Retour sur le tour

Daniel FERTIN

A peine débarqué de Dorval le mercredi en début d’après-midi, j’ai pris la route de la Petite Italie pour assister au Critérium du Tour du Grand Montréal. Première incursion dans le monde du vélo nord-américain, une incursion à toute vitesse, en parlant de vitesse je parle non pas par la rapidité à aller voir les coureuses dont notre web-master me parle souvent, mais surtout de la vitesse de ces élégantes sportives à tourner en rond sur ce rectangle !!! Je sais, un rond dans un rectangle mais en me levant à 4 heures, un décalage de 6 heures, une course le soir tout cela enlève toute notion de géométrie !

photo : Guy Maguire, info@veloptimum.net
Daniel Fertin fait la connaissance d’Audrey Lemieux
photo : Guy Maguire

Comme je n’étais pas rassasié, Guy non plus, le lendemain nous avons pris la direction du Mont Saint-Hilaire pour assister à la dernière étape de ce tour largement dominé, avant mon arrivée, par l’équipe Cervélo qui avait tout gagné. Sur le stationnement du départ – vous remarquerez que je ne dis pas parking des équipes – j’ai eu la chance de découvrir toutes les personnalités du sport cycliste québécois que je ne connaissais qu'au travers des lignes des Vélonouvelles. Des coureuses bien sûr, le coordonnateur de la FQSC mon ami Sylvain Richard, des dirigeants (es) incontournables du monde du vélo de la Belle Province comme Josée Robitaille, Louise Lalonde, commissaire, et surtout mon chauffeur du jour au volant de la voiture neutre, Marc Dufour. Quel as du volant, j’ai déjà fait des étapes du Tour de France dans la voiture du médecin-chef, dans des voitures de commissaire, Marc aurait largement sa place au sein de la caravane de la Grande Boucle. J’avais par ailleurs la chance de bénéficier des commentaires avisés de sa charmante mécanicienne Emilie Roy qui, nous ne le savions pas encore, allait reprendre la compétition le surlendemain.

photo : Guy Maguire, info@veloptimum.net
Marc Dufour au volant, et Audrey Lemieux qui dépasse… et dépasse le maximum affiché de 50 km/heure…
photo : Guy Maguire

Sur le bord de la route, près du camping, pas dans une voiture électrique réservée aux non sportifs, j’ai aperçu un maillot qui m’est familier sans pour autant reconnaître celui qui le portait. A l’arrivée j’eus la joie de retrouver mon « voisin » belge, Simon Lambert-Lemay, qui était venu avec son maître Dominique Rollin, une autre vieille connaissance. Que le monde est petit.

photo : Guy Maguire, info@veloptimum.net
Daniel Fertin photographiant Dominique Rollin et Simon Lambert Lemay.
photo : Guy Maguire

A vrai dire, c’était en fait une des premières fois où j’assistais à une épreuve de féminines. Certes, je suis déjà allé sur la Flèche wallonne, mais il faut que je sois honnête, c’était surtout pour les garçons !!! L’an passé je n’ai assisté qu’à deux courses féminines, sans y trouver beaucoup d’intérêt, mais chez vous, mes cousins, c’est autre chose, il y a du monde sur le bord de la route, au départ, à l’arrivée, et surtout une ambiance de fête comme on la retrouve en Belgique ou aux Pays-Bas où le cyclisme féminin est plus vivant qu’en France. Par contre, sur cette étape du Mont Saint-Hilaire, il faut avouer que j’ai eu peur plusieurs fois pour les coureuses en voyant des véhicules arriver en sens inverse, se garant au dernier moment, mais le ballet semble parfaitement réglé, et tout le monde retrouve vite sa place…

Un autre exemple de course m’a été offerte le samedi suivant à Saint-Valentin. Là la course, un contre-la-montre, était ouverte à tous, hommes et femmes, jeunes et vieux, valides ou handicapés, quelque chose de tout à fait inédit chez nous. Je pense que c’est avec des exemples de cet ordre que l’on pourrait faire disparaître la notion d’handicap, un exemple à exporter peut-être. Par contre, quelque chose à ne surtout pas ramener, deux passages à niveau (avec bien sûr le passage d’un train) sur une épreuve de ce type auraient pu tout fausser. Quant à la sécurisation de ce circuit… Allez n’en parlons plus, il n’y a pas eu d’incident, et c’est là le principal.

Deux jours plus tard, je me rendais en Beauce, la raison principale de mon séjour. Quel dépaysement par rapport à Montréal et aux autres régions du Québec que je connaissais déjà ! Ma première image restera la longue bosse en ligne droite que mon chauffeur (le mécano super sympa de la sélection du Québec) me montra peu après Beauceville. Et cela ne faisait que commencer.

A peine débarqué de voiture que je retrouvais Axel Merckx, que j’avais quitté à l’issue du Paris-Roubaix espoirs victorieux de son équipe,une semaine auparavant. Mes premières minutes avec l’équipe dirigeante du Tour de Beauce furent très conviviales, le polo de l’épreuve, le téléphone, le badge et première réunion afin de définir les tâches de chacun. Tout était bien rôdé, malgré quelques têtes nouvelles (dont la mienne bien sûr) mais j’ai eu immédiatement l’impression de m’insérer dans un groupe très professionnel malgré leurs qualificatifs de bénévoles. Tout était bien huilé, bravo à vous Denis, Francis, Isabelle et Marie-Eve. Première soirée, premier banquet d’ouverture, comme à Cannes avec le tapis rouge bien sûr, mais surtout la joie des retrouvailles pour les anciens et la découverte pour les bleus comme moi.

Bien sûr j’avais fait un peu le tour des chambres pour jaser rapidement avec les Québécois que je connaissais déjà, et découvrir les autres que je découvrais en réel, après pour certains des échanges de courriel ou de téléphone.

Le lendemain, au départ de lac Etchemin, je fus fort surpris de l’absence de public pour une épreuve de ce rang. En Europe, il aurait fallu garer la voiture à quelques kilomètres et continuer à pied !!! Avantage de la situation, les équipes sont beaucoup plus disponibles et peuvent discuter avec les spectateurs au lieu de rester jusqu’à la dernière minute barricadées dans des bus aux vitres fumées empêchant d’apercevoir les champions. A toute chose malheur est bon donc ! Il ne faisait pas chaud à Lac Etchemin et pendant toute la course qui fut animée et très rapide. Il y avait longtemps que je n’avais plus vu un tel schéma de course, une échappée qui part dans la première moitié de course et qui va au bout, c’est tout de même plus beau que des fuyards repris par un peloton qui a tout calculé pour revenir à la flamme rouge !

Le lendemain même scénario, la vitesse en plus et ce malgré les grimpeurs. Un grimpeur ? Oui, je sais, cela équivaut à un GPM ! Pour cette seconde journée j’ai encore été marqué par l’absence de public sur le bord des routes, sauf dans la traversée d’une commune, à La Guadeloupe, où toute la population était sortie. Pourquoi ? Par contre, le point positif depuis le départ, c’est la sécurité des coureurs et donc, finalement aussi, des spectateurs ou des usagers de la route. Les motards bloquent chaque voiture (je n’ai jamais vu un(e) automobiliste en colère) et chaque carrefour est gardé par un ou plusieurs bénévoles. Le summum de la sécurité ayant été à Saint-Georges et à Québec où tous les carrefours, en plus de leurs gardiens, étaient fermés par des barrières et des rubans de police. Celui qui n’aurait pas remarqué aurait été vraiment aveugle !!!

Pour nous européens le Mont Mégantic n’est pas très haut par rapport aux 2800 mètres de certains cols alpestres, ne parlons pas des cols andins chers aux Colombiens, mais le sommet du Tour de Beauce, marqué par ses pentes au dénivelé prononcé et sa montée, est rendue d’autant plus difficile que la première partie de la course a été très animée et parcourue aux mêmes vitesses élevées que lors des premières étapes.

Malheureusement, le chrono du vendredi a été en partie couru sous la pluie, et c’est un coureur parti sans elle qui a gagné devant un public toujours aussi peu nombreux. Pourtant, lors d’une telle étape, il est très facile d’approcher le coureur mais au Québec un cycliste n’est pas un hockeyeur ! Le public était enfin là, le soleil avec, pour le Critérium dans les rues de Saint-Georges. Pas besoin de vous décrire l’ambiance, c’est plutôt moi qui découvrait la chose. Dommage que cette fin de journée ne compta pas pour le classement général car non-conforme aux règles de l’UCI. Peut-être y aurait-il plus de courses UCI en Amérique du Nord si la Fédération Internationale acceptait un tel spectacle lors des organisations d’épreuves par étapes ?

Du monde il y en eut encore le lendemain dans le cadre magnifique de la ville de Québec, le long du fleuve, la montée du château, la Grande Allée… Partout il y avait du monde mais à la différence des Tours de France, du Giro ou de la Vuelta, le public, pourtant très passionné et très enthousiaste, restait bien sur le trottoir afin de ne pas en perturber le déroulement. Chapeau les spectateurs ! Ils étaient tellement sympas que Charles Dionne a tout fait pour gagner pour eux et surtout pour sa fille et sa famille venues en voisins !


Charles Dionne et sa fille
photo : Daniel Fertin

Toute bonne chose a une fin et, après le dernier circuit dans Saint-Georges, je me suis senti un peu triste comme après l’arrivée du Tour de France, sur les Champs-Elysées où il faut attendre une année pour revoir la fête. La fête eut lieu bien sûr à l’hôtel Georgesville, où la plupart des équipes résidaient, et où lors du banquet de clôture la vidéo était présentée sur grand écran avant que chacun rejoigne une autre épreuve…

Une semaine en Beauce très fructueuse pour moi, plein de nouveautés, la présentation de la liste des coureurs avec leurs rangs au classement général, la sécurité (j’y reviens encore mais c’est important pour l’avenir de notre sport), la vitesse, le Critérium, et les bosses, normal en Beauce.


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