avril 2009


Eugène Christophe, un des mythes du Tour, ne le remportera pourtant jamais
photo : L’Humanité

Eugène Christophe premier maillot jaune, une histoire qui fourche

Daniel FERTIN

Le maillot jaune aura cette année 80 ans. C'est en effet juste après la première guerre mondiale qu'Henri Desgrange décida de distinguer le leader du classement général. Le Tour en était à sa 13ème édition. Le « père du Tour » avait choisi la couleur jaune pour ce que l'on appelait alors la « toison d'or » car le journal l'Auto, organisateur du Tour, était imprimé sur du papier jaune. Avant le confit, le Belge Thys vainqueur des derniers Tours en 1913 et 1914 affirme avoir déjà porté un maillot distinctif mais jamais personne n'a réussi à vérifier l'information.

Les étapes se déroulent sur des routes dévastées par les ravages de la guerre. Ils ne sont que 67 au départ de la première étape entre Paris et le Havre longue de 388 kilomètres. Lors des 4 premières étapes, le peloton perd déjà près de 40 éléments. Parmi les favoris les chroniqueurs de l'époque parlent des frères Pélissier, d'Eugène Christophe et Philippe Thys. Le dernier lauréat fait partie des abandons de la première étape et les frères Pélissier refusent d'adhérer à une alliance appelée La Sportive. Ils alignent les victoires d'étapes jusqu'à Brest où il ne reste déjà plus que 26 coureurs. En direction des Sables d'Olonne Henri Pélissier est victime d'un problème sur la direction de son vélo, il doit chasser sur près de 300 km. Ayant rejoint Barthélémy, Henri Desgrange lui reproche une alliance avec son compagnon d'infortune. A 5 km de l'arrivée, Henri Pélissier s'arrête, les deux frères ne repartiront pas le lendemain. « Le Tour de France est un truc de mercenaires, les Pélissier sont des hommes libres ! » annonce-t-il pour justifier sa décision.

« Le vieux gaulois » Eugène Christophe devient ainsi leader du Tour. Le samedi 19 juillet il peut s'habiller de jaune à Grenoble au départ de l'étape vers Genève. Les maillots jaunes auraient dû être livrés pour les premières mais en cette période de reprise tout est difficile. Rapidement le public compare le leader à un canari et les plaisanteries sur la couleur de la tenue du coureur commencent « et pendant ce temps que fait Madame Cri-Cri ? »

Celui dont le public se souvient de par l'épisode de la fourche brisée à Sainte-Marie de Campan au pied du Tourmalet a certainement enfin course gagnée. Les Pyrénées et les Alpes sont passés. Il a plus de 30 minutes d'avance sur son second.

Pourtant, lors de l'avant dernière étape à Raismes, dans la banlieue de Valenciennes, entre Metz et Dunkerque, il brise à nouveau sa fourche. Dans cette région, où la métallurgie est une des spécialités, il trouve une usine de cycles où il répare seul sa fourche. Il a malheureusement perdu 2 heures 30 dans la manœuvre. Il finira sur le podium à la 3ème place se consolant avec la souscription que lance à son profit le journal l'Auto le considérant comme le vainqueur moral.

A l'occasion du Tour 1922 Eugène portera à nouveau le maillot jaune mais dans la descente enneigée du Galibier il cassera encore une fois sa fourche et ses espoirs de remporter enfin le Tour. En 1970, à 85 ans, il sera enterré avec son maillot jaune.


Un sprint d’Eugène Christophe en 1919
photo : Télérama


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