N°189, 29 Mars 2003
photo : Nicolas Leroy

Dans le numéro d'avril du mensuel CYCLISME INTERNATIONAL
on retrouve en page 8 un article fort intéressant sur Dominique Perras
que l'auteur M. Daniel Fertin nous a aimablement permis de reproduire
pour le plus grand plaisir des fans de Dominique.

COEUR DE PELOTON

Depuis 4 ans maintenant Dominique Perras sillonne les routes du monde entier.
Il est le seul et unique coureur québécois évoluant à ce niveau (la 2e division).
Rencontre.

De quelle région du Québec es-tu originaire ?
Je suis né à Napierville, à 40 km au sud de Montréal. Mes parents y avaient une ferme, mais j'ai passé l'essentiel de ma jeunesse avec ma mère à Brossard, en banlieue de Montréal, suite au divorce de mes parents. Cette dernière y habite encore et lors de ma saison morte, c'est là que je retourne voir famille et amis.

À bientôt 30 ans, ton parcours est assez original ?
Effectivement le cyclisme n’est pas trop développé au Québec et en tous cas fort peu médiatisé. De l’autre côté de l’Atlantique nous ne connaissons que le Tour de France et Paris-Roubaix les 2 seules épreuves télévisées. Comme il est de tradition chez nous, j’ai pratiqué le hockey pendant 10 ans et je me suis tourné ensuite vers le cyclotourisme avec quelques amis. Je roulais bien et de plus en plus vite : ce n’était donc plus du cyclotourisme et je me suis orienté naturellement vers la compétition. Je me souviens que je m’entraînais sur le vélodrome olympique de Montréal avant que celui-ci soit démoli au cours de l’hiver 88/89. Afin de connaître toutes les ficelles d’un sport que je découvrais j'ai décidé de passer deux années en France, à Besançon. J’y ai appris le métier de coureur cycliste. Il y a trois ans, j'ai signé mon premier contrat pro, chez « Post Swiss Team », c’était à l’époque l’équipe la plus importante du pays et je ne me suis pas heurté au problème de langue : l’équipe était dirigée par Jacques Michaud et beaucoup de membres de cette équipe étaient francophones. En 2001, j’ai suivi mon Directeur sportif pour courir chez Phonak.


Dominique Perras au départ du Mémorial José Samyn
le 5 mars 2003 en Belgique
photo : Daniel FERTIN

En 2002 tu quittes la francophonie pour une équipe australienne iTeamNova, est-ce une volonté d’apprendre toutes les facettes de ton métier ?
Oui c’est un peu cela surtout que l’année passée nous avons couru un peu partout dans le monde pour découvrir un cyclisme différent.

Cette année, ton éequipe iTeamNova s'est associée avec Flanders. Quels sont tes objectifs ?
Avant tout, pouvoir disputer les Championnats du Monde à Hamilton. Ce genre d’épreuve ne se déroule pas souvent en Amérique et le parcours est bon pour moi, montagneux sans trop. Le Circuit de Beauce me tient aussi à coeur car c’est la seule course reconnue par l'UCI se déroulant au Canada et en plus chez nous au Québec !

Comment est l’ambiance au sein de cette équipe ?
Pour le moment tout va bien, nous avons du bon matériel et formons une équipe assez hétéroclite avec sept nationalités différentes. Au niveau de l’intégration il n’y a pas eu de problème, je m’adapte partout, bien que je sois le plus souvent avec la partie australienne de l’équipe.

Peux-tu nous parler du cyclisme québécois actuel ?
Malgré la très grande popularité du vélo comme sport "récréationnel" au Québec, le niveau compétitif est certes beaucoup moins reconnu et valorisé qu'en Europe. Pourtant, le Québec possède la meilleure structure du Canada, avec des calendriers complets de courses : on y trouve presque une course par semaine par catégorie, des minimes aux vétérans en passant par les féminines, de la fin avril au début septembre. Cependant, plus de la moitié des courses sont des critériums (sur des circuits urbains de moins de 2km).

Que lui manque-t-il pour être reconnu au niveau mondial ?
Une grande vedette bien sûr, de préférence capable de gagner le Tour de France! Contrairement aux européens qui aiment le sport pour les efforts consentis par les athlètes, les Québécois préfèrent les gagneurs. Or sur 200 coureurs au départ, il n'y en a qu'un qui gagne! Il nous faudrait aussi quelques coureurs dans les 100 premiers au classement UCI, ce qui est difficile à envisager avec un si petit réservoir. Mais tout peut changer rapidement, il y a 6-7 ans, il y avait à peine quelques australiens pro, maintenant plus d'une trentaine, et le Danemark, avec une population bien inférieure à celle du Québec, compte 2 équipes pro en 1ère division!

Vois-tu dans un avenir proche un autre coureur franchir le pas du professionnalisme en Europe ?
Il y a deux jeunes coureurs de 21 ans qui feront leurs classe en France cette année, François Parisien au VC Pontivy, et Dominique Rollin à Troyes. Ils sont jeunes, ont des aptitudes physiques, et à mon avis la capacité de s'adapter au style de vie européen, de vivre loin des leurs (ce qui est un aussi grand défi que de percer sur le vélo). Enfin, il y a Charles Dionne, un sprinter très talentueux qui fait carrière aux États-Unis, mais pour venir en Europe il devra accepter une réduction de ses revenus (il gagne bien sa vie aux USA)...


Dominique Perras au départ du Grand Prix "La Marseillaise"
le 4 février 2003 en France
photo : Daniel FERTIN

Après ta carrière de coureur, resteras-tu dans le milieu vélo ?
J'ai toujours prétendu le contraire, j'ai d'ailleurs un diplôme universitaire et entrepris une maîtrise (non terminée, car j'ai du choisir entre le vélo et la poursuite de mon mémoire). Pourtant avec les années, je me rends compte à quel point ma passion pour ce sport est immense. Dorénavant, je me laisse cette porte ouverte, je crois que mon expérience accumulée lors de mon passage chez les pros en Europe pourrait être bénéfique pour le cyclisme québecois et canadien.

Es-tu favorable à la candidature de la ville de Québec pour le Grand Départ du Tour de France 2008 ?
Tout à fait. Le Tour de France ne pourrait que sortir grandi d'une telle aventure. Et puis, quoi de plus logique au plan culturel que d'aller y fêter le 400ème anniversaire de la ville de Québec, capitale de la Nouvelle France...

Propos recueillis par Daniel FERTIN


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