13 avril 2010

Note du webmestre :
Les habitués de SKIER NOUVELLES connaissent bien Martin Smith, fondeur émérite.
Nous continuons à le suivre dans ses aveutures, cette fois sur l’Elbrous.

Ascension du «Toit de l'Europe»

Le groupe de l’Elbrous entre dans le vif du sujet

CONTREFORTS DU MONT ELBROUS, Russie — On se doutait bien qu’on ne pouvait pas rester indéfiniment dans le confort d’hôtels relativement douillets et espérer atteindre le sommet du Toit de l’Europe, mais l’abandon de notre zone de confort s’est fait de façon, disons, plutôt brutale.

Le groupe de grimpeurs québécois en route vers le sommet du mont Elbrous au profit de la fondation Centre de cancérologie Charles-Bruneau a quitté la chaleureuse auberge de montagne de Chipper Azau sous un blizzard de neige soutenu, lundi matin.

Le transport de tous les bagages et de toutes les provisions de nourriture, d’abord vers le dernier téléphérique pour skieurs alpins et amateurs de snowboard, puis sur un Sno-Cat (équivalent d’une dameuse BR-400 québécoise), s’est fait sous des rafales de vent pouvant atteindre les 70 km/h et une neige qui picotait constamment le visage.

La meilleure des façons de faire comprendre à tout le monde qu’on entrait dorénavant dans le vif du sujet !

Il était temps. On sentait qu’une certaine routine douillette s’installait, un piège à éviter à tout prix dans une telle expédition car viser un objectif de haute altitude comporte toujours des dangers.

L’Elbrous n’est pas différent du Kilimandjaro, de l’Everest, de l’Aconcagua ou des autres plus hauts sommets de chaque continent. Des gens meurent chaque année en tentant de s’y rendre, mais on en entend sans aucun doute moins parler car l’Elbrous est situé dans le fond de la Russie, à la frontière de la Géorgie et de l’Asie.

La meilleure façon de bien se préparer est donc de laisser un certain niveau de peur s’installer de façon à augmenter sa réserve de prudence, la meilleure des conseillères en de telles circonstances.

Deuxième sortie de zone radicale, l’installation de nos pénates dans les fameux « barils » Bochki, ces anciens énormes réservoirs cylindriques ayant auparavant servi à la distillation de la vodka. Chacune de ces installations, posées sur le glacier Azau, peut accueillir six grimpeurs. En ce moment, les deux tiers des douze « barils » sont entièrement recouverts de neige.


photo : Martin Smith

On a fait contre mauvaise fortune bon cœur et on s’est dit qu’à près de 4000 mètres d’altitude, on préférait « camper » dans un baril où on peut se tenir debout et où on dispose d’électricité, d’éclairage et de chauffage que de se retrouver dans une tente exiguë où tout se fait le dos courbé et où les notions de confort prennent le bord.


photo : Martin Smith

Une fois installés dans les barils 1 et 2, le groupe fait quelques mètres pour se rendre à la cuisine-cafétéria, où notre cuisinière, Jana, avait préparé un goûter pour nous donner des forces avant une autre sortie d’acclimatation qui allait enfin nous permettre de passer le premier cap, celui des 4000 mètres. Bien rassasiés, il était maintenant temps d’affronter les éléments en mettant à l’essai certaines pièces d’équipement qui n’avaient pas encore été nécessaires, à commencer par les indispensables « coques ».

Ces bottes rigides se situent à mi-chemin entre les bottes de trekking habituelles et les bottes de ski alpin. La rigidité est nécessaire pour que les crampons très acérés, qu’on ajoute pour les sorties sur terrain glacé ou sur la glace, deviennent une véritable extension de la botte elle-même.

Les miennes, des Koflach jaune pétant pesant près de deux kilos chacune, sont vite devenues les compagnes les plus rassurantes en gardant une chaleur parfaite pour les pieds et en assurant une progression fiable dans la neige accumulée depuis le début du blizzard.

Avant de faire face à des conditions extrêmes, on ne réalise pas à quel point des pièces d’équipement de bonne qualité se transforment en sources de réconfort grâce auxquelles on peut puiser plus profondément dans son réservoir d’énergie quand on tombe sur un obstacle physique (montée très abrupte) ou quand on frappe un mur.

Le groupe a donc pu goûter à sa première sortie très exigeante en route vers le camp d’urgence de Prijut-11, situé à 4100 mètres.

Arrivés à notre objectif de la journée, les high five de joie et de soulagement se sont multipliés. Puis, il a fallu faire demi-tour, toujours dans le blizzard, pour retourner vers nos barils, que nous avions dorénavant très, très hâte de revoir.

Il ne reste plus qu’une journée d’acclimatation vers un plateau à 4800 mètres (les rochers Pastukhov), puis une journée de répit avant d’entreprendre la tentative sommitale avec départ prévu pour 4 heures du matin environ, jeudi. La galerie de photos.

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Note du webmestre :
Rue Frontenac est la publication des journalistes mis en lock-out par la direction du Journal de Montréal, qui continuent, malgré tout, à couvrir l'actualité, pour notre plus grand plaisir.
Plein d’articles au sujet du lock-out.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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