27 février 2010

Pénurie de neige et de froid… la Gaspésie n´est pas épargnée !

GASPÉ – Est-ce une conséquence du réchauffement climatique ? Personne ne peut l’affirmer sans crainte, mais ça fait plus de 20 ans que les Gaspésiens n’ont pas connu un hiver aussi doux et aussi chiche en neige.

« Ici, ce n’est pas compliqué, l’hiver, c’est le vent et la neige, raconte Benoît Doyon, concierge de l’école primaire Notre-Dame-de-Liesse, à Saint-Georges de Malbaie. Chaque hiver, je casse au moins deux manches de pelle à force de pelleter. Mais cette année, je n’en ai pas encore cassé un seul. C’est pas normal ! »

Une autre preuve en a été apportée lors de l’avant-dernière journée de la TDLG 2010 quand le parcours de 47 kilomètres prévu initialement a dû être raccourci d’environ 7 kilomètres et que les navettes ont dû assurer le passage par route entre Douglastown et la page Haldimand.

Ce faisant, on a retranché les quatre kilomètres les plus spectaculaires du trajet où les fondeurs auraient traversé la baie de Douglastown sur la banquise. Mais comment faire quand il n’y a pas de banquise ? Impossible.

La journée avait pourtant bien commencé avec un départ déplacé pour tenir compte du manque de neige en bord de mer mais des conditions de glisse et de poussée bien meilleures que la veille dès l’entrée dans les chemins de forêt qui nous ont menés de Barachois à Douglastown, sur une distance de 28 kilomètres.

Un des fondeurs a vu sa journée et sa TDLG prendre fin rapidement et abruptement quand une chute en pleine face au bas de la première descente glacée lui a valu une grande coupure très sanglante au nez.

Heureusement pour lui et pour tous les participants, il est extrêmement facile d’obtenir une consultation médicale à la TDLG, sans même avoir à se nommer Claude Dubois. En effet, les professionnels de la santé (infirmière, médecin généraliste, urgentologue, cardiologue, anesthésiste) viennent nombreux chaque année pour parcourir la Gaspésie en ski de fond. On en compte encore une bonne quinzaine lors de cette huitième édition de la TDLG.

Se r’virer sur un dix cennes…
La cinquième journée sur les skis a fait ressortir une fois de plus l’incroyable capacité d’adaptation du comité chargé de vérifier l’état du parcours et de trouver in extremis des solutions de rechange pour pallier le criant manque de neige.

Le concierge Benoît Doyon a bien résumé l’état d’esprit des Gaspésiens et des participants à cette TDLG plutôt spéciale. « Ça doit être frustrant de faire des centaines de kilomètres pour venir skier chez nous et de découvrir qu’en bien des endroits, il y a aussi peu de neige que chez vous à Montréal, fait-il remarquer. Mais dites-vous que nous sommes aussi perplexes devant cet hiver qui n’a pas beaucoup d’allures hivernales. »

La fin du parcours de la cinquième journée menait les fondeurs à Gaspé en suivant une piste cyclable qui offre d’impayables points de vue sur la baie entre Sandy Beach et la marina de Gaspé.

Malheureusement, plus souvent qu’autrement, les conditions glacées et l’impossibilité de tracer des pistes ont obligé les fondeurs à garder les yeux sur la piste. Un simple moment de déconcentration pouvait devenir dangereux, comme l’a constaté l’auteur de ces lignes, victime d’une élongation musculaire à la cuisse droite en tentant de se rattraper après avoir mis un ski sur une plaque de glace inattendue.

Comme pour le skieur au nez amoché et quelques autres éclopés victimes des conditions difficiles, il me faut donc faire une croix sur la sixième et dernière journée dont on savait déjà qu’elle allait être amputée de sa portion la plus spectaculaire, la traversée de la baie de Gaspé sur la banquise.

En effet, comme à Barachois, un simple coup d’œil depuis le centre-ville de Gaspé a permis de constater que le havre n’est pas gelé et qu’il est donc impossible de recréer la traditionnelle longue file indienne sur les quatre kilomètres de la pointe de Penouille jusqu’au pont de Gaspé.

La peine de ne pouvoir compléter cette huitième édition de la TDLG sera donc moins grande mais, après cinq jours consécutifs de ski pour une distance totale de 170 kilomètres, on se sent en manque en voyant partir tous ses collègues fondeurs à destination de l’Anse-au-Griffon pour la belle traversée du parc Forillon.

La mer et les adieux
Même amputée de sa portion la plus enivrante, cette dernière journée a été fort appréciée des fondeurs.

La balade dans le parc Forillon, sur une vingtaine de kilomètres depuis le point de départ à Cap-des-Rosiers en passant par les caps Bon Ami et Gaspé jusqu’à la sortie à Petit-Gaspé, a offert aux fondeurs des vues dignes de cartes postales.

« La neige était belle, le ski allait bien et on savourait la journée, a raconté la recrue Marie-Josée Normand. C’était très différent de tout ce qu’on avait vu jusqu’à présent car on était en contact presque constant avec la mer et les blocs de glace qui y flottent. »

À l’heure du dîner près du lieu historique de Grande-Grave, du pain, des petits poissons salés et du vin, tous bénis par l’historien Jules Chouinard, ont été distribués aux « fidèles » de la TDLG.

Quelques kilomètres plus loin, les fondeurs sont embarqués dans les autobus à destination de Gaspé sans avoir foulé la neige de la pointe de Penouille d’où s’ébranle toujours, vers le centre-ville de la métropole gaspésienne, l’impressionnant cortège de fondeurs dont le nombre est doublé par l’addition d’écoliers et d’amateurs de ski de fond venus les encourager dans le dernier droit.

Autre moment fort dont la balloune a été dégonflée par cet hiver qui n’en est pas un, la bruyante arrivée sur la rue de la Reine, la « Main de Gaspé ». Pas une trace de neige sur les trottoirs ou l’asphalte. Et la foule était plus éparse qu’à l’habitude, comme si le cœur était moins à la fête en l’absence des principaux éléments de l’hiver.

C’est donc avec un enthousiasme débordant et une énergie débridée que les fondeurs ont mis fin à la cuvée 2010 lors d’un « cocktail dînatoire » et d’un party qui a levé très fort à La Petite Églize, une salle de spectacles courue de Gaspé.

Le groupe 42A a joué la plupart des classiques de son volumineux répertoire rock sans qu’aucun fondeur ne quitte le plancher de danse pendant trois heures d’affilée. « C’est un nouveau record du monde dans notre cas », a dit le leader du groupe, ébahi par l’énergie déployée par ceux et celles qui venaient de skier environ 200 kilomètres en six jours.

Et qui se promettent bien de revenir en 2011, en espérant trouver toutes les conditions normales d’un hiver gaspésien afin de pouvoir « glisser vers le pur plaisir », comme le promet le slogan officiel de la TDLG.

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