24 février 2004

Un duo père et fils qui n'a pas froid aux yeux
RIVIÈRE-MADELEINE, Gaspésie - Le doyen de la Grande Traversée est un endocrinologue à la retraite, âgé de 66 ans, qui a convaincu son fils de 32 ans de le suivre dans cette expédition au bout du Québec.

| Des articles de Martin Smith |
Ronald et Sébastien Matte se ressemblent suffisamment pour que les gens qui ont connu le père lors de la Traversée de la Gaspésie de 2003 lui demandent spontanément: « Es-tu le fils de Ronald ? »
Il faut dire que quiconque rencontre le paternel s'en souvient longtemps. Il y a environ six ans, des complications suivant l'ablation d'une tumeur au cerveau l'ont rendu presque sourd mais ne lui ont rien enlevé de sa vivacité intellectuelle et de son humour.
« Je suis devenu un abonné de ces aventures, explique Ronald Matte. Ça prend un brin de folie et, ça, j'en ai en masse. »
Tout a commencé par un cadeau d'anniversaire
Il a fait du ski de fond en solitaire dans une piste d'une dizaine de kilomètres qu'il entretient depuis une vingtaine d'années derrière chez lui à Saint-Étienne-de-Bolton, en Estrie.
Changement de cap après que ses proches lui eurent offert une inscription au Marathon canadien de ski pour son 60e anniversaire. Ce fut une révélation...
« Pousser la machine à mon âge, c'est très bénéfique, car ça retarde d'une dizaine d'années le fait de devoir s'en remettre aux voyages organisés de l'âge d'or pour sortir de chez soi... »
Même s'ils sont originellement de Montréal, les Matte ont un lien de coeur et de terre avec la Gaspésie.
À la fin des années 1980, lors de vacances d'été, sur un coup de tête, Ronald a acheté un terrain à Ruisseau-Castor, un tout petit village situé à une dizaine de kilomètres à l'est de Sainte-Anne-des-Monts. Un terrain dont les pieds sont léchés par le golfe Saint-Laurent et dont la tête s'appuie sur la falaise d'un cap.
« Mon père y passe quatre à cinq mois par année, dit Sébastien. Moi, j'y viens avec ma blonde quand on a un congé de trois ou quatre jours. »
À eux deux, les Matte reflètent l'éventail des âges du groupe de fondeurs de la Traversée. La très grande majorité des participants est dans la cinquantaine et plusieurs sont retraités; une petite minorité a moins de quarante ans.
« C'est un gros défi physique et psychologique, mais c'est le sel de la vie, raconte Ronald. C'est incroyablement bénéfique si on réussit à y trouver du plaisir. »
Une randonnée qui a du chien
Pour Sébastien, l'hiver, le plein air et la neige ont été synonymes de plaisir depuis son plus jeune âge.
« Il avait trois ans et je l'amenais dans le bois dans un traîneau tiré par notre saint-bernard, raconte Ronald. Un jour, le chien a vu un chevreuil et est parti à courir pour le rattraper. La course a fini avec le chien et le traîneau enroulés autour d'un arbre. Sébastien ne s'était même pas réveillé. »
Un naturel...
« La première année que mon père a fait le Marathon canadien, je l'ai fait avec lui sans aucun entraînement, raconte Sébastien. Mon père me tire la pipe maintenant parce que j'ai laissé tomber après trois ans, mais je retournerai bien un jour... »
En attendant, Sébastien skie avec l'énergie de ses 30 ans et se maintient dans le peloton de tête. Ronald, lui, qui reviendra grand-père pour une deuxième fois sous peu, skie avec un style très peu orthodoxe, mais terriblement efficace.
On n'apprend pas à un vieux singe faire des grimaces...
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