août 2009

Walkowiak, ou la victoire bien programmée

Daniel FERTIN

Au départ à Reims du Tour de France 1956 le Directeur du Tour, Jacques Goddet, est en colère, beaucoup de coureurs ont préféré montrer principalement leurs marques extra-sportives plutôt que leurs couleurs nationales. Cependant, l'une des équipes françaises est dans les normes, celle du Nord-Est Centre. Elle ne comporte pas les gros calibres des équipes nationales mais chaque coureur a déjà une solide expérience du cyclisme de haut niveau. D'ailleurs cette année les cadors ne sont pas au départ. Jacques Anquetil, 22 ans, vient de battre le record de l'heure, a préféré attendre une année (pour gagner), Coppi, Kubler, Koblet anciens vainqueurs manquent également à l'appel, tout comme Jean Robic, blessé. Tous les observateurs se disent que la course sera ouverte.

Sauveur Ducazeaux, le directeur sportif du Nord-Est Centre, a fait signer un accord à chacun des équipiers qui sont adversaires tout au long de l'année « tous pour un, un pour tous ». Les premières étapes sont très rapides, Roger Walkowiak se fait remarquer lors de la première pour son courage mais aussi pour sa malchance. Sur les 244 kilomètres de la 7ème étape entre Lorient et Angers, une longue échappée va être déterminante pour ce Tour, en effet 31 coureurs vont prendre 19 minutes à un peloton qui ne croit pas au danger, Walkowiak 5ème le matin au classement général. Darrigade, le leader de l'équipe de France et maillot jaune a été piégé, les Italiens et les Belges ne l'ont pas aidé à revenir.

Les hommes du Nord-Est Centre occupent les 3 premières places avec Picot (2ème) et Scodeller (3ème). Pourtant le directeur sportif est conscient que ce maillot sera dur à défendre et il annonce à ses coureurs « ce maillot on va le rendre, on le reprendra à Grenoble ». Sa tactique se révélera très bonne, la « petite équipe régionale » n'aura pas à travailler plus que les autres. Pourtant, dans deux jours la femme de Walkowiak doit se rendre à Bordeaux (elle est en vacances à Royan) et Roger voudrait lui offrir ce beau cadeau.

Les Pyrénées sont un peu escamotés cette année, et comme prévu, Roger Wamkowiak ne défend plus son maillot tout en observant la bataille. Il observe jusqu'à l'étape Turin – Grenoble, la 18ème la grande étape des Alpes. Cinq hommes sont devant pendant la montée de la Croix de Fer et c'est à ce moment que « Walko » attaque comme il l'a fait l'année précédente au Dauphiné Libéré. Charly Gaul a répondu à l'attaque puis Stan Ockers. Roger, survolté par la pensée de récupérer son précieux maillot, est impérial mais ne peut empêcher le Luxembourgeois de gagner l'étape. Le pari de Ducazeaux a fonctionné, le Tour est gagné. Pour Roger il sera même triomphal pour l'enfant de Montluçon qui accueille pour la seconde fois une étape du Tour.

Une victoire calculée mais cent fois méritée même si beaucoup ont douté de la valeur de cet exploit.


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