8 février 2006


Le maire Laurent Paquette, le pionnier et grand bénévole Fernand Vanier ainsi que le
directeur général Alain Labelle sont tous attristés et choqués par la cessation des
activités de ski de fond au Parc des Campeurs de Sainte-Agarthe-des-Monts.
photo : Gilles Lafrance

Le Parc des Campeurs « pris en otage »

Les sentiers de ski de fond bloqués par un promoteur immobilier

SAINTE-AGATHE-DES-MONTS Rien ne leur sert de se pincer pour tenter de se réveiller, les amateurs de ski de fond des Laurentides sont bel et bien plongés dans un mauvais rêve dont le scénario est digne du film Le Jour de la marmotte.

Des articles de Martin Smith

Depuis vendredi dernier, les abonnés et habitués du Parc des Campeurs n'ont plus accès aux pistes de ce superbe centre de ski de fond à la suite d'une rupture de négociations entre les élus municipaux et un promoteur immobilier. Une entente, vieille de deux ans et accordant mutuellement des droits de passage sur leurs terrains respectifs, est venue à échéance le 26 janvier sans qu'une solution ait été trouvée pour la prolonger au moins jusqu'à la fin de l'été.

« Nous avons donc été contraints de fermer le centre pour le reste de la saison et de mettre douze employés au chômage », a dit Marc Legault, président du Parc des Campeurs, organisme sans but lucratif dont les activités estivales et hivernales génèrent des revenus annuels de 900 000$.

« C'est une véritable catastrophe. Le parc est pris en otage par un promoteur qui bloque des sentiers de ski de fond utilisés depuis plus de trente ans par les amateurs de plein air de la région. »

La situation vécue à Sainte-Agathe-des-Monts rappelle le litige ayant opposé au cours des derniers hivers le promoteur Sylvain Cousineau aux municipalités de Val-David et de Val-Morin. Le centre de ski de fond Far Hills, entre autres, a fait les frais du litige en voyant certains de ses sentiers bloqués par des barricades.

Projet de 150M$
Dans le dossier de Sainte-Agathe, le promoteur s'appelle Yves Langlois. Il aurait fait fortune dans l'immobilier dans le sud des États-Unis. En janvier 2004, Langlois s'est porté acquéreur du domaine des Oblats, en bordure du lac des Sables.

Le promoteur prévoyait rentabiliser sa transaction, réputée avoir été de l'ordre de 4,3M$, grâce à un vaste projet récréo-touristique et domiciliaire, le « Stonehaven Relais & Spa », comprenant près de 300 unités de logement et un golf haut de gamme qui auraient nécessité des investissements supérieurs à 150M$.

Depuis l'automne 2002, de nombreuses discussions, négociations et rencontres ont eu lieu entre les deux parties.

Négociations
Au coeur du dossier, un échange de terrains « pour préserver le réseau de plein air et permettre une bonne intégration du projet dans son milieu » ainsi qu'une entente sur l'approvisionnement en eau (capitale pour un golf).

« La Ville a toujours cherché à trouver une solution de compromis, mais nous ne sommes pas prêts à nous laisser dicter quoi faire par un promoteur », a conclu le maire Laurent Paquette après un long exposé présenté lundi après-midi devant une centaine de citoyens et représentants des médias.

La phase 1 du projet, la transformation de la bâtisse principale en hôtel, a été complétée mais il semble que le promoteur n'ait pas été capable de ficeler le montage financier nécessaire pour achever son projet. Le promoteur a même mis sa propriété en vente à l'encan à la grandeur de l'Amérique du Nord, mais les enchères qui devaient se tenir le 27 septembre n'oni finalement jamais eu lieu.

• Les activités de ski de fond et de raquette ont généré des revenus de 95 000 $ au Parc des Campeurs, l'hiver dernier
• 502 passes de saison ont été vendues pour l'hiver en cours
• Le record de fréquentation quotidien des 47 kilomètres de sentiers de ski de fond a été de 605 fondeurs, le 29 janvier 2005.

Un patrimoine naturel très convoité

Martin Smith

« La situation malheureuse dans laquelle se retrouve le Parc des Campeurs risque de se répéter régulièrement au cours des prochaines années, car les Laurentides subissent une énorme pression immobilière. »

Sylvain Valiquette, directeur du service récréo-touristique de Saint-Adolphe d'Howard, parle en connaissance de cause.

Il doit renégocier année après année les droits de passage du réseau des sentiers de sa municipalité et trouve l'exercice de plus en plus laborieux. « I1 faut que les MRC inscrivent les sentiers de ski de fond dans leurs plans d'aménagement, propose Valiquette. Les sentiers seraient ainsi protégés contre toute menace immobilière. II faut les sauver, c'est notre plus beau patrimoine naturel. »

Les pressions se font de plus en plus fortes, mais les élus de Sainte-Agathe tiennent à protéger et à mettre en valeur leur richesse naturelle.

« Les Agathois font du ski de fond sur les sentiers du Parc des Campeurs depuis trente ans, rappelle le maire Laurent Paquette. Notre réseau de plein air est une infrastructure qui nous distingue. Elle a été, est et sera toujours une préoccupation importante de notre conseil de ville. »

Le maire agathois a mentionné un scénario de création d'un parc municipal pour sauvegarder le réseau et n'exclut pas le recours à l'expropriation.

Réplique du promoteur
Dès la fin du point de presse des dirigeants municipaux et du Parc des Campeurs, un communiqué, émis par Stonehaven Relais & Spa, a affirmé que « les pistes peuvent rouvrir demain matin ».

« Il suffirait d'obtenir une entente toute simple entre bons voisins », poursuit-on.

Depuis son ranch au Texas, Yves Langlois a nié être un « gourmand promoteur immobilier qui prend en otage le Parc des Campeurs ».

Selon lui, le noeud du problème est le camping sauvage, permis dans une portion de terrain connue sous l'appellation « section T ».

« Certains campeurs profitent des grands espaces du centre de villégiature pour commettre vols et vandalisme, troublent la quiétude de la clientèle et bénéficient d'un bon bain au passage », reproche-t-on dans communiqué de Stonehaven.

« Nous avons proposé de déplacer ou suspendre les activités de camping sauvage qui font fuir la clientèle en quête de relaxation et les investisseurs intéressés au développement récréotouristique, mais malgré les nombreuses promesses et poignées de main, rien ne s'est produit...»

Les autorités municipales auraient été avisées une seule fois que des campeurs se sont promenés sur la propriété de Stonehaven, d'après Marc Legault. « Ces sites de camping sauvage sont là depuis trente ans ; et jamais les Oblats se sont plaints que leur quiétude était troublée », a-t-il conclu.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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