Jeux olympiques

Dernier, mais souriant

Jean-Philippe Le Guellec rate sept cibles au 15 km départ de masse

Montréal, 21 février 2010 – Trentième et dernier à franchir l’arrivée du 15 km départ de masse, Jean-Philippe Le Guellec a fait preuve d’une grande classe en saluant la foule qui l’a chaudement applaudi au Parc olympique de Whistler. « Que la foule m’encourage après chaque pas de tir et chaque fois que je passais, ç’a été le fait saillant de ma course, a souligné le biathlonien. C’était ma façon de les remercier pour leur encouragement, pour leur amour inconditionnel. »

Non, Jean-Philippe Le Guellec n’était pas du tout défait de finir au dernier rang à son ultime course individuelle aux Jeux olympiques. En finissant avec le sourire, l’athlète de Shannon avait un message à passer : « c’était pour montrer que peu importe comment ça va, que tu sois à la maison ou en Europe, tu n’as jamais le luxe de lâcher une course. »

Le fil de la course
Le Guellec a bien commencé l’épreuve. S’incrustant dans le peloton, il a réussi un tir parfait en position couché, tout comme 20 autres coureurs. La sauce s’est un peu gâtée à son deuxième arrêt au champ de tir où il a raté quatre cibles sur cinq. « Je tirais partout sauf dans les cibles. Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé. Avec quatre pénalités, c’est très dur de rembarquer dans la game. »

Largué, Le Guellec a mené sa petite affaire. Il a été parfait à son premier tir debout, ce qui lui a permis de s’accrocher au Norvégien Ole Einar Bjørndalen qui venait de rater trois cibles. « Sortir avec Ole, ç’a vraiment été un cadeau », a dit Le Guellec. Rappelons que Bjørndalen est multiple médaillé aux Jeux olympiques (neuf podiums). À Vancouver, il a remporté l’argent à l’épreuve individuelle. « Si tu es derrière quelqu’un, surtout quand c’est le roi du biathlon, c’est sûr qu’il y a quelque chose à apprendre. Je n’ai que 24 ans. De voir ses tactiques, ç’a été un fait saillant de ma course. » Même si les deux athlètes étaient en queue de peloton, le Norvégien a été très agressif à maintenir sa ligne de course. « Il coupait à l’intérieur rapidement après une descente. Ça m’a fait penser un peu à la courte piste. »

L’athlète québécois a raté trois autres cibles à sa dernière présence au pas de tir. « Ça ne servait à rien d’ouvrir la machine pour le dernier tour », a reconnu Le Guellec qui a terminé à plus de 3 minutes 42 secondes du vainqueur, le Russe Evgeny Ustyugov. Le Français Martin Fourcade a mené toute une course en ski, car malgré ses trois cibles ratées, il est vice-champion olympique. Pavol Hurajt, de la Slovaquie, a complété le podium. Bjørndalen, sept cibles ratées, a fini au 27e rang.

Des Jeux réussis
Bien qu’il lui reste le relais, qui sera disputé le 26 février prochain, Jean-Philippe Le Guellec a connu des Jeux à la hauteur de ses attentes. Il a fini 6e au sprint – son meilleur résultat à vie–, 11e à la poursuite, 13e à l’individuelle et 30e au départ de masse. « Je suis le premier Canadien qui réussit à se qualifier pour le départ de masse depuis que l’épreuve a été inscrite au programme en 2002. J’ai fait les performances auxquelles je m’attendais en me maintenant dans le top-15. J’espère que ça va inspirer des jeunes, non seulement à faire du biathlon, mais à faire du sport. »

Son entraîneur, Jean Paquet, a apprécié ce qu’il a vu chez son jeune athlète. « Cette course-là (le départ de masse), c’était un gros boni. Avec les trois courses qu’il a faites, il a prouvé qu’il faisait partie de ce groupe-là (celui des 30 premiers). Ce n’est pas de la chance. Il a donné tout ce qu’il avait et c’est ça qui importe. »

Une pensée pour Joannie
Mis au courant du décès de la mère de la patineuse Joannie Rochette, Jean-Philippe Le Guellec s’est rappelé un événement semblable. « Mon coéquipier, Marc-André Bédard, a une tante qui est morte avant une course aux Jeux du Canada, en 2003. C’est certain que ce n’était pas sa mère, mais c’était quelqu’un de proche. C’est extrêmement dramatique, mais en même temps, il s’est nourri de ça pour faire une belle performance au nom de sa tante, de faire le mieux de cette situation-là. Mais on s’entend, c’est une grosse perte. »

Questionné à savoir s’il prendrait part à la compétition si ça devait lui arriver, il n’a pas hésité. « Je la ferais. Ma mère m’a entraîné pendant quatre ans et je sais que c’est ce qu’elle souhaiterait. »

Rédaction : Caroline Larose

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