29 février 2004

Un mémorable périple

DOUGLASTOWN, Gaspésie - Les voies du Seigneur sont impénétrables, même pour des fondeurs.

Des articles de Martin Smith

Hier matin, le soleil brillait de tous ses feux sur la baie de Gaspé. Le ciel était dépourvu de nuages. La pointe de la presqu'île de Forillon, distante d'une bonne vingtaine de kilomètres, était parfaitement visible.

Une vingtaine d'heures plus tôt, un blizzard déchaîné avait parfois réduit la visibilité à moins de cinq mètres et produit une fin d'expédition endiablée pour la traversée de la baie.

Deux heures à un rythme de tortue pour parcourir les quatre kilomètres séparant la pointe extrême de la presqu'île de Penouille au pont de Gaspé qui enjambe le bassin du Sud-ouest.

Lors du party de fin d'expédition au bistro Brise-Bise, tous les «Traverseurs» parlaient encore avec ravissement de ce tomber de rideau inoubliable.

« Il y a des gens qui paient des milliers de dollars pour aller en Arctique afin de connaître l'hiver dans ses plus grandes rigueurs, a fait remarquer Claudine Roy, coordonnatrice de la Grande Traversée. Vous avez pu les savourer sans frais supplémentaire et directement sur la banquise de Gaspé. »

On a parlé d'une intervention divine puisque monseigneur Bertrand Blanchette, évêque de Rimouski et invité spécial de la Grande Traversée, a bravé le blizzard en se joignant à une des dix cordées.

« On a prié pour du soleil, mais on a eu du blizzard », a-t-il fait remarquer en levant les épaules pour signaler sa résignation quelques minutes avant de plonger dans la tourmente.

Les voies du Seigneur sont vraiment impénétrables, mais personne ne lui en tiendra rigueur. D'autant moins, en fait, qu'il a permis une mémorable traversée, baignée de soleil et dénuée de vent, des Chic-Chocs en lever de rideau. Des conditions qui se rencontrent à peine cinq jours par hiver, selon les naturalistes du parc de la Gaspésie.

Hommage à Clo
En fait, l'explication la plus plausible du scénario climatique idéal réservé aux fondeurs a été servie lors du petit déjeuner final au Centre communautaire de Douglastown, hier matin.

« Claudine a tellement de contacts qu'elle doit bien en avoir un ou deux en très haut lieu », a dit un comique, journaliste de métier.

Claudine Roy est un leader dans toute la force du mot, une rassembleuse extraordinaire qui tente, avec ses amis, de dynamiser le développement économique et social de sa région natale adorée, la Gaspésie.

Lors du déjeuner d'adieu, le cardiologue Yves Tessier a rendu à Clo un hommage qui a tiré larmes et rires alors qu'il a lu un fax provenant supposément d'André Caillé, p.-d.g. d'Hydro-Québec.

« Nous abandonnons le projet du Suroît et avons besoin de sources alternatives d'énergie. Selon vos disponiblités, nous aimerions pouvoir vous brancher épisodiquement à notre réseau. »

Avant le départ pour le long trajet de retour, le «pape» du plein air au Québec, Pierre Gougoux, a servi à la coordonnatrice le compliment ultime.

« Merci, Claudine, de nous avoir fait réaliser que les skieurs de la Traversée ne sont pas seulement des machines à bouffer des kilomètres, a-t-il dit. Tu as su ouvrir nos coeurs à la culture, aux projets et même aux difficultés des gens du pays. Si, un jour, nous décidons de refaire la Traversée du Québec, elle devra ressembler à celle que tu nous as fait vive, en Gaspésie. »

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