sens que son ancien entraîneur : « Les athlètes plus âgés vont probablement rester dans l’armée, mais les plus jeunes, vont continuer la compétition sans toucher le salaire qu’ils avaient auparavant. »
Après les récents résultats des Jean-Philippe Le Guellec, François Leboeuf, Maxime Leboeuf et Marc-André Bédard, Côme Desrochers se dit malgré tout optimiste : « Avec les performances du Canada aux championnats du monde jeunesse, le timing ne pouvait pas être meilleur pour faire avancer le projet. »
Rédaction : Mathieu Laberge
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